Invitée du Journal de l'Afrique sur France 24 ce dimanche, l'avocate camerounaise Alice Nkom n'a pas caché sa colère face à la nouvelle loi sénégalaise contre l'homosexualité adoptée le 11 mars 2026. "Je suis furieuse", a-t-elle déclaré sur le plateau de la chaîne française, regrettant que le Sénégal, pays qu'elle associait à la paix et au respect des droits humains, puisse adopter une telle législation.
La nouvelle loi sénégalaise alourdit considérablement les peines contre l'homosexualité, les portant jusqu'à 10 ans de prison, alors qu'elles étaient auparavant plafonnées à 5 ans, rapporte France 24. Plus préoccupant encore selon l'avocate, le texte élargit l'incrimination à la "promotion de l'homosexualité", une notion juridiquement floue. "Ce n'est pas le Sénégal de Senghor, ce n'est pas ce Sénégal où on envoyait nos enfants majoritairement à Dakar pour faire leurs études", a déploré Alice Nkom, qui défend depuis plus de 20 ans des personnes poursuivies pour homosexualité.
Sur le plan juridique, Alice Nkom a déconstruit méthodiquement les fondements de cette législation. "L'homosexualité ne peut pas être un délit, ne peut pas être un crime", a-t-elle martelé, développant deux arguments principaux. D'abord, elle a rappelé que l'homosexualité relève du principe de l'inviolabilité de la vie privée. Ensuite, elle a souligné qu'une infraction pénale requiert un acte délibéré causant un préjudice à autrui avec une victime identifiable.
"Pour qu'il y ait une infraction, il faut que ce soit un acte délibéré, posé par un individu et qui a vocation à causer un préjudice à autrui. Dites-moi comment... il faut qu'il y ait quelqu'un qui se plaint que je lui ai causé un préjudice. Est-ce qu'on peut dans le cadre de l'homosexualité dire qu'il y a une infraction ? On cause un préjudice à qui ? C'est un acte d'amour", a argumenté l'avocate camerounaise devant les caméras de France 24. Elle s'est également interrogée sur la notion de "promotion de l'homosexualité", faisant valoir que sa propre défense des homosexuels depuis deux décennies découle du fait qu'ils ne sont "pas exclus de la déclaration universelle des droits de l'homme".
Alice Nkom a exprimé sa stupéfaction face au fait que cette loi soit portée par "deux jeunes qui ont l'âge de mes enfants", en référence aux dirigeants actuels du Sénégal. "La première préoccupation de ces chefs d'État là, c'est de dire tiens, on va regarder dans les culottes des Sénégalais et on va voir qui est homosexuel, qui n'est pas homosexuel", a-t-elle ironisé, qualifiant cette démarche de "recul incroyable en matière de droits de l'homme" et d'incompatibilité avec les engagements internationaux du Sénégal.