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98 ANS BIEN REMPLIS
Le Professeur Amadou Makhtar Mbow est une figure emblématique du Sénégal qui a joué un rôle important dans le secteur de l’éducation nationale et internationale, qu’il a marqué de son empreinte
 
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133916
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Ancien ministre au niveau de plusieurs départements, M. Mbow qui a eu à occuper le poste de Directeur général de l’Unesco pendant treize ans, a également marqué l’histoire politique sénégalaise dans la période de braise avant et poste-indépendance et les événements de mai 1968.

Né le 20 mars 1921 à Louga, Amadou Mahtar Mbow a soufflé hier sur sa 98ème bougie. Enseignant de formation, il est entré à l’école coranique en 1927 puis trois ans plus tard, à l’école française où il obtint son certificat d’études primaires. Admis par la suite au cours commercial à Dakar, ce dernier réussit au concours des jeunes commis en 1936. En 1939, il est mobilisé et part faire la guerre en Europe. A la fin de la guerre, Amadou Mahtar Mbow décide de rester en France et de préparer le baccalauréat, puis de poursuivre des études à la Sorbonne à Paris tout en y décrochant une licence d’histoire et le Certificat d’Etudes Supérieures de Géographie des pays tropicaux (CAPES). En 1951, il est nommé professeur au collège de Rosso en Mauritanie pour deux années, puis est appelé au Sénégal où il a créé et dirigé le service d’éducation de base pour ces deux pays.

C’est ainsi que le Professeur se fait connaître par ses premiers textes sur l’éducation de base publiés dans l’Education Africaine. Il sert au Centre supérieur de pédagogie de Dakar avec la charge de former des professeurs d’histoire et de géographie de 1964 à 1966. Après les indépendances des pays africains, il a participé aux travaux des commissions chargées de la réforme des programmes scolaires : en 1965, il a présidé la conférence des experts chargés de proposer la réforme des programmes d’histoire et de géographie des États francophones d’Afrique noire et de Madagascar. Il est également l’auteur de plusieurs manuels scolaires

Panafricanisme et homme politique hors pair

Parallèlement à sa carrière d’éducateur, il mène un combat politique qui l’amène à des responsabilités de premier plan. Il est l’un des membres fondateurs puis membre du bureau politique de la section du Sénégal du Parti du Rassemblement Africain.

À travers des sorties médiatiques, via des interviews, Amadou Makhtar Mbow a eu à faire des confidences sur des pans de l’histoire politique du Sénégal. « Nous avions intégré la formation politique dirigée par Léopold Sédar Senghor. Mais avant de le faire, nous sommes allés quand même voir les autres partis, notamment Lamine Guèye, l'UDS et d'autres. Nous leur avons dit que nous allons dans le parti de Senghor qui était d'accord en faisant un appel pour l'unification des partis politiques. C'est de là qu'est sorti l'UPS. Et nous avons unifié les partis sénégalais. Nous avons voulu unifier les partis de l'Afrique de l'Ouest. La RDA n'est pas venue avec nous. Mais, nous avons tenu un congrès à Cotonou, en juillet 1958, et ce congrès constitutif, sans la RDA, a créé le PRA (Parti du regroupement africain) et qui a opté pour l'indépendance immédiate, la fédération africaine, la confédération avec la France disant : « nous ne pouvons pas discuter avec la France tant que nous n'avons pas, nous-mêmes, notre indépendance.

Et, notre indépendance, nous la voulions avec la Fédération africaine ». En 1958, le conseil de l'UPS se réunit à Rufisque. Senghor et Mamadou Dia optent pour la communauté. Nous, nous disons non. Nous sommes pour l'indépendance et nous quittons le Congrès pour créer, dans la nuit même, chez Gabin Guèye, à Rufisque, le Parti du regroupement africain Sénégal (PRA/Sénégal) en disant : « Nous restons fidèles au mot d'ordre de Cotonou ». Nous quittons le gouvernement. J'étais ministre de l'Education, de la Culture, de la Jeunesse et des Sports ; Latyr Camara était ministre de la Fonction publique ; Jaraf Diouf était ministre des Travaux publics ; Abdoulaye Ly avait été ministre du Commerce mais il avait auparavant démissionné. Nous avons, à notre tour, démissionné et formé le PRA/Sénégal et nous avons continué notre bataille pour l'indépendance du Sénégal. Evidement, nous avons perdu le référendum, mais nous avons continué la lutte ».

