La malnutrition continue de peser lourdement sur le développement humain et économique du Sénégal. malgré les progrès enregistrés ces dernières années, les experts, à travers une journée d’orientation organisée hier par le conseil national du développement de la nutrition (Cndn) avec l’association des journalistes en santé, alertent sur la persistance de nombreuses formes de malnutrition, allant des carences en micronutriments à l’obésité, en passant par la malnutrition aiguë et chronique. Ainsi, l’inaction face à la malnutrition coûte plus de 400 milliards par an au Sénégal.
La nutrition est bien plus qu’une question d’alimentation. Elle constitue l’un des piliers essentiels de la santé, du développement humain et de la croissance économique.
Pour le Dr Mbaye Sène, secrétaire exécutif du conseil national du développement de la nutrition (Cndn), les conséquences de la malnutrition sont souvent sous-estimées par les populations. «On ne se rend même pas compte que les carences en vitamine D entraînent des déficits de calcium. C’est la vitamine D qui permet que le calcium consommé puisse passer dans le sang. S’il n’y a pas de vitamine D, il y aura un manque de calcium. Derrière, c’est l’os qui n’est pas bien formé, avec des risques de fractures pathologiques, notamment chez les personnes âgées», a-t-il expliqué.
Selon lui, la problématique nutritionnelle ne se limite pas aux vitamines. «Il y a d’autres oligo-éléments qui manquent, comme le sélénium, qui joue un rôle important dans l’immunité. Beaucoup de carences sont sous-estimées alors qu’elles ont un impact direct sur la santé», souligne-t-il. Le spécialiste a également mis en garde contre les habitudes alimentaires modernes, marquées par une forte consommation de sucre et d’aliments transformés. «Si vous consommez du sucre matin et soir pendant des années, vos organes ne pourront plus réagir correctement. Cela favorise les troubles métaboliques et le diabète», a-t-il averti.
LA NUTRITION EST LE PREMIER MEDICAMENT DE L’ETRE HUMAIN
Au-delà des conséquences sanitaires, la malnutrition représente un lourd fardeau économique pour le Sénégal. «Chaque année, notre pays perd l’équivalent de 856 millions de dollars (plus de 400 milliards) à cause de la malnutrition. Derrière ces chiffres se cachent des talents freinés, des capacités réduites et une partie de notre potentiel collectif qui s’évapore silencieusement», a déclaré le Dr Sène. Pour lui, la nutrition constitue un investissement stratégique pour le développement du pays. «Aucun pays ne peut durablement construire une économie forte avec un capital humain fragile. La nutrition influence la réussite scolaire, la productivité économique, la résilience des familles et, finalement, le développement de toute une nation», a-t-il affirmé.
Le responsable du CNDN a insisté sur l’importance d’agir dès les premières étapes de la vie. «La prévention est la meilleure médecine. La nutrition est le premier médicament de l’être humain. Si nous voulons avoir une population saine, nous devons agir très tôt, dès la grossesse et même avant la grossesse», a-t-il soutenu. Il a également attiré l’attention sur la situation des personnes âgées. «Après 60 ou 70 ans, les personnes âgées sont souvent oubliées. Pourtant, elles figurent parmi les plus exposées à la malnutrition. Elles ont besoin d’une alimentation adaptée à leur état de santé, à leurs horaires et à leurs capacités», a-t-il indiqué.
TROIS FORMES DE MALNUTRITION PREOCCUPANTES
Le Dr Mbaye Sène a rappelé que la malnutrition revêt plusieurs formes. «On peut résumer la malnutrition en trois catégories : la sous-nutrition, la surnutrition, qui se manifeste notamment par le surpoids et l’obésité, et les carences en micronutriments. L’anémie, par exemple, touche plus de 60% des femmes en Afrique et au Sénégal en particulier», précise-t-il. Malgré les progrès enregistrés, les indicateurs restent préoccupants. Le retard de croissance chez les enfants de moins de cinq ans est passé de 26,5% en 2010 à 17,5% en 2023, mais les défis demeurent nombreux. Face à ce double fardeau nutritionnel, marqué à la fois par les carences et l’augmentation du surpoids et de l’obésité, les experts appellent à une mobilisation de tous les acteurs. «Les chiffres ne changent pas les comportements à eux seuls. Ce qui change les comportements, c’est la compréhension des enjeux. Et cette compréhension passe par une information fiable et accessible», a insisté le Dr Mbaye Sène.
Des disparités régionales persistantes Présentant les résultats de plusieurs études, le Dr Nafi Ba Lo, experte en nutrition au CNDN, a mis en lumière les importantes disparités observées entre les régions du pays. «Dans certaines régions, comme Matam, la malnutrition aiguë touche près de 15% des enfants de moins de cinq ans, alors que la moyenne nationale est d’un peu plus de 10%», a-t-elle indiqué. L’experte a également souligné l’ampleur de l’anémie chez les enfants. «La prévalence nationale de l’anémie est de 59,8%.
L’idéal serait d’être en dessous de 40%. Au-delà de ce seuil, l’Organisation mondiale de la santé considère qu’il s’agit d’un problème majeur de santé publique», a-t-elle expliqué. Selon elle, les mauvaises pratiques alimentaires constituent un facteur déterminant. «Trois enfants sur quatre ne bénéficient pas d’une diversité alimentaire minimale au Sénégal. Cela contribue fortement aux niveaux élevés de malnutrition observés dans le pays», a-t-elle déclaré.
LE PHENOMENE DU SURPOIDS GAGNE DU TERRAIN
«Les résultats de l’enquête STEP montrent une prévalence nationale du surpoids de 28,8% chez les adultes âgés de 15 ans et plus. Dans certaines zones urbaines, notamment à Dakar, les taux peuvent dépasser 15%», a-t-elle ajouté.