(SenePlus) - Dix ans après sa disparition, le sculpteur sénégalais de renommée mondiale Ousmane Sow s'apprête enfin à retrouver son public natal. Le Musée des Civilisations Noires (MCN) de Dakar a annoncé la tenue d'une exposition exceptionnelle intitulée « Ousmane Sow, intemporel », qui ouvrira ses portes à partir du 25 avril 2026 pour une durée de trois ans. Une initiative qui vient réparer ce que le MCN qualifie d'« anomalie », l'artiste n'ayant presque jamais été exposé dans son propre pays au cours des trois dernières décennies.
Malgré un attachement viscéral à sa terre africaine et à son quartier de Rebeuss, Ousmane Sow a longtemps paradoxalement brillé loin des siens. Depuis la révélation de son talent en 1987, sa seule véritable apparition publique au Sénégal fut la présentation de sa série Little Bighorn sur la corniche de Dakar en 1999. Cette exposition dakarois préfigurait son immense succès parisien sur le pont des Arts, un événement qui avait alors drainé plus de trois millions de visiteurs.
Le dossier de presse diffusé par le musée rappelle avec amertume qu'aucune institution culturelle locale n'avait jusqu'à présent accueilli les œuvres de l'ancien kinésithérapeute devenu sculpteur sur le tard. Le document évoque également les déconvenues rencontrées par l'artiste dans son pays, notamment le « mauvais tour » concernant la conception du Monument de la Renaissance africaine ou l'inachèvement de sa dernière œuvre monumentale de cinq mètres, Le Paysan, qui devait trôner à Diamniadio. L'exposition du MCN ambitionne donc de « réancrer l’artiste de renommée internationale dans son Sénégal natal » et de présenter son héritage aux jeunes générations.
Un sauvetage culturel essentiel
C'est sous la houlette de Béatrice Soulé, désignée commissaire de l'exposition, que sera scénographiée cette rétrospective d'envergure. Le public pourra y admirer une cinquantaine d'œuvres originales couvrant les six grandes séries réalisées par le maître au cours de sa carrière. Les visiteurs retrouveront ainsi ses célèbres sculptures ethniques explorant la puissance du corps humain : les séries Nouba (dont les Petits Nouba), Masaï, Zoulou et Peulh.
Une salle entière sera dédiée à la série Little Bighorn, qui illustre l'ultime victoire des Indiens d'Amérique, des peuples chez qui Ousmane Sow percevait de profondes « similitudes culturelles et symboliques avec les peuples africains ». Cette installation sera accompagnée de photographies et d'une projection vidéo montrant l'artiste en plein travail dans son atelier dakarois.
La rétrospective mettra également en lumière sa série Merci, créée en 2004, qui rend hommage aux personnalités ayant marqué sa vie et l'ayant aidé « à ne pas désespérer du genre humain ». Le public y découvrira les effigies de Nelson Mandela, Toussaint Louverture, Victor Hugo, ou encore de Moctar Sow, le père du sculpteur.
L'exposition marque aussi l'aboutissement d'une véritable opération de sauvetage du patrimoine artistique d'Ousmane Sow. Ses œuvres étaient jusqu'alors conservées dans sa célèbre maison de Yoff, une demeure en forme de Sphinx qu'il avait lui-même bâtie et recouverte de la même matière secrète que ses sculptures.
Cependant, la bétonisation croissante du quartier et la multiplication des chantiers alentour généraient une poussière menaçant dangereusement l'intégrité de ce legs inestimable. Face à ce péril, les œuvres ont été transférées avec d'infinies précautions vers les réserves du Musée des Civilisations Noires afin d'y être restaurées avant leur grande présentation publique en avril prochain.