La visite de De Gaulle à Dakar

Concernant la visite de De Gaulle à Dakar, le Pr Amadou Makhtar Mbow a confié : « Le Général Charles De Gaulle est venu à Dakar en 1958. Je n'y étais pas. Lamine Guèye et le gouvernement dont je faisais partie, l'ont reçu par la voix de Valdiodio Ndiaye. Evidemment, les étudiants sénégalais en France et les étudiants sénégalais à Dakar, qui étaient pour l'indépendance, tiendront une manifestation avec les partis politiques, comme l'UDS d'ailleurs, mais également l'UPS. Le mot d'ordre de Cotonou était l'indépendance. En ce moment, on n'avait pas encore fait la réunion de Rufisque où Senghor et Mamadou Dia vont nous entrainer dans la communauté. Nous nous sommes réunis à Rufisque pour le conseil de l'Ups. Senghor et Dia disent qu'ils vont opter pour la communauté. Dia expliquera pourquoi. Je rappelle que quand Dia est venu à Cotonou, Senghor devait faire le rapport politique, mais il avait refusé de nous le donner. J'étais dans la délégation sénégalaise avec Abdoulaye Ly. Pr Assane Seck devrait y être, mais à la dernière minute, il y a eu quelqu'un de sa famille qui était malade. La majorité était pour l'indépendance immédiate. On s'est réuni et on a dit à Mamadou Dia : « Senghor refuse de nous donner le rapport politique qu'il a fait mais nous sommes pour l'indépendance immédiate ».

Mamadou Dia répond : « je suis la majorité ». Il a défendu qu'il était pour l'indépendance immédiate à Cotonou. Après, parait-il que Senghor lui a dit : « Mamadou, j'ai promis à De Gaulle et à Pompidou de voter pour la communauté ». Dia dit à Senghor que ce n'est pas possible. Senghor lui dit : « rentrons dans la communauté et au bout de quelque temps, on demande à sortir ». Quand on a fait Cotonou, ils ont obtenu de De Gaulle qu'on mette dans la nouvelle Constitution qu'on peut sortir de la communauté. Senghor a dit à Dia que nous ne sommes pas prêts pour l'indépendance. On demandera l'indépendance quand on sera prêt. Dia lui a répondu: « dans combien de temps ? » Senghor aurait dit : « dans 25 ans ! ». Je n'étais pas là, je ne peux pas te dire comment ça s'est passé. Mais, quoi qu'il en soit, quand ils sont venus, ils ont fait la fédération avec le Mali. De Gaulle a dit : « on construit maintenant des gouvernements autonomes, la France s'occupe de la défense et des affaires étrangères, tout le reste dépend de la communauté. Il devait y avoir un gouvernement de la communauté en France qui n'a pas été créé. Bref, le Mali est constitué et c'est la fédération du Mali qui va demander l'indépendance.

Et c'est Mamadou Dia qui ira signer l'indépendance. De Gaulle n'a pas voulu donner l'indépendance à la fédération malienne, il a voulu donné l'indépendance aux Sénégalais et au Soudan. Evidemment, on a eu l'indépendance. Il y a eu l'éclatement de l'indépendance parce que les Soudanais voulaient donner la présidence du Mali à Lamine Guèye. Or, Senghor et le Sénégal voulaient la présidence du Mali. Mais quand De Gaulle était venu, il y a longtemps, Senghor et Dia étaient absents. Ils ont laissé donc les seconds couteaux s'arranger avec De Gaulle ».

