Ces derniers temps, le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye semble déterminé à prendre le large vis-à-vis de la ligne dure de Pastef, son clan d’origine. Le chef de l’Etat vient de lancer officiellement un cénacle trié sur le volet, «Sunu Champions», histoire de booster l’économie et confirmer notre, euh, souveraineté.
Ce, après le lancement de la Fondation «Marie môy Absa», qui a le don de refiler l’urticaire aux ultras du «Projet», et le meeting de la meilleure ennemie du parti des «Patriotes», la coalition «Diomaye Président» sur «ses» terres, à Mbour, au cours duquel il fait à ses alliés la fleur de prendre la parole depuis… le Palais. On est foudre de guerre ou on ne l’est pas ?
Sérieux, à entendre les ambitions de conquêtes planétaires du concept «Sunu Champions», l’on pourrait penser que les quatre mille cadres de Pastef, évanescents concepteurs du «Projet» depuis tous les recoins du Globe plus d’une décennie durant, se réveillent enfin de leur inexplicable léthargie, suite à laquelle l’inévitable Victor Ndiaye, penseur officieux du Pse mackyavélique, se permet l’affront de leur dicter l’avenir jusqu’en 2050, sous la forme d’un virtuel baobab bigarré… Ricaner offenserait la galaxie irascible du Pros ?
Et puis, ô surprise, ne voilà-t-il pas que le président de la République nous sort de sa manche de prestidigitateur, d’anciens et grisonnants piliers du «système» que la révolution Pastef renverse officiellement en mars 2024 ? Et non pas, comme on s’y attend depuis deux interminables années, de fringants patriotes diplômés des grandes universités des quatre coins du monde avec des, euh, solutions piochées dans le grand livre rouge du gardien éclairé de la Révolution. Snif.
Ces surprenants mousquetaires du développement qui forment un sacré quarteron, sévissent pourtant depuis plusieurs décennies dans les couloirs des régimes précédents.
Honneur aux dames…
Evelyne Tall, banquière chevronnée s’il en est, commence petitement à Citibank, avant de cavaler à la tête d’Ecobank, la banque autoproclamée aussi panafricaine que le fantomatique «Projet» ; elle prend du galon par la suite comme Directrice générale nationale dans des pays de la sous-région, avant de coiffer toute l’Uemoa, sous la casquette de vice-présidente ; à cette époque préhistorique, les esprits chagrins lui trouvent un train de vie dispendieux parce que Madame la Comtesse de La Banque voyage alors parfois par vols spéciaux, comme si la Directrice régionale d’Ecobank-Uemoa peut se permettre d’attendre les avions d’Air Sénégal qui atterrissent à bon port avec quarante-huit heures de retard… Elle fera à la presse à sensation l’insigne honneur de figurer dans les faits divers : des cambrioleurs se seraient introduits dans son appartement pour lui chiper ses bijoux et de la menue monnaie, durement gagnés à la sueur de son front.
Chienne de vie…
A ses côtés, ça peut reconnaître l’ingénieure Aminata Niane, l’égérie de l’Apix à la fascinante crinière poivre et sel, celle-là même qui lance les grands travaux sous le grand-père Wade ; avant ce grand bond en avant dans le service public, elle se fait les crocs dans le privé, à la Sipl de Moctar Sow, alors géant local du lait, qui ose tutoyer la multinationale Nestlé. Elle rentre dans les rangs du Service public, avant d’emprunter la pente glissante qui la mène à la Sonacos, et se caser dans les bicoques censées soutenir le poussif privé. Jusqu’à ce que l’alternance des Wade la conduise à la Présidence. Elle y restera comme conseillère spéciale de Macky Sall quelque temps, tout comme elle refile des notes confidentielles au président de la Bad, concernant les infrastructures…
Le «système», ça la connaît, n’est-ce pas ?
Troisième mousquetaire, Thiaba Camara Sy, expert-comptable, ancienne patronne de Deloitte-Sénégal, un des poids lourds de l’audit. Sa carrière est certes moins médiatisée, et donc moins flamboyante que les deux autres nouvelles égéries du régime «Diomaye dôt’oul Sonko» mais le système, elle est née dedans… Sur la photo de famille, Evelyne Tall, Aminata Niane et Thiaba Camara Sy se tiennent aux côtés de Mouhamadou Makhtar Cissé. Lui, c’est l’ancien directeur des Douanes passé ministre du Budget, avant d’aller diriger le cabinet présidentiel de leur ennemi d’alors, atterrir à la Senelec et rebondir comme le dernier ministre de l’Intérieur du régime défunt de Macky Sall ; celui-là même qui organise les élections victorieuses du candidat au slogan «mahaza» imparable et au balai dévastateur, qui voient stoppé net l’envol de son pire ami, Amadou Ba, candidat déclaré de son camp politique, avec qui il n’ira certainement pas en vacances.
Ça découvre avec stupeur que depuis l’Inspection générale d’Etat, le brave haut fonctionnaire chuchote tout ce temps à l’oreille du président…
Comble de paradoxe, un de nos champions, l’ancien président sénégalais Macky Sall, qui ne doute pas de grand-chose, affiche l’ambition de gouverner rien de moins que le monde entier : et qui torpille sa candidature ? Ben, la République du Sénégal : on n’est jamais trahi que par les siens ?
Et ça veut vous créer des champions internationaux…
Ce nouvel aréopage de penseurs du développement a au moins le mérite de renverser la tendance des gouvernements «Sonko môy Diomaye» : ici, au moins, les femmes n’ont pas la portion congrue. L’ambition déclarée : repérer des capitaines d’industrie dont il faudra décupler les exploits pour les propulser à la conquête du monde.
Il n’est pas interdit de rêver, surtout quand le radieux horizon se limite manifestement à mars 2029.
Surtout si l’initiative symbolise la nouvelle direction qu’emprunte, depuis novembre 2024, le militant de la première heure, le martyr inconditionnel du Pros jusqu’à récemment, Bassirou Diomaye Faye, après que Pastef snobe ses souteneurs et décide de faire cavalier seul pour squatter le Parlement en y envoyant des lumières de la brillance de Cheikh Bara Ndiaye, la nouvelle idole de la star littéraire altermondialiste, Boubacar Boris Diop. La vieillesse est un naufrage, disait De Gaulle…
Une guerre qui tourne à l’actualité glauque, avec du sensationnel jusqu’à ras de fourreau, du voyeurisme lubrique sur les réseaux sociaux et des plateaux de télé graveleux…
En lot de consolation, dans le camp du Guide Eclairé des chastes Patriotes, après l’inauguration de la passerelle de Tenghory présidée par les éminences grises de l’Exécutif fidèle au Pmos, la révolution inéluctable se glorifie de la formation de… cent taximen auxquels des clés de véhicules ont été remises, à l’époque où la Chine propose au monde entier des voitures sans conducteur. Ce régime nous étale, semaine après semaine, toutes les extravagances des nouveaux riches.