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Par Adama Dieng
Xénophobie en Afrique du Sud, un avertissement que l’Afrique ne peut ignorer
Il est douloureux de voir des Africains humiliés, chassés de leurs foyers sur le sol africain. Il est encore plus douloureux que de tels actes se produisent dans le pays qui fut autrefois le symbole de la réconciliation, de la dignité et de la solidarité
 
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Les images qui nous parviennent d’Afrique du Sud sont déchirantes et profondément alarmantes.

Des hommes, des femmes et des enfants africains fuyant des foules violentes. Des travailleurs migrants cachés dans les montagnes. Des familles cherchant refuge dans des bâtiments publics. Des commerces saccagés. Des maisons incendiées. Des vies brisées. Des ressortissants d’autres pays africains abandonnant tout ce qu’ils possèdent dans une quête désespérée de sécurité. Les premiers rapports font déjà état de morts, et de centaines — peut‑être de milliers — de personnes demandant leur rapatriement par crainte pour leur vie.

Pour quiconque a consacré sa vie à prévenir le génocide et les atrocités de masse, ces scènes ne sont pas seulement douloureuses, elles sont inquiétantes. Elles nous rappellent une vérité que l’histoire ne cesse de confirmer : les atrocités de masse ne commencent pas par des massacres. Elles commencent par des mots. Par des stéréotypes. Par la banalisation de la haine. Par l’acceptation silencieuse de récits qui présentent des êtres humains comme des menaces en raison de leur nationalité, de leur accent ou de leur lieu de naissance.

Chaque fois que des responsables politiques, des personnalités publiques ou des groupes organisés désignent des communautés vulnérables comme responsables du chômage, de la criminalité, des difficultés économiques ou du mécontentement social, ils sèment les graines de la violence. Et l’Afrique du Sud — peut‑être plus que tout autre pays — sait où peuvent mener ces graines.

C’est le pays qui a donné au monde Nelson Mandela, un homme qui a enseigné à l’humanité que notre dignité commune est plus grande que nos divisions. C’est la nation dont la lutte contre l’apartheid a inspiré des millions de personnes à travers l’Afrique et au‑delà, une lutte fondée sur le rejet de l’exclusion, de la discrimination et de la déshumanisation. C’est pourquoi la vague actuelle de violence xénophobe n’est pas seulement une tragédie sud‑africaine. C’est une tragédie africaine.

Il est profondément douloureux de voir des frères et sœurs africains traqués, humiliés et chassés de leurs foyers sur le sol africain. Il est encore plus douloureux que de tels actes se produisent dans le pays même qui fut autrefois le symbole de la réconciliation, de la dignité et de la solidarité humaine. On ne peut s’empêcher de se demander : Que penserait Mandela s’il voyait des Africains fuir pour sauver leur vie dans la nation dont la liberté fut conquise grâce à la solidarité du continent ?

En effet, la libération de l’Afrique du Sud ne s’est pas faite dans l’isolement. Des États africains ont offert refuge, soutien diplomatique, formation militaire, éducation et appui politique au mouvement anti‑apartheid. La liberté de l’Afrique du Sud fut une victoire africaine. Et aujourd’hui, cette histoire partagée impose une responsabilité partagée.

Le gouvernement sud‑africain a condamné la violence et annoncé des mesures pour y répondre. Ces initiatives sont nécessaires et bienvenues. Mais la condamnation ne suffit pas. La protection de toute personne se trouvant sur le territoire d’un État est une obligation fondamentale de la souveraineté. Les gouvernements doivent agir rapidement et fermement lorsque des individus sont pris pour cibles en raison de leur nationalité, de leur ethnie, de leur religion ou de leur identité. Les auteurs doivent être identifiés et poursuivis. Les victimes doivent être protégées et assistées. L’État de droit doit prévaloir sur la loi de la foule.

Dans le même temps, les dirigeants africains doivent considérer ces événements comme un avertissement. Trop souvent, la rhétorique xénophobe est minimisée comme une simple frustration politique. Trop souvent, les discours de haine sont tolérés jusqu’à ce qu’ils se transforment en violence. Trop souvent, les dirigeants sous‑estiment le danger que représentent les groupes qui exploitent les difficultés économiques pour attiser l’hostilité envers les communautés vulnérables. La leçon de toutes les grandes atrocités de l’ère moderne est claire : la prévention commence bien avant que la première fosse commune ne soit creusée.

En tant qu’Envoyé spécial de l’Union africaine pour la prévention du génocide et autres atrocités de masse, j’ai constamment souligné que la réponse la plus efficace est l’action précoce. Les gouvernements doivent identifier et traiter les signes avant‑coureurs avant que la violence ne s’enracine. Cela exige un leadership politique responsable, une application rigoureuse de la loi, une éducation du public, la responsabilisation pour l’incitation à la haine, et des efforts soutenus pour combattre la désinformation et l’hostilité.

L’Union africaine et ses États membres ont réaffirmé à maintes reprises que chaque Africain mérite dignité, sécurité et égalité devant la loi. Ces engagements doivent maintenant se traduire en actions concrètes.

Il ne doit y avoir aucune ambiguïté.
Il n’y a pas de place en Afrique pour la xénophobie. 
Il n’y a pas de place en Afrique pour les punitions collectives. 
Il n’y a pas de place en Afrique pour la diabolisation des migrants et des réfugiés. 
Et il n’y a certainement pas de place en Afrique pour la violence contre des personnes simplement parce qu’elles viennent d’un autre pays africain.

Notre continent s’est construit sur les idéaux du panafricanisme, de la solidarité et d’un destin commun. Si nous laissons la peur et la haine remplacer ces valeurs, nous trahirons les fondements mêmes du projet africain.

Le choix qui s’offre à nous est clair. Nous pouvons laisser la xénophobie se répandre, corroder la cohésion sociale et menacer la paix et la stabilité. Ou nous pouvons réaffirmer la vision d’une Afrique unie par la dignité, la justice et le respect de notre humanité commune.

Pour les générations futures, nous devons choisir la seconde voie.
L’esprit de Nelson Mandela n’exige rien de moins.
Et l’Afrique mérite rien de moins.

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