Le chemin de fer constitue un intrant majeur pour impulser le développement économique et social d'un pays. Mais au Sénégal, force est de constater que cet outil stratégique est tombé dans une profonde agonie, après un rôle essentiel joué dans l'essor économique des territoires et l'intégration sous régionale. En marge des festivités célébrant le 66e anniversaire de l'indépendance nationale à Thiès, une exposition à la gare ferroviaire retrace toute l'histoire du chemin de fer au Sénégal.
Le chemin de fer est un outil stratégique, mais qui est malheureusement plombé aujourd’hui par des choix politiques qui n’ont pas donné les fruits escomptés. C’est ainsi qu'au Sénégal, il est tombé dans le déclin alors qu’il était quelques années avant, la colonne vertébrale de l’intégration sous régionale et du développement économique des territoires. L'asphyxie de cette grande pourvoyeuse d'emplois est ressentie partout dans le pays, notamment à Thiès dont l'histoire est étroitement liée au chemin de fer d'où l'appellation de capitale du rail.
Dans le cadre des festivités du 4 avril, une exposition à la gare ferroviaire de Thiès retrace d'ailleurs toute l'histoire du rail. Selon Amadou Ba ministre de la Culture, qui représentait la ministre des Transports Terrestres au vernissage de l'exposition, c'est toute l'histoire politique, économique, sociale et coloniale du Sénégal qui est ainsi revisitée. «On ne peut pas connaître notre histoire sans le prisme de rail, de ses évolutions, des logiques coloniales qui sous-tendent son déploiement à travers le territoire», a-t-il indiqué. Il ajoute que cette histoire montre aussi les grands espoirs des pères fondateurs, qui pensaient que le panafricanisme pouvait se faire plus facilement avec le rail. Il est d'avis qu'il n'y a que des leçons à apprendre de cette exposition qui montre l'importance capitale du rail, dans ce qui a façonné l'histoire du Sénégal. Il cite les premières luttes syndicales et les prémices de l'indépendance ont été posés à Thiès. Il souligne par ailleurs que le syndicalisme autour du ferroviaire a su conscientiser les masses sur les inégalités, les injustices du colonialisme.
Et de poursuivre, en mettant en lumière la forte possibilité de rebâtir l'Afrique pour les jeunes générations, à travers le déploiement du ferroviaire. Il faut dire que l'importance stratégique du chemin de fer a été très tôt perçue par Serigne Moustapha Mbacké premier Khalife de Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké fondateur du mouridisme. Il a en effet engagé, à partir de 1929, les travaux de construction de ligne Diourbel-Touba pour faciliter à partir de Dakar, l'acheminement des matériaux destinés à la construction de la grande mosquée de Touba. Et plus tard, cette ligne a été d'une importance capitale dans le cadre du convoyage des pèlerins vers la cité religieuse, à l'occasion du magal. Le chemin de fer reste le leader incontestable du transport de masse.
Dans le transport de marchandises, un train est l'équivalent de 50 camions, d'où un impact réel sur la préservation des routes. Dans le domaine du sport, le chemin de fer est à la base de la création de l'Union Sportive du Dakar-Niger, qui deviendra l'Union Sportive du Rail. Le chemin de fer est également pionnier dans les domaines du tourisme et de la restauration avec la création des hôtels du rail, qui sont les précurseurs de l'hôtellerie en Afrique.
C'est dire, selon les explications du ministre de la Culture, que la destruction du chemin de fer à partir des années 90, a non seulement mis à genoux l'important outil économique, mais elle a aussi sonné le glas de beaucoup de territoires. Tous les territoires qui avaient des gares, ont connu un déclin avec la disparition d'un foisonnement économique important. Ils ont aussi perdu de leur superbe, avec la chute du rail. Il renseigne que le président de la République a mis le rail au cœur de l'agenda de transformation et de la vision Sénégal 2050. C'est à ses yeux un choix assumé, le choix de la rupture, pour refaire du chemin de fer, le moteur de l'économie, de la croissance. Il note par ailleurs que les nouvelles autorités ont pris l'engagement ferme de refaire tout le réseau et de l'étendre sur l'ensemble du territoire national. «On a le choix de faire des aéroports dans chaque région ou de mailler le territoire à partir du rail. Mais sur le plan financier, économique et rationnel, le rail est beaucoup plus adapté à faire connecter l'ensemble du territoire et permettre aussi d'avoir une logique économique cohérente. Il va de soi que cette exposition et toutes les festivités ont montré l'excellence de l'expertise sénégalaise. Le renouveau de Thiès sera le nouveau du rail et par ricochet celui du décollage économique du Sénégal», a-t-il conclu.