Le Sénégal veut faire de la transition écologique un moteur de compétitivité pour les petites et moyennes entreprises agroalimentaires dirigées par des femmes. Une étude du Bureau de mise à niveau (BMN), réalisée avec l'appui de l'African Climate Foundation (ACF), préconise un meilleur accès au financement vert et aux technologies propres afin d'accélérer la modernisation d'un secteur où les femmes représentent près des trois quarts des porteurs de projets.
L 'industrie agroalimentaire sénégalaise amorce son virage vers une croissance plus verte. Présentée hier, mardi à Dakar, une étude stratégique du Bureau de mise à niveau (BMN), avec le soutien de l'African Climate Foundation (ACF), met en lumière le rôle central des femmes dans le développement du secteur tout en soulignant les défis qui freinent leur montée en compétitivité. Selon les conclusions de l'étude, près de trois entreprises ou projets agroalimentaires sur quatre sont dirigés par des femmes ou présentent une forte composante féminine. Malgré cette place prépondérante, ces PME restent confrontées à des contraintes structurelles qui limitent leur développement : accès insuffisant au financement, difficulté à acquérir des équipements performants, faible diffusion des technologies propres, déficit de compétences techniques et accès restreint aux marchés à forte valeur ajoutée.
Ces difficultés sont accentuées par la hausse des coûts de l'énergie, les effets du changement climatique et le durcissement des normes environnementales sur les marchés internationaux.
UNE INDUSTRIE VERTE AU SERVICE DE LA COMPÉTITIVITÉ
Pour les pouvoirs publics, la transition écologique constitue désormais un levier de création de valeur et de transformation industrielle. Représentant le ministre de l'Industrie et du Commerce, le secrétaire général du ministère, Seydina Aboubacar Sadikh Ndiaye, a souligné que cette mutation devait renforcer la compétitivité du tissu industriel national, stimuler l'innovation et favoriser la création d'emplois, conformément aux ambitions de la Vision Sénégal 2050
Il a insisté sur la nécessité d'associer pleinement les femmes entrepreneures à cette dynamique, estimant qu'une industrialisation durable ne peut être envisagée sans leur participation active aux investissements productifs et aux chaînes de valeur. Cette orientation accompagne le développement des agropoles et des nouvelles zones industrielles engagés par le gouvernement. Pour la directrice générale du BMN, Fatou Dyana Ba, cette accélération devra s'appuyer sur un accès renforcé à la finance verte, des mécanismes de financement dédiés aux PME féminines et le développement de l'économie circulaire, notamment parla valorisation des déchets issus de la transformation agroalimentaire.
LE FINANCEMENT, PRINCIPAL DÉFI DE LA TRANSITION
L'étude identifie clairement le financement comme le principal obstacle à l'adoption des technologies vertes. Si les solutions techniques sont disponibles, leur coût demeure hors de portée pour une grande partie des PME dirigées par des femmes. Son auteur, Mouhamadou Moustapha Sow, recommande la mise en place de mécanismes financiers adaptés afin de faciliter les investissements dans des équipements sobres en énergie, les technologies propres et les procédés industriels durables. Il préconise également un renforcement des compétences techniques des entrepreneures afin qu'elles puissent pleinement saisir les opportunités économiques offertes par la transition écologique.
UNE TRANSITION VERTE PLUS INCLUSIVE
Les partenaires techniques et financiers ont, eux aussi, insisté sur la nécessité d'ancrer cette transformation dans une démarche inclusive. La représentante de l'African Climate Foundation, Aïssatou Diouf, a plaidé pour une transition climatique juste, capable de bénéficier aux femmes, aux PME et aux territoires, tout en réduisant les inégalités d'accès aux opportunités économiques.
Pour sa part, le représentant de l'Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI), Malick Sy, a invité le Sénégal à intégrer, dès la conception de ses futurs parcs industriels, les principes d'efficacité énergétique, d'économie circulaire, de gestion durable des déchets et de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Selon lui, cette stratégie pourrait faire du Sénégal une référence africaine en matière d'industrie verte.
TRANSFORMER LES RECOMMANDATIONS EN INVESTISSEMENTS
Le ministère de l'Industrie et du Commerce entend désormais s'appuyer sur les conclusions de cette étude pour structurer des projets bancables susceptibles de mobiliser des financements publics et privés en faveur de la modernisation des PME agroalimentaires. Le véritable défi sera toutefois de traduire rapidement ces orientations en instruments financiers opérationnels. Car, selon les conclusions de l'étude, l'accès au financement vert demeure la condition essentielle pour permettre aux PME dirigées par des femmes de moderniser leurs outils de production, d'améliorer leur compétitivité et de saisir pleinement les opportunités offertes parla transition industrielle.