Que Macky Sall ne compte pas sur le Rewmi, pour couvrir ses manquements, sous le prétexte de solidarité de groupe. Thierno Bocoum, responsable des jeunes de ce parti est clair : Le Rewmi est un parti libéral qui a toujours eu une ligne de conduite depuis sa création à savoir condamner le blâmable et d’approuver le convenable.
Wal fadjri : Comment comprenez-vous en tant que membre de la mouvance présidentielle, les différentes sorties des responsables du gouvernement ?
Thierno BOCOUM : C’est un problème qu’il faut revoir. Car il y va de l’image non seulement du gouvernement mais aussi de la coalition Benno Book Yakaar. Quand un porte-parole parle, on suppose qu’il a eu l’onction du Premier ministre et qu’il parle donc au nom du gouvernement. Maintenant si on nous dit que c’est son point de vue, et après on nous donne une autre version (Celle du ministre de la justice), ça pose problème. Je pense qu’il faut, définitivement, que l’on sache qui porte la parole du gouvernement et surtout qu’il y ait une cohésion dans la communication gouvernementale. Sinon cela peut donner une certaine cacophonie qui va porter préjudice à la fois à l’image du gouvernement et de la coalition. Or, nous avons besoin, aujourd’hui de rassurer, à travers des messages forts. Parce que les attentes des Sénégalais sont là et nous devons y faire face. Mais en communiquant d’une manière sereine.
Sur cette question le Rewmi dit non à une médiation pénale, qu’est-ce qui explique au fond votre position ?
Par rapport à cette question des biens mal acquis, il faudra que l’on distingue les frontières. Car ce n’est pas pour rien qu’on parle de séparation des pouvoirs. L’Exécutif a un rôle à jouer, par exemple, mettre en place des mécanismes de contrôle pour qu’il y ait une gouvernance vertueuse etc. A chaque fois qu’il constate des faits de détournement, il lui revient de transmettre le dossier à la Justice. Et à partir de ce moment, il revient à la Justice de faire son travail. De ce point de vue, on ne peut pas parler de médiation pénale tant qu’on ne nous dit pas encore qui est coupable. Combien a été retrouvé etc. Alors, on doit laisser la Justice faire son travail. Autre chose, c’est que politiquement et moralement, il est insoutenable d’essayer de faire comprendre aux Sénégalais qu’on peut voler les derniers de l’Etat et en garder une partie. C’est moralement inexplicable. Et ce que nous demandons, c’est qu’il y ait une véritable séparation des pouvoirs et qu’on laisse la Justice identifier les coupables et appliquer les sanctions qu’il faut.
Avez-vous le pressentiment que l’Exécutif s’immisce dans le judiciaire ?
Dans les faits on ne peut pas le dire parce qu’il n’y a pas encore d’acte dans ce sens. Mais dans les propos, on a l’impression qu’on n’a pas délimité les territoires. Et, aujourd’hui les gens se prononcent sur une affaire pendante devant la Justice. C’est d’ailleurs l’occasion de féliciter Aminata Touré, qui a clairement affirmé, qu’il faut qu’on laisse la Justice faire son travail. Et que quand le dossier est pendant devant la Justice, l’Exécutif n’a plus le droit d’en parler.
Pourquoi selon vous la médiation pénale dans cette affaire ne peut être politiquement soutenable ?
Mais qu’est ce qu’on va faire du sacrifice de Mamadou Diop qui est décédé parce qu’il voulait un changement ? Qu’allons-nous faire des sacrifices de tous ces Sénégalais morts, emprisonnés, qui se sont battus ? C’est pour qu’il y ait une rupture définitive d’avec ce qu’on a vécu sous le régime de Wade. Mais également pour une Justice équitable pour tous ces gens morts ou emprisonnés. Alors il faut que l’intégralité de cet argent détourné soit retournée aux Sénégalais qui en ont besoin. Car il y a des problèmes sérieux liés au chômage des jeunes, à l’électricité etc. Le discours que le peuple attend de nous c’est de dire à tous que ceux qui ont détourné de l’argent du contribuable, de le rembourser jusqu’au dernier centime. C’est la meilleure manière de dissuader ceux qui sont actuellement au pouvoir ainsi que ceux qui les succéderont. Il faut que de manière irréversible qu’une nouvelle page de gouvernance vertueuse soit ouverte.
Le Rewmi a souvent pris des positions sur certaines questions sensibles bien qu’étant membre de Bby. Qu’est ce qui explique cette liberté de ton ?
Elle s’explique d’abord par la configuration de Benno Book Yakaar. Nous ne sommes pas dans une fusion. Bby est constitué de partis libres et autonomes. Et concernant Rewmi, c’est un parti libéral qui a toujours eu une ligne de conduite depuis sa création : condamner le blâmable et approuver le convenable. Nous avons eu à approuver le convenable dans, par exemple, la question de la traque des biens mal acquis. Et nous avons défendu cette thèse sans réserve. Donc, quand il s’agit aujourd’hui de parler de pourcentage pour les coupables, nous ne pouvons pas l’accepter.
Vos alliés vous opposent le principe de solidarité qui fonde toute alliance ?
Quand je les entends (Apr, Ndlr) parler de solidarité, j’ai envie de leur poser la question suivante: Est-ce qu’on a été tous d’accord pour qu’il y ait une médiation pénale avec un pourcentage à payer ? Alors les gens doivent savoir que Rewmi défend des principes, des valeurs et ça n’a pas commencé aujourd’hui. Quand Idrissa Seck disait à Abdoulaye Wade qu’il ne devait pas faire un troisième mandat, il était encore membre du Pds. Ce n’est, donc pas aujourd’hui que nous allons nous détourner de cette logique. Mais quoi qu’il en soit, il ne faut pas que l’on perde de vue que la diversité et une force. Aujourd’hui on a besoin que les gens s’expriment d’une manière démocratique et donnent leur point de vue sur la marche du pays. Sous ce rapport, Rewmi rend service aux Sénégalais et à l’Etat parce que le pacte dans Bby ce n’est pas de partager des postes ou des privilèges. C’est de défendre les intérêts des Sénégalais.
La décision de Rewmi d’engager une tournée dans les différents coins du pays a été diversement commentée.
Cette tournée n’est pas politique, c’est une tournée de réconciliation avec nos militants et sympathisants. Parce que Idrissa Seck a fait l’objet de plusieurs attaques qui l’avaient empêché de mener à bien ses activités politiques (…). Maintenant que nous avons dépassé cette période, il faut aller vers les militants pour les remercier et leur expliquer ce qui s’est passé et lever toutes incompréhensions.
C’est quand même très politique
La réconciliation, bien entendu, aura des gains politiques parce que nous avons été en brouille avec une partie de notre électorat bien avant 2007. Le fait que Idrissa Seck rencontre Wade avant 2007 nous a fait perdre beaucoup d’électeurs. Après 2007 également beaucoup n’ont pas compris sa démarche. Cette réconciliation va nous permettre de retrouver tous les gens qui étaient avec nous en 2007…
Donc une réconciliation en prélude à la prochaine présidentielle ?
Nous n’en sommes pas encore là. Un parti politique doit s’organiser et nous sommes en train de structurer le parti. Nous avons commencé la vente des cartes. Il y a une démarche de réconciliation qui est entamée et nous allons massifier davantage le parti.
Massifier pour les échéances prochaines ?
Oui. C’est pour faire face aux différentes élections à venir. Rewmi participera à toutes les élections. Maintenant comment allons nous y participer ? Est-ce en coalition ou seul ? On ne sait pas encore. Mais nous nous préparons pour participer à toutes les élections.