(SenePlus) - La question des subventions aux carburants constitue le nœud central des négociations entre le Sénégal et le FMI, et le limogeage d'Ousmane Sonko ne la résout pas. C'est le constat que dresse Colleen Goko pour Reuters, au lendemain de la nomination d'Ahmadou Al Aminou Lo à la primature.
L'analyste de Barclays Michael Kafe est catégorique dans une note citée par Reuters : il "semble peu probable que le FMI signe un accord avec le Sénégal qui n'inclurait pas la suppression des coûteuses subventions aux carburants". Or Sonko avait refusé d'augmenter les prix à la pompe, bloquant toute avancée sur ce dossier central.
Le contexte international aggrave considérablement la situation. Le Sénégal avait budgété 250 milliards de francs CFA pour les subventions cette année, avant que la guerre entre les États-Unis, Israël et l'Iran ne fasse flamber les prix du pétrole. L'ancien ministre des Finances Cheikh Diba a averti que la facture pourrait dépasser le budget 2026 de 1,39 trillion de francs CFA, soit environ 2 milliards de dollars, si le baril atteint 115 dollars.
Nicholas Sauer, gestionnaire de portefeuille chez Robeco, rappelle dans Reuters qu'il existe "une longue histoire d'agitation sociale liée à l'inflation qui peut finalement renverser des gouvernements". Cette réalité politique universelle éclaire pourquoi Sonko avait refusé d'agir sur les prix à la pompe malgré la pression budgétaire.
Désormais élu à la présidence de l'Assemblée nationale, Sonko dispose d'un levier institutionnel considérable pour bloquer toute réforme des subventions aux carburants exigée par le FMI. Barclays identifiait précisément ce scénario comme potentiellement déclencheur d'affrontements entre l'exécutif et le législatif. Le nouveau Premier ministre Lo se retrouve donc face à une équation dont aucune variable n'est simple à résoudre : satisfaire le FMI sur les carburants tout en composant avec un Sonko désormais installé au perchoir de l'hémicycle, selon Reuters.