Si la date du 8 mars est consacrée, à travers le monde, comme la journée internationale de la femme, celle du 7 mars devrait être dédiée au Sénégal aux femmes sénégalaises, en hommage au sacrifice suprême des femmes de Nder. Tel est l’avis des femmes du Walo et plus principalement de Nder où s’est tenu le lancement des activités de la journée internationale.

Pour rallier le village historique de Nder, il faut d’abord parcourir 80 km, en partant de Saint-Louis vers Richard Toll, pour ensuite bifurquer à Colona et faire 25 km de piste. Et Nder se dresse devant le visiteur. Quelques cases de fortune et des maisons construites au banco, rien qui indique qu'on est à l’ère du modernisme. Tout manque dans ce patelin célèbre par le refus de ses aïeules de devenir des captives des Maures, en préférant se brûler vives.

Le 07 mars 1820. Il y a de cela deux siècles, plus précisément 193 ans, que Walo vécut l’une des épisodes les plus tragiques de son histoire. Le 21 septembre 1819, avec la complicité du mulâtre saint-louisien Pellegrin, les troupes de l’émir du Trarza Ould Moctar attaquèrent par surprise le village de Thiaggar où le brack (roi) Amar Fatim Borso Mbodj tenait un conseil du trône. Au cours de l'attaque, le brack eut la jambe fracturée et fut évacué à Saint-Louis. Les chefs de guerre également furent blessés. Et selon Amadou Bakhaw Diaw, historien traditionaliste du Walo, 26 habitants furent tués et beaucoup d’autres amenés en captivité en Mauritanie.

Le mardi 07 mars, la capitale Nder fut conquise malgré la résistance opiniâtre de Yérim Mbagnick Mbodj et de la Linguère Fatim Yamar Khouryaye Mbodj, en l’absence de son époux le brack Amar Fatim Borso. Submergées par les assaillants, la Linguère préféra se brûler vive, avec plusieurs de ses courtisanes dont la ''bëkk néék'' Mbarka Dia Demba Laobé Boh Ndiaye et Seydané, à la perspective de tomber entre les mains des Maures. Pour sauvegarder la lignée royale, la Linguère avait réussi à évacuer vers leur tante paternelle Ndickou Fatim Borso à Ronkh ses deux jeunes filles, les futures linguères Ndjeumbeut Mbodj et Ndaté Yalla. ''Voici telle racontée l’histoire tragique des femmes de Nder qui devrait être le credo de libération des femmes sénégalaises'', a conclu Amadou Bakhaw Diaw.

Nder menacé de disparaître

Aujourd'hui encore, les femmes de Nder continuent de lutter contre l’oisiveté et la dépendance. Elles mènent des activités agricoles pour entretenir leurs familles. Elles ont profité de la venue du ministre de la Femme, de l’Enfance, et de l'entrepreneuriat féminin Mariama Sarr pour décliner leur option de rester des amazones du développement, malgré les difficultés rencontrées. En effet, ce village souffre de tout : enclavement, manque d’eau potable, électricité, manque de structures socio-éducatives de base.

Les femmes de Nder souhaitent l’allègement de leurs travaux domestiques, avec l’octroi de moulins en mil, de machines de décortication, entre autres. Car, aujourd'hui, soulignent-elles, c'est le village qui menace de disparaître à cause de la salinisation des terres. Pour ces dames, la journée de talaatay Nder doit être inscrite dans l’agenda culturel du Sénégal. En sus, la place de Ngouye Ngalla, où se sont déroulés les combats, doit être restaurée. De ce fait, Nder, la troisième capitale, retrouvera une aura qui lui permettra de recevoir des touristes. Ainsi, elles ont salué le choix porté sur leur village pour le lancement des activités de la journée internationale de la femme, en cette date commémorative de Talaatay Nder.

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