Le gouvernement du Sénégal a annoncé la semaine dernière en Conseil des ministres un recrutement de 808 professeurs et 100 vacataires pour les disciplines en péril (mathématiques, philosophie etc.). Une mesure, dit-on, articulée aux  besoins actuels du système. Mais le quota ne représente que le tiers des élèves professeurs sortants de la Faculté des Sciences et Technologies de l'Education et de la Formation (FASTEF), de l'Institut National Supérieur de l'Education Populaire et du Sport (INSEPS) et  des autres écoles de formations. Pour exprimer leur colère ceux qui sont laissés en rade décident d'assiéger leur ministère de l'Education Nationale. Pour ces derniers cette situation ne s'explique pas. Car contrairement à Dakar où il y a un surplus beaucoup d'écoles sont fermées dans certaines zones comme Matam et Tambacounda, faute d'enseignants particulièrement dans l'élémentaire.

L’actualité sur le secteur de l’Education est marquée dans ces dernières 72heures par les  différents rassemblements organisés par des sortants de  la Faculté des Sciences et Technologies de l'Education et de la Formation (FASTEF), de l’Institut National Supérieur de l'Education Populaire et du Sport (INSEPS) et de plusieurs autres instituts et écoles de formation, pour exiger leur recrutement dans la  Fonction Publique.

Tout est partie de la publication du communiqué du dernier Conseil des ministres au lendemain de la fête de la tabaski qui fait état du recrutement de 808 professeurs et 100 vacataires pour les disciplines en péril (mathématiques, philosophie etc.). Une mesure articulée aux besoins actuels du système éducatif. Or, pour les sortants de ces écoles de formation leur recrutement après formation est quasi automatique d’autant plus qu’ils ont été admis sur concours. Que non, répliquent les autorités des ministères de l’Education et celui de la Fonction.

En termes, voilés, dit-ils, le recrutement de nouveaux fonctionnaires est conditionné par l’existence de postes budgétaires. Même si par ailleurs, les mêmes autorités avaient déjà constaté lors de récents comités régionaux de développement, le manque criard d’enseignants, entre autres, dans les zones de Tambacounda et  de Matam.

Matam : un déficit de 208 professeurs

La région de Matam a enregistré au cours de cette année 114 départs d’enseignants notamment dans les lycées d’Agnam, de Matam et de Kanel contre 5 arrivées seulement. Ce qui alourdit le déficit de professeurs dont le nombre est estimé désormais à 208. L’’Inspecteur d’académie (IA) de la région, Alassane Niane, qui sonne ainsi l’alerte, demande secours au ministère de tutelle pour faire face à ses besoins. Selon lui, ces départs massifs risquent d’être la cause de fermeture de nombreuses classes.
« C’est déjà arrivé l’année dernière, que l’on ferme des écoles dans le Kanel et dans le Ranérou. Et si on ferme des écoles ou que certaines matières ne sont pas enseignées, c’est grave pour les élèves », a-t-il soutenu. L’inspecteur d’Académie de Matam n’en était pas à sa première alerte.

A  l’occasion du Crd spécial sur l’éducation au mois de mars dernier, il a souligné  l’environnement austère de l’espace scolaire de cette région marqué par le manque de logistique et un déficit du corps enseignant. Cette rencontre, pour rappel,  était présidée par Serigne Mbaye Thiam, ministre de l’Education nationale. Devant l’Assemblée,  Alphonse Mendy, au nom de la coordination des syndicats de Matam, avait souligné « le déficit de professeurs de  philosophie, Lettres modernes, Mathématiques, Svt, Sciences physiques et Espagnol».
 
Le déficit d’enseignants, la cause de la chute du TBS à Tambacounda

Ailleurs à Tambacounda le Crd spécial a servi de tribune pour lister les nombreux manquements dont souffre le système dans la localité. Le rapport introductif de l’Inspecteur d’Académie (IA), Alioune Ndiaye  a listé les « maux » qui entravent le bon fonctionnement du secteur. Dans la capitale orientale du Sénégal, ici, le manque d'enseignants a pour conséquence majeure la fermeture d'une centaine de classes dans l’enseignement élémentaire entraînant une chute du Taux brut de scolarisation (Tbs). C’est le cas, disait-il, particulièrement dans les départements de Goudiry et de Bakel. 

