(SenePlus) - Devant un parterre de familles endeuillées, le directeur exécutif d'Amnesty International Sénégal a livré un réquisitoire sans détour ce jeudi à Dakar. Il accuse les autorités actuelles de bloquer volontairement toute poursuite contre l'ancien président.
Prenant la parole lors de la conférence de presse du collectif des victimes et des familles des martyres, Seydi Gassama, directeur exécutif d'Amnesty International Sénégal, a rappelé que son organisation avait mené des enquêtes de terrain pendant les événements de 2021 à 2024 et pouvait affirmer « avec certitude » un bilan d'au moins 65 morts, sans compter les militaires disparus.
Il a cité le cas de François Mancabou, arrêté dans l'affaire dite des « forces spéciales » et mort en juin 2022 après avoir été, selon son témoignage transmis à sa famille, torturé au commissariat central. Selon Gassama, le directeur de l'hôpital où Mancabou a été hospitalisé n'a jamais autorisé un médecin indépendant à l'examiner, jusqu'à son décès.
Il a également évoqué le cas de Cheikh Wade, tué en mars 2021 au Parc à mazout alors qu'il brandissait un drapeau national, affirmant que les auteurs présumés étaient identifiables et que la famille attendait justice depuis cinq ans. « Ce n'est pas la faute des victimes », a-t-il martelé, imputant l'absence de poursuites à un choix politique du gouvernement actuel plutôt qu'à un manque de preuves.
Un pardon jugé impossible sans justice préalable
Seydi Gassama a rejeté l'idée d'une réconciliation décrétée par la présidence sans processus judiciaire préalable, citant l'exemple gambien où une commission vérité et réconciliation a été mise en place malgré des alliances politiques similaires à celles observées au Sénégal.
Il a appelé l'Assemblée nationale à créer une commission d'enquête parlementaire pour auditionner les responsables des forces de défense et de sécurité de l'époque, et a annoncé que le collectif porterait le dossier devant la commission africaine des droits de l'homme, les Nations Unies et plusieurs chefs religieux du pays dans les prochains mois.
Concernant la candidature de Macky Sall au secrétariat général de l'ONU, Gassama a estimé qu'il resterait, selon ses mots, « le petit dictateur » quel que soit le résultat du scrutin, avant d'ajouter que la légitimité de l'organisation elle-même serait entamée par son éventuelle élection.