(SenePlus) - Dans une chronique éclairante diffusée début avril sur RFI, le journaliste Newton Ahmed Barry décortique les obstacles qui jalonnent la course de l'ancien président sénégalais Macky Sall vers le secrétariat général de l'ONU. Prévue pour remplacer Antonio Guterres fin 2026, cette candidature, qualifiée de « bonne », se retrouve aujourd'hui piégée par une double contrainte : une inimitié tenace au sommet de l'État sénégalais et des luttes d'influence au sein de l'Union africaine.
La première barrière dressée sur le chemin de Macky Sall est strictement nationale. L'auteur pointe du doigt l'incapacité des nouveaux dirigeants du parti Pastef (Ousmane Sonko et le président Bassirou Diomaye Faye) à surmonter les violentes séquelles de la présidentielle de mars 2024. Ce ressentiment persistant tranche avec la tradition chevaleresque sénégalaise, où des rivaux acharnés, comme Abdoulaye Wade et Djibo Leyti Ka, parvenaient jadis à se réconcilier au nom de l'intérêt supérieur du pays.
Pour Newton Ahmed Barry, la posture hostile de l'actuel pouvoir reflète une « clarté populiste » parfois contre-productive, notamment dans la gestion de la prétendue dette cachée de l'ancien régime. Invoquant la sagesse peule selon laquelle « la fraternité est une tunique d’épineux » qu'il vaut mieux supporter plutôt que de s'exposer nu, le chroniqueur estime qu'il y aurait « plus à gagner pour le Sénégal » à voir un compatriote diriger les Nations unies plutôt que de l'imaginer incarcéré à la prison de Rebeuss.
Les réserves troublantes de l'Union africaine
Sur le plan diplomatique, le choix du parrain de cette candidature pose également question. C'est le président burundais Évariste Ndayishimiye, président en exercice de l'Union africaine, qui a porté le dossier. Un soutien jugé trop léger par le journaliste, qui estime qu'un appui du Nigeria, de l'Égypte ou de l'Afrique du Sud aurait étouffé les actuelles critiques sur le respect des procédures continentales.
L'auteur souligne d'ailleurs l'attitude paradoxale du Nigeria, qui justifie son opposition par le respect d'une rotation régionale. Une posture que Newton Ahmed Barry perçoit comme un calcul géopolitique cynique : Abuja attendrait simplement son heure et craindrait qu'une victoire de Macky Sall ne repousse ses propres ambitions diplomatiques « aux calendes grecques ».
Malgré cet horizon assombri, une lueur d'espoir vient de raviver les chances du candidat sénégalais : le retrait récent du soutien du Chili à Michelle Bachelet. Fait historique et inédit selon le journaliste, les deux grands favoris pour la succession de Guterres avancent désormais sans l'aval officiel de leur propre pays.
Dans cette course incertaine, l'obstacle majeur reste d'éviter le veto d'un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Pour Macky Sall, la principale menace viendrait des États-Unis et du président Donald Trump. Newton Ahmed Barry esquisse alors une hypothèse audacieuse : seul Vladimir Poutine pourrait éventuellement infléchir la position américaine. « À quel prix ou en contrepartie de quoi ? », s'interroge le chroniqueur de RFI.