Des fonctions ministérielles et internationales

Amadou Makhtar Mbow fut Ministre de l’Education Nationale (1966-1968) et Ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Sports (1968-1970). Il est parallèlement conseiller municipal de la ville de Saint-Louis et député à l’Assemblée nationale. En 1966, l’homme est élu membre du Conseil exécutif de l’Unesco, puis Président de la Commission nationale pour l’Unesco du Sénégal (1966- 1968). En 1970, il est sous-directeur général chargé de l’éducation puis devient le Directeur général l’UNESCO en 1974, ce jusqu’en 1987. Auparavant à 18 ans, il prend part à la Seconde Guerre mondiale sous le drapeau français. Et rejoint l’armée de l’air en tant qu’engagé volontaire en mars 1940 pour la durée de la guerre.

Démobilisé en octobre de la même année, il est rappelé à l’activité en janvier 1943, avant d’être à nouveau démobilisé en 1945. M. Mbow poursuit des études d’ingénieurs aéronautiques en France tout en décidant de passer son baccalauréat en lettres modernes qui lui ouvre les portes de la Sorbonne. Il y obtient une licence ès-lettres d’enseignement et préside parallèlement l’Association des Étudiants de Paris puis fonde la Fédération des Étudiants africains en France. De 1951 à 1953, il est professeur au collège de Rosso en Mauritanie, avant de revenir au Sénégal où il crée et dirige de 1952 à 1957 le Service de l’Éducation de base et est nommé chef des Missions d'éducation de base de Darou Mousty, Badiana, Sénoudébou puis Gaya. Il enseigne l’Histoire et la Géographie jusqu’en 1966 ; notamment au lycée Faidherbe de Saint-Louis puis à l’École normale supérieure de Dakar. Il préside en 1965 à Abidjan la conférence des experts chargés de proposer la réforme des programmes d’histoire et de géographie des États francophones d’Afrique noire et de Madagascar.

Déjà ministre de l'Éducation et de la Culture du Sénégal pendant la période d’autonomie interne (1957-1958), il démissionne pour s’engager dans la lutte pour l’indépendance de son pays qui sera effective en 1960. Celle-ci acquise, il deviendra ministre de l'Éducation nationale (1966- 1968), puis de la Culture et de la Jeunesse (1968-1970) et député à l’Assemblée nationale, au Conseil exécutif en 1966 et au Conseil municipal de Saint-Louis. En 1970 il est d'abord nommé sous-directeur général de l’UNESCO pour l’éducation. Puis, élu en 1974 et réélu en 1980, il est directeur général de l'UNESCO de 1974 à 1987. Sous sa direction, la commission dirigée par Seán MacBride délivre un rapport intitulé Many Voices, One World qui présente des recommandations pour établir un nouvel ordre mondial de l'information et de communication, plus équitable.

En 2008, âgé de 87 ans, Amadou Makhtar Mbow a accepté de présider les Assises nationales du Sénégal lancées par le Front Siggil Senegaal qui ont réuni pendant près d'un an les principaux partis d'opposition au pouvoir du président Abdoulaye Wade et des dizaines d'organisations diverses. Expérimenté et conscient de ses responsabilités, il avait auparavant rencontré le chef de l'État, les représentants de la société civile, ainsi que les dignitaires religieux. Le 24 mai 2009, il a officiellement prononcé la clôture des Assises. Après la fin des travaux, l’ancien ministre a annoncé son intention de poursuivre la rédaction de ses Mémoires et de reprendre ses conférences. Il est marié et a des enfants et des petits-enfants.

Doctorats honoris causa

Amadou-Mahtar Mbow est le premier sénégalais à avoir reçu le Doctorat honoris causa en 1974 qui lui a été décerné à l’Université de Buenos Aires en Argentine. Il détient plusieurs distinctions honorifiques et est présenté comme l’un des messieurs ayant l’un des plus CV en Afrique.

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