(SenePlus) - Le rassemblement contre les bavures policières organisé une semaine après le décès d'Abdoulaye Ba à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar résonne particulièrement pour Pape Abla Touré. Selon le reportage de La Maison Des Reporters, cet activiste a été torturé il y a trois ans dans les locaux de la gendarmerie, sans qu'aucun responsable ne soit à ce jour condamné.
Cette manifestation réunit d'autres victimes d'une période que le média qualifie de "l'une des plus sombres de l'histoire politique du pays". Entre 2021 et 2024, la répression du régime précédent a causé environ cent morts et des centaines de blessés, indique le reportage.
Ousmane continue de se rendre à l'hôpital pour des soins après avoir été blessé par balle lors d'une manifestation en juin 2023. S'il peut encore marcher avec une béquille, ce n'est pas le cas d'Ousmane Badji, paralysé depuis 2021 suite à une blessure par balle dans le dos. "Autrefois vendeur réputé, il dépend aujourd'hui de son entourage pour survivre", rapporte La Maison Des Reporters, qui recueille son témoignage poignant sur l'impossibilité de subvenir aux besoins de sa famille.
Assane Dramé, lui, a passé deux ans derrière les barreaux dans le cadre du dossier très médiatisé des "forces spéciales". "Traités comme des criminels, comme des terroristes", selon ses mots rapportés par le média, les détenus ont été libérés suite à la loi d'amnistie sans jamais être jugés. Il décrit des conditions carcérales extrêmes, avec parfois plus de cent personnes entassées dans des chambres entre minuit et six heures du matin.
Depuis octobre 2025, des enquêtes ont été officiellement ouvertes sur les crimes commis durant cette période. Mais elles avancent lentement, "trop lentement", déplorent les victimes interrogées par La Maison Des Reporters. Si les blessures physiques sont visibles, le média souligne que "les blessures psychologiques, évoquées à demi-mot par les victimes, sont pourtant là, profondes et durables".