Deux ans après avoir quitté le palais de la République, Macky Sall foulera de nouveau demain vendredi 17 juillet, le sol sénégalais. Officiellement, son déplacement qui ne durera que quelques heures ne s'inscrit pas dans une démarche de politique intérieure. Pourtant, cette visite éclair suffit à bousculer le paysage politique.
L’APR MOBILISEE, L’OPPOSITION VENT DEBOUT
À peine l'annonce rendue publique, les réactions se sont multipliées. Au sein de l'Alliance pour la République, le retour de leur fondateur est présenté comme un moment de fierté nationale. Plusieurs responsables y voient l'occasion de démontrer que, malgré la perte du pouvoir, Macky Sall reste une personnalité influente sur la scène internationale. L'idée d'un accueil populaire a rapidement circulé, avant que l'ancien président lui-même, n'invite ses militants à faire preuve de retenue. Soucieux de préserver le caractère diplomatique de sa visite, il a demandé qu'aucune démonstration ne vienne parasiter son entretien avec le chef de l'État, promettant de revenir ultérieurement afin de rencontrer ses partisans.
Cette consigne n'a pas empêché les responsables de l'APR de saluer un retour qualifié de républicain. Dans leurs rangs, nombreux sont ceux qui considèrent que l'intérêt supérieur du Sénégal commande de soutenir un compatriote susceptible d'accéder à la plus haute fonction administrative des Nations Unies. Pour eux, les divergences partisanes doivent s'effacer devant un enjeu diplomatique susceptible de renforcer le rayonnement du pays sur la scène internationale. Ils rappellent que le Sénégal a toujours su dépasser les clivages lorsqu'il s'agissait de défendre les candidatures de ses ressortissants à des postes stratégiques au sein des organisations internationales.
Mais cette lecture est loin de faire l'unanimité. Pour une partie de l'opinion, le retour de Macky Sall ravive des blessures encore vives. Son second mandat reste associé, dans les mémoires, aux tensions politiques qui ont précédé l'élection présidentielle de 2024, aux affrontements meurtriers, à la crise provoquée par le report du scrutin présidentiel, finalement annulé par le Conseil constitutionnel. Ses détracteurs clament qu'avant de prétendre incarner le consensus au sein des Nations Unies, l'ancien président devrait répondre aux nombreuses critiques formulées sur sa gouvernance et sur la gestion de la fin de son pouvoir.
À ces griefs politiques s'ajoutent les controverses financières qui continuent d'alimenter le débat public. Les conclusions de la Cour des comptes sur la situation des finances publiques sous son régime ont renforcé les accusations de l'actuelle majorité, qui évoque une sous-évaluation de la dette et du déficit budgétaire. Macky Sall a toujours rejeté ces accusations, dénonçant une lecture politique des audits réalisés après son départ du pouvoir. Cette controverse nourrit aujourd'hui les réserves de ceux qui jugent inopportune toute marque de soutien officiel à sa candidature internationale
Les réseaux sociaux reflètent cette profonde polarisation. Certains internautes saluent le parcours d'un ancien chef d'État qui a présidé successivement la CEDEAO puis l'Union africaine et qui ambitionne désormais de porter la voix du continent à la tête de l'ONU. D'autres considèrent au contraire que son retour ne peut être dissocié des fractures laissées par les dernières années de son pouvoir. Entre les appels à l'unité nationale et les rappels d'un passé encore conflictuel, les échanges témoignent d'un pays où la mémoire politique est particulièrement vive.
L'ONU COMME HORIZON, LE SENEGAL COMME PASSAGE OBLIGE
Le gouvernement, pour sa part, s'est gardé de toute déclaration polémique. La rencontre prévue entre Bassirou Diomaye Faye et son prédécesseur est présentée comme un échange institutionnel conforme aux usages diplomatiques. Le chef de l'État recevra un ancien président devenu candidat à une responsabilité internationale majeure. Ce choix illustre la volonté affichée par les nouvelles autorités de distinguer les relations entre les institutions de la confrontation politique interne, tout en laissant ouverte la question d'un éventuel soutien officiel du Sénégal à cette candidature.
Ainsi, avant même que son avion ne se pose à Dakar, Macky Sall a déjà réussi à replacer son nom au centre du débat national. Pour les uns, il demeure un homme d'État dont l'expérience peut servir l'Afrique sur la scène internationale. Pour les autres, il reste une figure clivante dont le passé politique continue de susciter interrogations et contestations. Au-delà des réactions que suscite son arrivée au Sénégal, c'est la bataille diplomatique engagée par Macky Sall qui retient désormais l'attention. Depuis plusieurs mois, l'ancien président sénégalais multiplie les déplacements et les consultations auprès de nombreux dirigeants afin de convaincre que son profil répond aux exigences de la succession d'António Guterres à la tête des Nations Unies, mettant en avant son expérience des relations internationales. Durant ses années au pouvoir, il a entretenu des rapports suivis avec les dirigeants des principales puissances mondiales, tout en cultivant des liens étroits avec les chefs d'État africains. Son entourage estime que cette capacité à dialoguer avec des partenaires aux intérêts parfois divergents constitue l'un de ses principaux atouts dans une organisation dont le fonctionnement repose largement sur la recherche permanente du compromis.
Depuis l'alternance politique de mars 2024, le nouveau pouvoir a adopté une position de réserve. S’il n’a jamais remis en cause le droit de l'ancien président de briguer cette fonction internationale, il ne lui a pas non plus accordé, jusqu'à présent, un soutien public et formel. C'est précisément l'un des objectifs de son déplacement à Dakar. En rencontrant le président Bassirou Diomaye Faye, Macky Sall espère obtenir un appui officiel qui renforcerait considérablement la crédibilité de son dossier auprès des partenaires internationaux. Face au débat que suscite sa venue à Dakar, le chef de l'État devra trouver un équilibre qui préserve à la fois les intérêts diplomatiques du pays et la cohérence de son propre discours politique.
La campagne internationale de Macky Sall intervient aussi à un moment où les Nations Unies sont confrontées à une crise de confiance sans précédent. Les conflits armés, les rivalités entre grandes puissances, les difficultés de financement et les critiques récurrentes sur le fonctionnement de l'organisation alimentent les appels à une réforme profonde de l'institution. C'est sur ce terrain que Macky Sall a bâti l'essentiel de l’argumentaire de sa campagne
Ainsi s'ouvre une nouvelle phase de la vie politique et diplomatique de Macky Sall. Son passage à Dakar ne se résume pas à une simple visite de courtoisie ou à une étape protocolaire dans une campagne internationale. Il marque la rencontre entre un passé politique encore vivement débattu et une ambition mondiale.