Militant engagé en faveur de la démocratie et des droits humains, Mohamed Cissé fait partie des nombreuses victimes du régime de Mamadi Doumbouya, le chef de la junte qui, selon lui, a cherché à légitimer son coup d'État en se faisant élire au terme d'un scrutin contesté par une partie de la population guinéenne.
Depuis l'arrivée au pouvoir du colonel Mamadi Doumbouya, ancien chef des forces spéciales du président Alpha Condé, devenu général après le coup d'État du 5 septembre 2021, les libertés fondamentales ne cessent, selon de nombreuses organisations de défense des droits humains, de se dégrader en Guinée. Des cas de disparitions forcées sont régulièrement dénoncés, notamment ceux des militants Foniké Menguè et Mamadou Billo Bah, toujours portés disparus.
« Ils ont procédé à notre enlèvement. Nous avons subi des tortures, y compris au palais présidentiel. Nous étions trois : mes camarades Foniké Menguè et Mamadou Billo Bah, qui sont encore portés disparus, et moi. J'ai été torturé, battu et laissé pour mort. J'ai finalement été secouru par les habitants de Kaloum, une commune du centre-ville de Conakry », raconte Mohamed Cissé, rencontré récemment à Dakar.
Mohamed Cissé faisait partie des personnes arrêtées, battues et torturées. Mais contrairement à ses deux compagnons, dont on est toujours sans nouvelles, il a réussi à survivre puis à se réfugier au Sénégal.
C'est en marge de la troisième édition des Assises africaines de la démocratie, organisée au Musée Théodore Monod d'Art africain à Dakar, que nous l'avons rencontré pour un entretien exclusif.
Dans cette interview, Mohamed Cissé revient sur son calvaire, dresse un tableau alarmant de la situation de la démocratie, des droits humains et des libertés publiques en Guinée, et évoque également les difficultés qu'il rencontre dans son pays d'accueil. Selon lui, il est contraint à une certaine discrétion, le Sénégal ne souhaitant pas être accusé par les autorités de Conakry de servir de base arrière à leurs opposants. Le jeune militant confie d'ailleurs craindre pour sa sécurité.
Face à cette situation, Mohamed Cissé déplore également l'impuissance de la CEDEAO et appelle le peuple guinéen à prendre son destin en main.
« Aujourd'hui, il n'y a pratiquement plus d'opposition en Guinée. Les gens sont enlevés à cause de leurs opinions », nous confie-t-il.
Selon lui, la répression ne vise pas uniquement les responsables politiques. « Même des figures âgées de la société civile sont enlevées. Des mineurs de 15 ans, parfois plus jeunes encore, sont arrêtés simplement parce que leurs parents sont opposés au régime militaire », affirme-t-il.
Mohamed Cissé dit par ailleurs ne pas reconnaître la légitimité des dernières élections organisées par le général Mamadi Doumbouya.
Pour autant, cette situation dramatique ne suscite chez lui aucune nostalgie du régime d'Alpha Condé. Selon le militant, l'ancien président porte une part importante de responsabilité dans la crise politique que traverse aujourd'hui la Guinée.
Suivez notre entretien exclusif avec Mohamed Cissé.