(SenePlus) - L’organisation philanthropique fondée par Michael Bloomberg a annoncé, le 21 juin à Londres, un investissement de 285 millions de dollars destiné à accélérer le développement des énergies propres à travers le monde. Cette nouvelle phase de son action en faveur du climat intervient à un moment où la croissance industrielle, l’intelligence artificielle, l’électrification des économies et les tensions géopolitiques transforment profondément les marchés mondiaux de l’énergie.
Selon Michael Bloomberg, envoyé spécial du Secrétaire général des Nations unies pour l’ambition climatique et les solutions climatiques, les énergies renouvelables sont désormais moins coûteuses que les combustibles fossiles dans la plupart des régions du monde. Toutefois, des obstacles persistants continuent de ralentir leur déploiement alors même que la demande énergétique augmente à un rythme sans précédent. « Nous ne pouvons pas permettre à ces obstacles de continuer à entraver la baisse des coûts de l’énergie pour les ménages et les entreprises, ainsi que l’amélioration de la qualité de l’air et de l’eau pour les communautés », a-t-il déclaré.
Le Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a salué cette initiative, estimant que « l’ère des énergies propres est arrivée ». Selon lui, la hausse rapide de la demande en électricité impose désormais d’accélérer le déploiement des énergies renouvelables dans les économies qui en ont le plus besoin. Il considère que cet engagement contribuera à alimenter les foyers, réduire les factures énergétiques, soutenir la croissance économique et améliorer la qualité de l’air pour des milliards de personnes.
Cette annonce intervient dans un contexte où les renouvelables poursuivent leur progression à l’échelle mondiale. En 2025, elles ont représenté 34 % de la production mondiale d’électricité, dépassant pour la première fois depuis près d’un siècle la part du charbon, tombée à 33 %. Les projections indiquent qu’à l’horizon 2030, les énergies renouvelables et le nucléaire pourraient assurer à eux seuls la moitié de la production électrique mondiale.
Malgré ces avancées, Bloomberg Philanthropies estime que le principal défi n’est plus la compétitivité économique des énergies propres, mais la capacité des acteurs du secteur à se structurer suffisamment rapidement pour répondre à la demande. Dans de nombreux pays, les industries des énergies renouvelables demeurent moins influentes que les secteurs énergétiques traditionnels, qui bénéficient depuis plusieurs décennies de réseaux financiers solides, d’une expertise technique établie et d’un poids institutionnel considérable.
Le nouveau financement ciblera principalement les pays responsables de près de 70 % des émissions mondiales du secteur électrique. L’objectif est d’aider l’énergie solaire et l’éolien à produire plus de la moitié de leur électricité d’ici 2030. Pour y parvenir, l’initiative prévoit notamment de renforcer les associations professionnelles du secteur, d’améliorer la production de données et d’analyses économiques, de soutenir les réformes réglementaires et de faciliter la mobilisation des capitaux privés destinés aux infrastructures énergétiques.
Pour Barbara Buchner, directrice générale de Climate Policy Initiative, le potentiel des énergies renouvelables reste largement sous-exploité dans de nombreux marchés émergents. Elle souligne que les politiques publiques, les capacités institutionnelles et les données fiables constituent des prérequis indispensables pour transformer le potentiel énergétique en projets bancables capables d’attirer les investisseurs.
L’Afrique figure parmi les régions qui pourraient bénéficier le plus fortement de cette initiative. Le directeur exécutif de l’African Climate Foundation, Saliem Fakir, rappelle que le continent dispose d’abondantes ressources renouvelables et connaît une forte croissance de la demande en électricité. Selon lui, le principal frein au développement du secteur n’est pas le manque de potentiel, mais l’insuffisance des capacités institutionnelles, techniques et financières permettant de transformer les opportunités en projets concrets.
Plusieurs responsables politiques et experts internationaux ont également insisté sur la nécessité d’accompagner la transition énergétique par le développement des compétences, des infrastructures de stockage, des réseaux électriques et des mécanismes de financement innovants. Des représentants de pays tels que l’Indonésie, le Pakistan, le Kenya, l’Inde ou encore l’Afrique du Sud ont souligné que le succès de la transition dépendra autant de la qualité de la gouvernance que des progrès technologiques.
Cette nouvelle enveloppe s’inscrit dans la continuité de plus d’une décennie d’engagement de Bloomberg Philanthropies en faveur de la transition énergétique. Depuis le lancement de la campagne Beyond Coal en 2011, l’organisation affirme avoir contribué à l’annulation de près de 450 centrales à charbon à travers le monde et à la création des conditions nécessaires au déploiement de plus de 1 100 gigawatts de capacités d’énergie propre. Avec cet investissement de 285 millions de dollars, elle entend désormais aider les pays qui porteront la croissance future de la demande électrique à construire des systèmes énergétiques plus propres, plus abordables et plus sûrs.