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Dakar se penche sur l’urgence de renommer ses rues
A première vue, le nom des rues semble n’avoir qu’une fonction pratique : permettre aux citoyens de s’orienter dans la ville. Pourtant, derrière chaque plaque, se cachent une histoire, une mémoire et une vision de la société.
 
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Un Symposium international de cinq jours s’est ouvert à Dakar pour interroger la dénomination des espaces publics africains. Entre héritage colonial, poussée souverainiste et besoin d’inclusion, universitaires et décideurs recherchent un équilibre pour que les plaques de rue reflètent enfin l’identité et la mémoire locales.

A première vue, le nom des rues semble n’avoir qu’une fonction pratique : permettre aux citoyens de s’orienter dans la ville. Pourtant, derrière chaque plaque, se cachent une histoire, une mémoire et une vision de la société. C’est précisément cette réflexion qui est au cœur du Symposium international intitulé : «Penser la dénomination des lieux africains contemporains : pour un paysage métropolitain inclusif.» Ouverte hier à Dakar pour une durée de cinq jours, cette rencontre est co-organisée par la Faculté des lettres de l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) et l’Institut fondamental d’Afrique noire (Ifan), en partenariat avec plusieurs institutions internationales.

A une époque où les discours souverainistes fleurissent sur le continent, la réflexion s’engage sur les critères et démarches à privilégier pour rebaptiser ou nommer les artères des pays africains.

L’histoire comme un palimpseste

«Aujourd’hui, au Sénégal, nous héritons de plusieurs couches de notre histoire : la période coloniale, l’islamisation, mais aussi les savoirs endogènes. Le constat est que beaucoup de nos lieux portent encore l’empreinte de la colonisation. Face à cette réalité, il existe un besoin de souveraineté», explique le Dr Mamaram Seck, enseignant-chercheur au département Langues et civilisations de l’Ifan.

Réfléchissant aux modalités de cette transition, il interroge : «Que faut-il faire ? Faut-il aller vers l’effacement total de certains noms ? Ou faut-il plutôt leur associer d’autres figures qui résonnent davantage auprès des populations concernées par cette histoire ?» 

Pour le chercheur, l’histoire du Sénégal est comparable à un «palimpseste», une superposition de strates mémorielles qu’il convient de transmettre tout en répondant aux aspirations souverainistes actuelles. De plus, la modernisation des systèmes de cartographie et d’adressage met en évidence le décalage entre certains noms traditionnels, ancrés dans la mémoire collective, et les références officielles. Face à l’émergence de nouveaux espaces urbains, le Dr Seck plaide pour des choix en phase avec l’histoire, l’identité et les valeurs culturelles locales.

Un choix politique et mémoriel

Au Sénégal, la question de la toponymie (l’étude des noms de lieux) est loin d’être anodine. Dans la capitale comme dans les provinces, l’espace public est marqué par les ruptures historiques. Si certaines avenues rappellent l’époque coloniale, d’autres honorent des figures majeures de l’histoire nationale, des leaders religieux, des intellectuels, des artistes ou des héros de l’indépendance.

A Dakar, ces artères emblématiques traduisent les choix mémoriels des autorités successives et participent à la construction de l’identité collective. Cependant, de nombreux chercheurs estiment que ce paysage mérite une mise à jour approfondie. Des voix s’élèvent pour déplorer la faible représentation des langues nationales, le manque de visibilité des femmes, des acteurs culturels locaux ou des héros méconnus des régions périphériques.

Pour les spécialistes, les noms de lieux constituent un patrimoine immatériel précieux. Modifier une plaque ou baptiser un nouveau quartier n’est jamais un acte neutre : c’est un choix politique qui influence la manière dont les citoyens perçoivent leur propre histoire.

Vers des recommandations concrètes

Le symposium de Dakar dont les premiers débats se tiennent au Musée Théodore Monod, entend formuler des recommandations concrètes pour orienter les futures politiques d’aménagement et d’adressage.

Le calendrier des travaux se déploie en deux temps : le colloque académique, qui a débuté hier, se poursuivra jusqu’au mercredi 10 juin 2026 à Dakar (Ifan). Il sera suivi d’un séminaire multi-acteurs, du jeudi 11 au vendredi 12 juin 2026, à Saly Portudal, pour acter le dialogue entre scientifiques et décideurs institutionnels.

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