À Ndiémane, le paysan et militant agricole Doudou Diop lance un appel fort à l’État sénégalais : reconnaître officiellement les semences paysannes. Défenseur de l’agriculture biologique, il refuse que les producteurs soient traités comme des « délinquants » pour avoir conservé et échangé leurs propres semences. Pour lui, la souveraineté alimentaire commence par le droit des paysans à maîtriser leur patrimoine semencier.
Paysans et fils de paysans, Doudou Diop est membre de plusieurs associations agricoles et siège dans des conseils d’administration d’organisations du secteur. Il est notamment secrétaire général de la Fédération des agropasteurs de Diender. Fervent défenseur de l’agriculture biologique, il est fortement engagé dans le plaidoyer pour la reconnaissance légale des semences paysannes.
Le 16 avril 2026, il a accordé une interview à Science au Sud, AfricaGlobe TV et SenePlus TV à Ndiémane, à l’occasion de la foire locale des semences paysannes organisée du 14 au 16 avril dans ce village sérère situé à une trentaine de kilomètres de Joal-Fadiouth. Au cours de cet entretien, Doudou Diop a une nouvelle fois revendiqué la propriété des semences paysannes par les agriculteurs pratiquant une agriculture traditionnelle.
Il appelle l’État, notamment le régime actuel, à adopter une loi reconnaissant officiellement ces semences afin de permettre aux paysans d’exercer leurs activités en toute légalité, sans être considérés comme des hors-la-loi. « L’État doit revoir les dispositions légales et faire savoir aux Sénégalais et au monde entier que ces semences nous appartiennent. Nous ne voulons pas être considérés comme des délinquants ou des personnes qui ne respectent pas les lois de leur pays, alors que nous avons le droit de produire nos propres semences. Nous ne sommes ni des rebelles ni des délinquants. Nous avons le droit de produire, développer, distribuer nos semences et même d’être autonomes grâce à elles. »
Selon lui, il est absurde et incompréhensible que des institutions étatiques utilisent des semences traditionnelles pour les certifier ou leur attribuer des normes avant d’interdire ensuite aux paysans de les reproduire ou de les commercialiser. Une situation qu’il considère comme une forme d’expropriation des savoirs agricoles traditionnels.
« Ces semences nous appartiennent et nous avons le droit de les produire, de les développer et de les distribuer entre nous. On nous a demandé les variétés de semences dont nous disposions. Elles ont été emportées, soi-disant pour être améliorées, puis lorsqu’elles nous reviennent, on nous interdit de les reproduire ou de les vendre entre paysans. Est-ce normal ? C’est un problème extrêmement important qu’il faut revoir. » Face aux caméras SenePlus TV, Doudou Diop a demandé à l’État de revoir sa politique semencière afin de permettre aux paysans de travailler dans un cadre légal. Selon lui, les agriculteurs ne cherchent pas à violer les lois de leur pays, mais souhaitent simplement que les semences paysannes soient reconnues officiellement.
Cette interview a été réalisée le 16 avril 2026 à Ndiémane, dans le département de Mbour, à l’occasion de la foire locale des semences paysannes organisée par l’Association des producteurs de semences paysannes (ASPSP). Cette rencontre visait à promouvoir, échanger et défendre les semences paysannes ainsi que les bonnes pratiques culturales. Pour les organisateurs, il s’agit également d’une forme de résistance face à ce qu’ils qualifient d’«impérialisme semencier » imposé aux agriculteurs