(SenePlus) - Une enquête de Jeune Afrique révèle que les Sénégalais comptent parmi les nationalités qui déposent le plus de demandes de visa Schengen tout en essuyant l'un des taux de refus les plus élevés. L'illustration des disparités d'un système théoriquement régi par un règlement commun.
Le Sénégal apparaît comme l'un des cas les plus révélateurs des inégalités du système Schengen, selon une enquête de Jeune Afrique publiée le 4 juillet sous la plume de Julie Desrousseaux. Le média y établit, à partir d'un croisement inédit de données de la Commission européenne, que les ressortissants sénégalais figurent parmi les nationalités qui sollicitent le plus de visas pour l'Europe tout en en obtenant proportionnellement peu, aux côtés des Angolais. Un profil qui contraste fortement avec celui d'autres pays africains, comme le Maroc ou l'Afrique du Sud, dont les ressortissants voyagent massivement sans essuyer les mêmes taux de refus.
Cette situation s'explique en partie par la nature même du visa Schengen, conçu non pas pour faciliter les déplacements, mais pour évaluer un risque migratoire. Le demandeur doit prouver que son voyage est justifié, qu'il dispose de ressources suffisantes et qu'il quittera l'espace européen avant l'expiration de son document, ce qui le place de fait en position de suspect jusqu'à preuve du contraire. Une avocate spécialisée au barreau de Paris, citée par JA, précise qu'en pratique, les dossiers acceptés en France présentent souvent des relevés bancaires bien supérieurs au strict minimum légal, parfois entre 15 000 et 45 000 euros, loin du simple SMIC mensuel officiellement exigé.
Un système jugé opaque et inégalitaire
Le niveau de richesse d'un pays ne suffit pourtant pas à expliquer ces écarts. Un chercheur spécialiste des politiques migratoires africaines, cité dans l'enquête, observe qu'à niveau de vie comparable, les décisions restent influencées par le contexte politique et des représentations liées à l'identité, à la race ou à la religion, de plus en plus présentes dans le débat européen. Jeune Afrique illustre cette disparité par l'exemple du Maroc, dont le taux de refus varie de 9% à 79% selon l'ambassade européenne sollicitée, ou du Cameroun, dont les ressortissants passent de 19% de refus en moyenne en Allemagne à 59% en Italie.
L'enquête souligne également que la trentaine de pièces justificatives exigées par les consulats, comme les bulletins de salaire ou attestations de sécurité sociale, sont souvent inadaptées à des économies largement informelles, plaçant nombre de candidats dans une situation de fraude qualifiée par la politiste Juliette Dupont de "fraude forcée", le système poussant certains à transgresser les règles pour tenter de s'y conformer.
Derrière l'apparence d'un document unique, les États membres se sont par ailleurs aménagé des marges de manœuvre nationales, notamment la possibilité d'exiger une consultation préalable pour certaines nationalités sans que les critères de sélection ne soient rendus publics. Jeune Afrique rappelle enfin le coût de ce système pour les demandeurs déboutés, avec 63 millions d'euros de frais de visa perdus par les seuls candidats africains en 2025, sans qu'aucune frontière n'ait pu être franchie.