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La persistance de la négrophobie dans la France d'aujourd'hui
"Le Noir est sans doute le seul être de la Terre que tout le monde croit connaître avant même qu'il ne parle." Thuram décrypte la violence raciste visant Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, et diagnostique un "narcissisme blanc" au bord de la noyade
 
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(SenePlus) - L'élection de Bally Bagayoko à la mairie de Saint-Denis continue de provoquer des remous bien au-delà de la scène politique française. Face aux violentes attaques à caractère raciste ciblant le nouvel édile de La France insoumise, l'ancien champion du monde de football Lilian Thuram a pris la plume dans les colonnes du quotidien Le Monde. Dans une tribune aux accents philosophiques et sociologiques, le président de la Fondation éducation contre le racisme décrypte les mécanismes de haine qui entourent cette victoire électorale, y voyant l'expression d'un profond complexe de supériorité.

Pour Lilian Thuram, les réactions épidermiques suscitées par l'arrivée d'un homme noir à la tête de la célèbre « ville des rois » illustrent les ravages d'un narcissisme blanc profondément enraciné. Le constat dressé par l'ancien défenseur des Bleus est sans appel : quels que soient le parcours ou l'intégration d'une personne noire dans la société française, celle-ci reste perpétuellement ramenée à sa couleur de peau par certains de ses concitoyens.

« Que vous soyez né à Levallois-Perret, que vous ayez un cursus universitaire, que vous fassiez de la politique depuis plus de vingt ans [...] aux yeux du narcissisme blanc, un 'Noir' est un être malhonnête, dangereux, non légitime, inférieur », déplore-t-il dans sa tribune. Il souligne l'absurdité de cette construction mentale où le « Noir est sans doute le seul être de la Terre que tout le monde croit connaître avant même qu'il ne parle ». Un mécanisme pernicieux qui, selon lui, s'appuie historiquement sur « le mensonge et la distorsion de la réalité » pour violenter ses victimes.

La réussite de Bally Bagayoko comme révélateur

L'auteur de la tribune s'interroge particulièrement sur la nature de cette violence qui s'exprime ouvertement à la télévision, à la radio et sous couvert d'anonymat sur les réseaux sociaux. Selon lui, ce déferlement haineux traduit une véritable panique intellectuelle face à l'ascension sociale d'un homme qui brise les stéréotypes. « Ces narcissiques blancs ont-ils peur de la réussite d'un 'Noir' ? Tout 'Noir' cultivé inspire-t-il la crainte ? », questionne Lilian Thuram.

Face à ces provocations, l'ancien footballeur salue l'attitude de Bally Bagayoko qui refuse de se laisser « aspirer dans le tourbillon émotionnel que le Narcisse blanc essaie de créer ». Il interprète le calme du nouveau maire comme une victoire psychologique magistrale, lui prêtant ce message implicite envers ses détracteurs : « Le racisme est votre maladie, pas la nôtre. »

S'appuyant sur la pensée de l'écrivain Aimé Césaire et son célèbre Discours sur le colonialisme, Lilian Thuram dresse un parallèle saisissant entre les rapports de domination d'hier et d'aujourd'hui. Il rappelle que, tout comme les colonisés avaient fini par percer à jour les mensonges de leurs oppresseurs, les personnes noires d'aujourd'hui ont une claire lucidité sur la nature « perverse, manipulatrice et fragile » de ce suprémacisme latent.

Confiant dans l'issue de ce combat idéologique, le président de la fondation éponyme conclut son texte sur une note allégorique féroce. Pour lui, ceux qui nourrissent cette négrophobie ont en réalité « une parfaite connaissance de ce qu'ils sont », mais commettent l'erreur fatale d'oublier que « Narcisse finit par se noyer dans son propre reflet ». Une manière d'annoncer que cette violence raciste serait, paradoxalement, le chant du cygne d'un système de pensée obsolète.

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