(SenePlus) - Pour la première fois dans l'histoire de la République, un président français a évoqué publiquement la nécessité de réparer les crimes de la traite transatlantique. Une commission scientifique internationale doit formuler des recommandations concrètes.
Le mot était attendu depuis des décennies par les sociétés civiles caribéennes et africaines. Emmanuel Macron l'a prononcé jeudi 21 mai lors des commémorations du vingt-cinquième anniversaire de la loi Taubira, rapporte Coumba Kane dans Le Monde. Aucun de ses prédécesseurs à l'Élysée n'avait osé franchir ce pas.
Le contraste avec la position française de mars dernier est saisissant. Deux mois après s'être abstenue lors du vote onusien sur la reconnaissance de la traite comme crime majeur contre l'humanité, invoquant le refus de hiérarchiser les souffrances, la France opte désormais pour une posture d'ouverture assumée. Cette évolution rapide doit beaucoup aux pressions conjuguées de l'Union africaine et de la Communauté des Caraïbes, ainsi qu'à la visite du président ghanéen John Dramani Mahama à l'Élysée en avril.
Devant trois cents invités dont des ambassadeurs africains et des parlementaires, Macron a répété le terme "réparations" une dizaine de fois sans en définir précisément les contours. Il a annoncé avec son homologue ghanéen le lancement d'une commission scientifique internationale chargée de formuler des recommandations concrètes aux décideurs politiques.
Le chef de l'État a pris soin de distinguer cette démarche de toute logique de repentance, affirmant que l'identité française ne peut se construire ni dans le déni ni dans le refus d'avancer. Une nuance sémantique destinée à anticiper les critiques d'une partie de l'opinion publique française.
La cofondatrice du think tank African Futures Lab, Liliane Umubyeyi, salue dans Le Monde "un pas important", tout en appelant à articuler la démarche mémorielle aux inégalités contemporaines héritées de l'esclavage. Les élus d'outre-mer, particulièrement mobilisés sur ce dossier, attendaient pour leur part des mesures socio-économiques plus tangibles.
Ces annonces s'inscrivent dans un contexte mémoriel plus large. Le Code noir, ordonnance royale du XVIIe siècle ayant réduit des millions d'Africains au statut de "biens meubles", est en voie d'abrogation formelle. Un mémorial doit également voir le jour en 2027. Autant d'avancées symboliques dont la traduction concrète dépendra des mois qui restent à Macron avant de quitter l'Élysée, conclut Coumba Kane dans Le Monde.