Artiste plasticien et scénographe, Khalifa Ababacar Dieng est une figure incontournable du paysage artistique sénégalais dans l’art de la scénographie. Formé à Dakar, Liège et Bruxelles, il est diplômé de la prestigieuse École des Beaux-Arts de Dakar. Au fil des décennies, il s’est imposé comme l’un des rares spécialistes de la scénographie d’exposition au Sénégal, une discipline encore méconnue mais pourtant essentielle dans la mise en valeur des œuvres et des artistes. À plus de soixante ans, Khalifa a signé, avec ses quelques rares collègues, à plusieurs reprises la scénographie de la Biennale de l’art africain contemporain de Dakar (Dak’Art), l’un des plus grands rendez-vous artistiques du continent.
Dans l’entretien qu’il nous a accordé (voir la vidéo ci-dessus), il revient avec passion sur les multiples facettes de son métier. Être scénographe, explique-t-il, ce n’est pas seulement disposer des œuvres dans une salle : c’est penser un parcours, créer une harmonie, ordonner et coordonner chaque élément pour que l’ensemble respire et raconte une histoire. C’est aussi savoir gérer la lumière, l’espace, la circulation des visiteurs, afin que chaque pièce artistique trouve sa juste place et dégage toute sa force émotionnelle. Une exposition réussie, souligne Khalifa, doit provoquer de véritables décharges d’émotion chez le public.
Le rôle du scénographe devient, non suelement indispensable, mais encore plus délicat dans les expositions collectives, où il faut concilier des univers artistiques parfois très différents. Là, son talent consiste à trouver un équilibre subtil entre les individualités, tout en respectant la vision de chaque créateur. Le scénographe est en quelque sorte un médiateur silencieux, garant d’une mise en valeur équitable et d’une expérience immersive pour les visiteurs.
Mais au-delà de sa propre pratique, Khalifa Ababacar Dieng pose un constat : le Sénégal ne dispose pas encore de véritables structures de formation en scénographie. Ce manque explique pourquoi la profession reste rare, malgré la vitalité de la scène artistique nationale. Dans la deuxième partie de notre entretien, il partage ses réflexions sur cette absence de filières spécialisées, sur les difficultés que rencontrent les jeunes qui souhaiteraient embrasser ce métier, et sur l’urgence de doter le pays de ressources adaptées pour accompagner la montée en puissance de ses artistes et institutions culturelles.
À travers son parcours et ses paroles, Khalifa Ababacar Dieng rappelle qu’une œuvre d’art ne vit pleinement que lorsqu’elle est révélée au public par un regard scénographique. Son métier, encore trop peu connu, est une clé de voûte de l’écosystème artistique sénégalais.