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Le piège de l’extraction brute sur l'Afrique
Les projections de la CNUCED donnent le tournis. D’ici 2040, la demande mondiale de lithium devrait exploser de plus de 350 %, tandis que celle du graphite va bondir de plus de 130 %. L'Afrique est assise sur une mine d'or moderne
 
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(SenePlus) - La transition énergétique mondiale, souvent présentée comme une révolution écologique vertueuse, cache une réalité beaucoup plus féroce, selon le rapport de juin 2026 de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED)une guerre de souveraineté économique où l’Afrique risque, une fois de plus, d'être le dindon de la farce. Le diagnostic est sans appel. Si rien ne change, les pays africains resteront condamnés au rang de simples exécutants, cantonnés à l’extraction brute pendant que les superpuissances industrielles captent la richesse technologique.

L'Europe, l'Asie et l'Amérique du Nord s'arrachent ces composants indispensables aux véhicules électriques, aux semi-conducteurs, aux énergies renouvelables et aux centres de données. Les projections de la CNUCED donnent le tournis. D’ici 2040, la demande mondiale de lithium devrait exploser de plus de 350 %, tandis que celle du graphite va bondir de plus de 130 %. L'Afrique est assise sur une mine d'or moderne (du cobalt congolais au lithium zimbabwéen, en passant par le manganèse gabonais et sud-africain, le graphite malgache ou le cuivre zambien). Pourtant, détenir la ressource ne signifie pas détenir le pouvoir.

Le cas du cobalt est l’illustration parfaite de ce déséquilibre structurel. En 2025, la République démocratique du Congo (RDC) a fourni à elle seule 74 % de la production mondiale de cobalt. Un monopole d'extraction colossal qui devrait faire de Kinshasa le maître du jeu. Pourtant, l’essentiel de la valeur ajoutée financière et technologique s'évapore dès que le minerai quitte le sol congolais. La richesse se crée là où on raffine, là où on transforme. Et à ce jeu-là, l'Asie dicte ses règles. La Chine ultra-domine le raffinage des terres rares et des minerais essentiels, tandis que l’Indonésie capte à elle seule 43 % de la capacité mondiale de raffinage du nickel. L’Afrique creuse, le reste du monde s'enrichit.

Face à ce risque d'asservissement industriel, un vent de fronde souverainiste commence à souffler. Les pays producteurs refusent de reproduire les schémas du passé et déploient l'arme de la politique industrielle. Depuis 2020, près de 100 mesures restrictives liées à l’exportation (licences, taxes punitives, interdictions pures et simples de sortie de route des minerais bruts) ont été introduites à travers le globe, la RDC se plaçant aux côtés de la Chine et de l'Indonésie parmi les États les plus offensifs. L'objectif est de forcer les multinationales à installer des usines de transformation locale, créer des emplois qualifiés et générer de vraies recettes fiscales.

La marge de manœuvre est cependant étroite, car les grandes puissances ont anticipé la riposte en verrouillant le marché par la diplomatie. La CNUCED a recensé 73 accords et partenariats internationaux stratégiques sur ces minerais, dont 58 ont été signés à la hâte après 2022. Cette course effrénée aux alliances bilatérales comporte un piège mortel pour l'Afrique : celui d'un système mondial fragmenté. Prisonniers de règles contradictoires et soumis à d'intenses pressions géopolitiques, les pays en développement sont poussés à choisir un camp (Washington, Pékin ou Bruxelles) plutôt qu'un autre. Si le continent ne conditionne pas urgemment ses signatures à de réels transferts de technologie et au développement de ses propres compétences, la transition énergétique ne sera pour elle qu'une perpétuation de l'économie coloniale sous vernis vert.

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