(SenePlus) - C'est un fantôme du passé qui rattrape l'un des hommes les plus puissants du capitalisme français. Près d'une décennie après sa mise en examen, le milliardaire Vincent Bolloré comparaîtra devant un tribunal en décembre prochain. Au cœur de ce procès explosif : des accusations de corruption pour l'obtention de contrats portuaires juteux en Afrique, il y a quinze ans.
Dans un article publié ce jeudi 19 mars 2026 par Bloomberg, le journaliste Gaspard Sebag détaille les contours de cette affaire tentaculaire, dont le Parquet National Financier (PNF) vient de confirmer le renvoi devant la justice, corroborant des informations du journal Le Monde. L'industriel français devra répondre d'accusations de « corruption » concernant l'obtention d'un contrat portuaire au Togo, ainsi que de faits de « détournement de fonds » liés à l'exploitation de terminaux à conteneurs en Guinée.
L'accusation pointe du doigt un système d'échange de bons procédés particulièrement sophistiqué. Selon Bloomberg, la justice soupçonne la société de publicité Havas — alors contrôlée par le groupe Bolloré — d'avoir fourni des « conseils de campagne à prix réduit » pour faciliter les élections d'Alpha Condé à la présidence de la Guinée et de Faure Gnassingbé au Togo. En retour, le groupe industriel aurait sécurisé ses lucratives concessions portuaires dans ces deux pays.
Le dossier togolais est particulièrement documenté par les enquêteurs français. Ces derniers affirment qu'une filiale du groupe Bolloré a pris en charge le règlement de « 300 000 euros (soit les trois quarts de la facture totale) pour les conseils de campagne de M. Gnassingbé ».
Cette ordonnance de renvoi marque l'échec d'une tentative de résolution à l'amiable qui avait fait grand bruit. En 2021, Vincent Bolloré avait vainement tenté de mettre fin aux poursuites en plaidant coupable, au moment même où son entreprise signait un accord de règlement de 12 millions d'euros avec le PNF.
Aujourd'hui, la ligne de défense du milliardaire est offensive. Les avocats de l'homme d'affaires ont formellement contesté l'existence d'un pot-de-vin, arguant que ce paiement de 300 000 euros s'inscrivait dans le cadre de « relations commerciales normales » entre les groupes Bolloré et Havas.
Par ailleurs, Mes Olivier Baratelli et Céline Astolfe, conseils du dirigeant, adoptent une stratégie axée sur les vices de procédure. Ils estiment que la tenue d'un « procès équitable est impossible après l'échec de la négociation de plaidoyer », considérant que cet épisode judiciaire a « irrémédiablement porté atteinte aux droits de la défense de leur client et à la présomption d'innocence ». Un argumentaire juridique que les juges parisiens devront trancher à la fin de l'année.