«La baisse du Tbs se justifierait par la présence massive de classes multigrades qui empêche aux écoles de procéder à un recrutement régulier au CI, faute de disponibilité de personnel opérationnel pour prendre en charge les enfants enrôlés», a laissé entendre M. Ndiaye. Le gouverneur de Tambacounda lui également, a abondé dans le même sens en précisant que « pour des raisons de mobilités et de déficit d'enseignants, beaucoup d'écoles, une centaine de classes élémentaires, dans ces deux départements ont été fermées. Je pense que ça doit dater de deux ou trois ans ». Et Gabrielle Ndiaye d’indiquer que « les enseignants au bout de quelques années demandent à partir. Malheureusement, le mouvement inverse n'est pas remarqué. Vous ne voyez pas d'enseignants de Kaolack, Dakar ou de Fatick demander à venir à Tamba ».

Cette situation pose avec acuité la problématique de l’utilisation des ressources humaines. Serigne Mbaye Thiam avait promis de prendre à bras le corps le problème de redéploiement  des enseignants. Il dit ne pas comprendre que dans un collège de 10 classes qu’on puisse avoir 10 surveillants. Et à Dakar, on note des classes avec deux à trois enseignants alors que tout est organisé et réglementé par les textes. 
 « Je sais que le redéploiement soulève et soulèvera beaucoup de bruits, mais je veux être ferme là-dessus. Ce sont les syndicalistes qui refusent de reconnaître à l’Etat la légitimité du service public », dit-il. 
Cette situation s’est posée au lycée John F Kennedy avec le conflit  qui avait opposé les professeurs à l’administration suite au redéploiement de trois de leurs collègues. Affectés dans d’autres établissements, ces trois enseignants refusent de quitter leur poste d’origine.

Si  la décision du ministère de l’Education est motivée par la rationalisation des ressources publiques, les syndicats d’enseignants notamment le Cusems-Saems, eux avaient donné une autre version.
Mamadou Lamine Dianté avance « des salles de classe qui atteignent 120 élèves en banlieue dakaroise. Dans les régions,  le nombre varie entre 70 et 80 élèves par salle de classe. Les élèves, qui devraient étudier 5 heures de mathématiques par semaine, font désormais 2 heures alors que des professeurs de maths sont laissés sur le carreau ».

Hier, face à la presse dans les locaux de la Cosydep, le comité des élèves professeurs sortants dans les différentes facultés ont émis le souhait de rencontrer le Premier ministre, Aminata Touré pour trouver des pistes de solutions à la question du quota de recrutement  d’enseignants. Car ils estiment qu’il y a bel et bien possibilité de les recruter tous.
Ousmane Barro, porte-parole du jour, a donné des raisons de l’urgence de recruter des professeurs, battant ainsi en brèche les allégations de la directrice des Ressources humaines du ministère de l’Education, Khady Ndiaye. Pour  lui, il est temps de ramener les effectifs à la normale dans les classes et l’ouverture d’autres Cem et lycées ainsi que le respect strict du crédit horaire par discipline. 

«A la Fastef, ils sont 1 754 diplômés,  600 ont été affectés. 62 sont sortis de l’Inspes durant 6 ans de formation, seuls 29 affectés », expliqué Ousmane Barro, invite le gouvernement à observer un temps de latence dans les formations pour pouvoir absorber ce gap.

Ils envisagent de descendre dans la rue vendredi prochain, si rien n’est fait, pour réclamer l’application du décret 2009-1266 qui stipule que les sortants doivent être recrutés dans la Fonction publique.
 Le directeur de l’Enseignement moyen secondaire, Ibrahima Ndour, estime pour sa part qu’ «un audit fait par le ministère en charge du secteur avec d’autres départements impliqués ont pu  déjà  évaluer dans chaque région les besoins d’enseignants qu’il faut et le déficit enregistré».


Twitter icon
Facebook icon
Google icon
Pinterest icon
e-mail icon