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L’État islamique étend son emprise en Afrique de l’Ouest, alerte Wassim Nasr
Entre expansion territoriale, montée en puissance opérationnelle et rivalité avec Al-Qaïda, l’Afrique de l’Ouest est devenue un front stratégique majeur pour l’État islamique.
 
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(SenePlus) - Dans un entretien publié le 24 juin 2026 par Le Grand Continent, le journaliste et chercheur Wassim Nasr dresse un constat préoccupant sur l’évolution de la menace djihadiste au Sahel et en Afrique de l’Ouest. Selon lui, la région est aujourd’hui le théâtre d’une compétition de plus en plus intense entre le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, et les différentes branches de l’État islamique, dont la Province du Sahel et la Province d’Afrique de l’Ouest.

Il estime que l’État islamique est entré dans une nouvelle phase de son développement. Après plusieurs années d’implantation irrégulière, freinée par les opérations militaires internationales, l’organisation serait désormais engagée dans une stratégie de consolidation régionale. Son objectif consiste à renforcer les liens entre ses différentes « wilayas » africaines afin de faciliter la circulation des combattants, des ressources, des compétences et du matériel militaire à travers les frontières.

Pour Wassim Nasr, cette évolution est le résultat d’un long processus amorcé en 2015 avec l’allégeance d’Abou al-Walid al-Sahraoui à l’État islamique. Pendant plusieurs années, la direction centrale du mouvement a entretenu une certaine méfiance à l’égard de sa branche sahélienne. Ce n’est qu’après la mort de Sahraoui en 2021 que cette dernière a obtenu une reconnaissance complète au sein de l’architecture mondiale de l’organisation, ouvrant la voie à une institutionnalisation plus poussée.

L’année 2022 apparaît comme un tournant majeur dans cette dynamique. Le retrait progressif des forces françaises du Mali, puis du Burkina Faso et du Niger, combiné au départ des militaires américains de certaines installations stratégiques, a considérablement réduit la pression exercée sur les groupes djihadistes. Selon l’analyse publiée par Le Grand Continent, ces évolutions ont offert à l’État islamique un environnement favorable à son expansion territoriale.

Wassim Nasr souligne également que les opérations menées par les autorités maliennes et leurs partenaires russes ont parfois produit des effets contre-productifs. Si certaines offensives ont affaibli des réseaux armés, elles auraient aussi contribué à alimenter les ressentiments locaux et à favoriser de nouveaux recrutements parmi les populations affectées par les violences. Cette situation a notamment renforcé la présence de l’État islamique dans la région de Ménaka, devenue l’un de ses principaux bastions.

L’entretien revient longuement sur l’attaque menée contre l’aéroport de Niamey en janvier 2026. Pour le spécialiste, cette opération constitue une démonstration de force révélatrice des nouvelles capacités du groupe. Contrairement aux attaques suicides traditionnellement associées aux organisations djihadistes, les assaillants auraient planifié leur retrait après l’opération, tout en bénéficiant d’un soutien logistique sophistiqué comprenant drones, mortiers et véhicules armés.

Selon Wassim Nasr, cette sophistication témoigne de transferts de savoir-faire entre les différentes branches africaines de l’État islamique. Des indices linguistiques observés dans les communications des assaillants suggéreraient notamment la présence de combattants venus du nord-est du Nigeria, berceau de la Province d’Afrique de l’Ouest. Cette coopération illustre la volonté du mouvement de dépasser les frontières nationales pour construire un réseau plus intégré.

L’analyste note toutefois que cette montée en puissance ne signifie pas une alliance avec le JNIM. Bien au contraire, les deux organisations se livrent une compétition féroce pour le contrôle des territoires, des routes commerciales et des bassins de recrutement. Depuis plusieurs années, leurs affrontements ont fait de nombreuses victimes au Mali, au Burkina Faso et au Niger, chaque camp cherchant à affirmer sa domination sur l’espace sahélien.

L’une des principales différences entre les deux mouvements réside, selon lui, dans leur capacité de mobilisation. Le JNIM aurait réussi à dépasser certaines appartenances communautaires pour devenir un acteur « transethnique », capable de s’implanter auprès de populations diverses. L’État islamique, en revanche, demeurerait davantage ancré dans certaines bases communautaires locales, ce qui limiterait encore son influence politique à long terme.

Paradoxalement, Wassim Nasr considère que le JNIM constitue aujourd’hui le principal frein à l’expansion de l’État islamique vers les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest. La rivalité entre les deux groupes empêche, pour l’instant, une progression plus rapide de l’organisation vers le Bénin, le Togo ou d’autres États du golfe de Guinée. Une éventuelle disparition de cet équilibre pourrait cependant modifier profondément la situation sécuritaire régionale.

Enfin le spécialiste met en garde les capitales occidentales contre les erreurs stratégiques du passé. Il estime que la réponse au djihadisme ne peut se limiter à l’action militaire et qu’elle doit intégrer des dimensions politiques, sociales et diplomatiques. À ses yeux, continuer à privilégier exclusivement la logique sécuritaire risquerait de favoriser les conditions d’une nouvelle expansion de l’État islamique en Afrique de l’Ouest, devenue selon lui l’un des principaux fronts du djihadisme mondial.

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