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Al-Qaïda applique le modèle taliban pour s'emparer de Bamako
Avec 6000 combattants contrôlant un territoire de la taille du Montana, le JNIM pourrait faire du Mali le premier pays au monde gouverné par ses hommes depuis le 11 septembre
 
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(SenePlus) - Avec 6000 combattants contrôlant un territoire de la taille du Montana, le JNIM s'impose comme la branche la plus puissante d'Al-Qaïda. Financés par la drogue, les rançons et l'extorsion, les jihadistes pourraient faire du Mali le premier pays au monde gouverné par le groupe responsable du 11-Septembre.

Le Mali est à un tournant historique. Pour la première fois depuis les attentats du 11 septembre 2001, Al-Qaïda pourrait diriger un État. Le Wall Street Journal, dans un article publié cette semaine et signé Benoit Faucon, révèle que les militants islamistes "déterminés à construire un califat africain se rapprochent de la capitale malienne" après avoir mis en déroute les forces russes censées endiguer leur expansion.

"Le risque n'est pas seulement que Bamako tombe", prévient Justyna Gudzowska, directrice exécutive de The Sentry, un groupe américain qui a récemment enquêté sur les activités des forces russes au Mali. "C'est que la junte devienne nominalement en charge d'une capitale tout en perdant le contrôle effectif de la majeure partie du pays."

Si les jihadistes renversent le gouvernement, souligne le Wall Street Journal, le Mali deviendrait "le premier pays au monde à être gouverné par des adhérents du groupe terroriste qui a fait exploser les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie, fait tomber les Tours jumelles le 11 septembre 2001, et entraîné les États-Unis dans une guerre de 20 ans en Afghanistan".

6000 combattants, un territoire de la taille du Montana

L'ampleur de la menace est sans précédent. Le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM), branche d'Al-Qaïda dirigée par Iyad ag Ghali — ancien "rockeur fumeur de Marlboro" devenu radical qui a banni la musique des territoires qu'il contrôle —, compte désormais 6000 combattants. Selon le quotidien américain, le groupe "contrôle déjà un territoire de la taille du Montana au Mali et dans d'autres parties du Sahel", cette bande aride qui traverse l'Afrique d'est en ouest.

Mais les responsables occidentaux craignent que le groupe ne s'empare de l'ensemble du pays, "abritant 25 millions de personnes sur une superficie presque deux fois plus grande que le Texas", précise le Wall Street Journal.

Andrew Lebovich, chercheur sur les groupes militants africains au think tank néerlandais Clingendael, cité par le journal, qualifie la situation actuelle de "défi le plus sérieux au gouvernement" depuis plus d'une décennie.

Un modèle économique jihadiste rodé

La montée implacable du JNIM, malgré les tentatives occidentales et russes de l'éradiquer, repose sur un financement diversifié. Le Wall Street Journal détaille les sources de revenus : "trafic de drogue, extorsion et enlèvements contre rançon".

Les responsables occidentaux, cités par le quotidien américain, indiquent que le financement du groupe "a été renforcé par de nouvelles injections de liquidités provenant de la vente de carburant intercepté et d'un récent paiement de rançon". En septembre, le JNIM a resserré son étau en interdisant aux camions-citernes de carburant d'entrer dans la capitale et les bases militaires du pays, privant l'armée "de précieuses fournitures nécessaires pour organiser une défense contre les rebelles".

Le Wall Street Journal révèle également qu'en novembre, les Émirats arabes unis ont versé plus de 20 millions de dollars pour obtenir la libération d'un prince émirati kidnappé par le JNIM. L'accord de rançon comprenait également la libération de dizaines d'extrémistes islamistes emprisonnés au Mali.

Plus inquiétant encore, selon d'anciens et actuels chefs rebelles du nord du Mali cités par le journal, "les militants se financent également en escortant de la cocaïne colombienne transitant par le Sahel pour être distribuée en Europe".

Un modèle taliban pour Bamako 

L'insurrection, qui a débuté en 2012, a d'abord été contenue pendant huit ans par des forces dirigées par la France, l'ancienne puissance coloniale. Mais après l'échec de Paris à éradiquer les islamistes, le Mali s'est tourné vers les mercenaires Wagner soutenus par le Kremlin en 2022, dans "une tentative ratée d'étouffer rapidement l'insurrection islamiste locale qui est depuis devenue la branche la plus puissante et la plus résiliente d'Al-Qaïda", note le Wall Street Journal.

Ce partenariat s'inscrivait dans l'ambitieuse incursion de Moscou en Afrique et au Moyen-Orient, où le Kremlin offrait aux pays comme le Mali, le Soudan et la Syrie de la sécurité, en échange d'un accès à leurs vastes richesses minérales. Mais cette stratégie "se défait maintenant", constate le quotidien américain, qui rappelle que la Russie risque d'être évincée de Libye et se retrouve marginalisée en Syrie après la chute du dictateur Bachar al-Assad fin 2024.

Le Wall Street Journal rapporte que le JNIM  "a déclaré vouloir imiter les talibans, qui sont entrés à Kaboul après que l'armée qu'ils combattaient depuis deux décennies a effectivement évacué la capitale".

Les islamistes ont prouvé en Syrie et en Afghanistan qu'ils pouvaient gagner une guerre d'usure tandis que, parallèlement, le régime existant s'effondrait de l'intérieur. C'est exactement le scénario qui se dessine au Mali, où la junte militaire vacille et où les forces russes battent en retraite.

Si Bamako tombe, les implications dépasseraient largement les frontières maliennes. Un État gouverné par Al-Qaïda au cœur du Sahel pourrait servir de base arrière pour des opérations terroristes à l'échelle continentale et mondiale, déstabiliser toute la région ouest-africaine, et constituer un revers historique dans la lutte contre le terrorisme islamiste deux décennies après le 11 septembre.

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