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Macron enterre le pré carré français à Nairobi
En organisant son sommet Africa Forward au Kenya, le président français acte la fin du monopole français dans ses anciennes colonies. Une décennie de revers au Sahel et la concurrence internationale ont contraint Paris à chercher de nouveaux partenaires
 
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1004823
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(SenePlus) - Emmanuel Macron organise son premier sommet France-Afrique hors du continent francophone, au Kenya, actant la fin du monopole français dans ses anciennes colonies. Une décennie de turbulences au Sahel et la concurrence internationale ont contraint Paris à chercher de nouveaux partenaires loin de ses bases historiques.

C'est loin de Dakar, d'Abidjan ou de Ouagadougou qu'Emmanuel Macron a choisi de refermer une décennie agitée de relations avec l'Afrique. À Nairobi, capitale kényane et cœur de l'Afrique de l'Est anglophone, le président français a réuni les 11 et 12 mai une trentaine de chefs d'État et plus de 1 500 dirigeants d'entreprises pour le sommet Africa Forward, nouvelle appellation des sommets France-Afrique. Un déplacement symbolique qui acte le basculement géographique de la diplomatie française sur le continent.

« Je n'ai jamais pris l'Afrique francophone comme étant un pré carré. C'est fini. Depuis 2017, c'est terminé », a déclaré Emmanuel Macron à son arrivée dans la capitale kényane le dimanche 10 mai, selon un reportage d'Anna Sylvestre-Treiner publié dans Le Monde. Une affirmation qui résonne comme un aveu d'impuissance autant qu'une profession de foi. En neuf ans de présidence, jamais un chef d'État français n'avait autant parcouru le continent africain : une vingtaine de pays visités, deux tournées en moyenne par an. Pourtant, c'est bien dans l'ancienne zone d'influence exclusive de la France que les revers se sont accumulés.

Du Sahel à l'Afrique de l'Est, un repositionnement forcé

Le choix de Nairobi traduit une réalité que Paris peine encore à formuler clairement : la France a perdu son statut de puissance incontournable en Afrique francophone. Au Sahel, théâtre principal de l'engagement militaire français ces quinze dernières années, la séquence a tourné au désastre. Mali en 2020, Burkina Faso en 2022, Niger en 2023 : trois coups d'État successifs ont chassé les forces françaises de ces pays où elles combattaient les groupes djihadistes. La Russie, ses mercenaires et ses réseaux d'influence numériques ont pris le relais, selon Le Monde, sans que les services de renseignement français n'aient su anticiper ces bouleversements.

Le mouvement a contraint Paris à accélérer le démantèlement de son dispositif militaire permanent en Afrique francophone. Seule la base de Djibouti, dans la Corne de l'Afrique, subsiste encore. Le philosophe camerounais Achille Mbembe, cité par le quotidien français, analyse ce retournement structurel : « Le centre de gravité de la relation s'est renversé. Désormais, il est en Afrique. Le temps où la France avait le monopole dans son ancien pré carré et où elle décidait est terminé. »

Cette perte d'influence ne se limite pas au domaine militaire. Sur le plan économique et diplomatique, la France joue désormais en « deuxième division » au Kenya, au Nigeria ou en Afrique du Sud, selon les termes d'un diplomate français rapportés par Le Monde. Chine, Turquie, Maroc, Émirats arabes unis, Inde, Russie : la dernière décennie a vu se multiplier les acteurs attirés par les perspectives du continent, notamment dans les matières premières. Cette concurrence accrue a paradoxalement redonné des marges de manœuvre aux États africains, qui ne dépendent plus d'un unique partenaire historique.

Une décennie de maladresses et d'incompréhensions

Les difficultés françaises ne s'expliquent pas uniquement par l'arrivée de nouveaux compétiteurs. Emmanuel Macron lui-même a multiplié les déclarations jugées paternalistes ou maladroites par ses homologues africains. En janvier 2025, lors de la conférence des ambassadeurs, il a déclaré à propos de l'engagement français au Sahel : « Je crois qu'on a oublié de nous dire merci », provoquant l'indignation immédiate du président tchadien et du Premier ministre sénégalais. Une sortie qui révèle, selon Anna Sylvestre-Treiner, une forme d'amertume face aux revers subis.

D'autres incidents ont jalonné les deux mandats présidentiels : la remarque sur son homologue burkinabé parti « réparer la clim » de l'amphithéâtre de Ouagadougou en 2017, l'invitation perçue comme une convocation des chefs d'État sahéliens à Pau en 2020, ou encore les condamnations à géométrie variable des coups d'État selon qu'ils touchent ou non les intérêts français. « Le problème avec Macron, c'est qu'il appelle beaucoup, mais qu'il écoute rarement », confie au Monde un ministre ouest-africain sous couvert d'anonymat.

Augustin Holl, archéologue camerounais qui a dirigé le comité scientifique chargé d'écrire l'histoire générale de l'Afrique pour l'UNESCO, porte un jugement sévère dans les colonnes du quotidien français : « Ces dernières années, les relations entre la France et l'Afrique francophone ont été catastrophiques. C'est en grande partie dû à une attitude hautaine et une arrogance qui ne sont d'ailleurs pas seulement réservées aux rapports France-Afrique. »

Le repositionnement vers l'Afrique anglophone vise précisément à contourner cet héritage empoisonné. Au Kenya, au Nigeria, en Afrique du Sud, Paris espère décrocher des contrats commerciaux sans avoir à gérer le poids du passé colonial. Mais le philosophe Achille Mbembe met en garde contre une illusion : « La France n'est pas une grande puissance, et si, pendant longtemps, elle a pu se comporter comme telle, c'est grâce à l'Afrique. Si elle n'y prend pas garde, ce continent sera le lieu du dévoilement de ses faiblesses structurelles. »

Franck Paris, ancien conseiller Afrique d'Emmanuel Macron entre 2017 et 2023, se veut plus optimiste dans Le Monde : « Nous avons une relation plus distante avec quelques gouvernements, mais nous avons gagné en proximité avec d'autres et avec les sociétés africaines. » Un diagnostic qui peine à masquer une réalité : en choisissant Nairobi pour son dernier grand rendez-vous africain, Emmanuel Macron acte la transformation de la France en puissance ordinaire sur un continent où elle fut longtemps hégémonique.

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