Président de l’Institut panafricain de stratégies (IPS) et ancien ministre des Affaires étrangères, le Dr Cheikh Tidiane Gadio a prononcé la conférence inaugurale de la 9e édition du symposium annuel du Gorée Institute, tenue du 24 au 26 mars 2026 sur l’île de Gorée.
Cette édition, axée sur la démocratie, la participation des jeunes à la gouvernance et leur accession aux instances de décision, a réuni de nombreux participants venus de plusieurs pays de la région ouest-africaine.
Interviewé en marge de cette rencontre, l’ancien ministre des Affaires étrangères a interrogé la question du leadership en Afrique aujourd’hui. Cheikh Tidiane Gadio a ainsi plaidé pour un « leadership nouveau et rénové », porté par les jeunes et les femmes, tout en insistant sur la nécessité d’une gouvernance efficace.
Il a dénoncé la marginalisation persistante de ces deux groupes dans les instances de décision, notamment au sein des gouvernements, rappelant que de grandes figures historiques comme Patrice Lumumba, Thomas Sankara ou encore Barthélemy Boganda ont été systématiquement éliminées. Il a également souligné qu’il y a quelques décennies, l’Afrique se situait à un niveau de développement comparable à celui de pays comme la Chine, l’Inde ou le Brésil, qui ont depuis connu des trajectoires de croissance remarquables.
Selon lui, le renouveau du leadership africain passe nécessairement par une meilleure intégration des jeunes et des femmes, encore trop souvent marginalisés malgré leurs compétences et leur contribution à la société. D’ailleurs, pour le président de l’IPS, les femmes doivent pouvoir occuper des ministères de souveraineté au sein des gouvernements (Défense, Justice, Affaires étrangères, Économie et Finances).
Il a également remis en cause l’idée selon laquelle « la jeunesse est l’avenir d’un pays ». Pour lui, les jeunes doivent être considérés comme le présent de l’Afrique et participer activement, dès maintenant, à la construction de son avenir.
L’ancien ministre du président Abdoulaye Wade estime que les gouvernements africains devraient intégrer au moins 30 % de jeunes dans leurs équipes. Il a évoqué à ce titre l’exemple d’un chef d’État ayant renforcé la présence des jeunes dans son gouvernement, avec des résultats probants en termes de performance. Selon lui, la rapidité et l’efficacité des jeunes contribuent même à stimuler l’ensemble de l’appareil administratif.
Pour le Dr Gadio, il n’est plus acceptable que les jeunes soient mobilisés à l’approche des échéances électorales à coups de t-shirts, d’argent et de gadgets, avant d’être abandonnés une fois les élections terminées. Il plaide pour leur pleine intégration comme acteurs et dirigeants à part entière.
Il appelle également à un accompagnement renforcé des jeunes porteurs de projets, notamment dans le domaine du digital, afin de soutenir leur insertion et leur contribution au développement économique.
Par ailleurs, le Dr Gadio a déploré que la loi sur la parité, adoptée au Sénégal, n’ait pas encore produit tous les résultats escomptés.
Abordant la situation sécuritaire au Sahel, il a critiqué les positions de la CEDEAO vis-à-vis des pays de l’AES, dénonçant des sanctions qu’il juge contre-productives, notamment à l’égard du Niger. Il a néanmoins exprimé son espoir de voir le Mali, le Niger et le Burkina Faso réintégrer l’organisation.
Dans cette perspective, il a esquissé les contours d’une CEDEAO élargie, intégrant notamment le Tchad, la Mauritanie de manière pleine et entière, et éventuellement le Maroc à plus long terme.
Enfin, évoquant les tensions géopolitiques internationales et l’émergence d’un nouvel ordre mondial qu’il estime imposé par les États-Unis, Cheikh Tidiane Gadio a appelé à une plus grande unité des pays africains, au moins à l’échelle de l’Afrique de l’Ouest. Il dénonce un « vent de populisme puissant », qu’il associe à une idéologie de suprématisme blanc et à un affaiblissement du droit international.