Les concepts de souveraineté alimentaire, d’autosuffisance ou encore de sécurité alimentaire foisonnent dans le discours de nombreux responsables politiques en Afrique. Pourtant, ces mêmes États ont engagé leurs pays dans des accords commerciaux internationaux qui les empêchent de disposer d’une véritable souveraineté semencière - pourtant socle de toute souveraineté alimentaire.
Ces accords les amènent à imposer l’utilisation de semences produites ailleurs, certifiées selon des normes strictes de distinction, d’homogénéité et de stabilité. Une situation paradoxale, vivement contestée depuis des années par les agriculteurs, qui se battent pour la reconnaissance de leurs semences paysannes et pour la promotion de l’agriculture traditionnelle et de l’agroécologie.
C’est dans ce contexte de lutte qu’a été organisée la récente foire des semences paysannes, du 14 au 16 avril 2026 à Ndiémane, un village situé dans le département de Mbour. En marge de cet événement, organisé par l’Association sénégalaise des producteurs de semences paysannes (ASPSP), nous avons interviewé le directeur exécutif de Cicodev Afrique, Amadou Kanouté, qui y a pris part.
En phase avec les revendications des paysans, il soutient leur combat : « Il faut faire connaître les semences paysannes », affirme-t-il, rappelant que « la souveraineté alimentaire commence par la souveraineté semencière ».
Selon lui, les États africains se sont retrouvés piégés, les mains liées par ces accords favorisant les semences certifiées, souvent au service de l’industrie semencière internationale plutôt que des paysans et de l’agriculture familiale.
Paradoxalement, ces semences paysannes, encore peu reconnues officiellement, représentent plus de 80 % de la production agricole au Sénégal, notamment parce que les semences dites certifiées ne sont pas disponibles en quantité suffisante.