(SenePlus) - Le Sénégal s'est doté en 2025 d'une loi sur l'accès à l'information. Neuf mois après, le constat est amer : la loi existe, mais elle ne fonctionne pas. C'est ce que révèle un reportage de Ouestaf News, réalisé sur la base notamment d'un panel organisé le 4 juin 2026 par l'ONG Article 19.
Le nœud du problème est institutionnel. La loi, promulguée le 4 septembre 2025, prévoit la création d'une Commission nationale d'accès à l'information (Conai), autorité administrative indépendante composée de douze membres nommés par décret, chargée de recevoir les recours des citoyens dont les demandes d'information ont été rejetées. Le décret portant organisation de cette commission a été signé en octobre 2025. Mais la Conai n'est toujours pas opérationnelle.
Les conséquences concrètes sont immédiates. L'ancien magistrat Ibrahima Hamidou Dème en a fait les frais : le 16 avril 2026, la Cour suprême a déclaré irrecevable sa requête visant à obtenir des informations sur les « fonds politiques » des dirigeants, au motif qu'il aurait d'abord dû saisir la Conai. Un cercle vicieux : l'institution de recours n'existe pas, mais son saisissement est un préalable obligatoire.
Au-delà du vide institutionnel, c'est une mentalité profondément enracinée qui bloque l'application de la loi. « Il faut rompre avec ce culte du secret », exige Abdoulaye Ndiaye, chargé de programmes Accès à l'information à Article 19, cité par Ouestaf News. Pour tester l'effectivité du texte, son organisation a saisi neuf entités publiques, dont la Primature, le ministère de l'Intérieur, l'Assemblée nationale et la Direction générale de la Police. Une seule a répondu : l'OFNAC.
Sur le terrain journalistique, le tableau est tout aussi sombre. Mor Amar, rédacteur en chef du quotidien L'Enquête, confie à Ouestaf News qu'il n'y a « aucune avancée » dans l'accès à l'information publique. Récemment confronté au silence de l'administration alors qu'il cherchait simplement à vérifier l'authenticité d'un document officiel, il décrit des obstacles identiques à ceux qu'il rencontrait avant l'adoption de la loi.
Ces insuffisances ne sont pas une exception sénégalaise. Article 19 les observe dans l'ensemble des pays francophones d'Afrique de l'Ouest. Mais le Ghana et la Côte d'Ivoire ont au moins mis en place des plateformes numériques permettant aux citoyens d'exercer leur droit à l'information. Le Sénégal, lui, attend encore l'installation de la Conai pour en faire autant.
Face à cette inertie, des organisations de la société civile ont lancé le 17 mars 2026 un « Cadre de suivi et de veille pour la mise en œuvre du droit d'accès à l'information », destiné à identifier les blocages et à accompagner la future Conai. Une initiative citoyenne pour suppléer une défaillance de l'État, en attendant que la loi cesse d'être un texte sans effet.