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Par Ibrahima Ndoye
Idrissa Fall, hommage à une plume libre, une voix transatlantique
Parcourant les frontières sans jamais oublier ses racines, il incarnait avec brio l'excellence, la rigueur et la passion d'informer au-delà des océans.Il n'était pas qu'un journaliste, il était un symbole vivant du dialogue des cultures
 
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La presse africaine et internationale s’est réveillée orpheline. Le rappel à Dieu, ce jour à Washington aux États-Unis, de notre ami Idrissa Fall, journaliste émérite laisse un vide immense et incommensurable dans le paysage médiatique mondial. Il était le rédacteur en chef du service francophone de La Voix de l'Amérique. Il rejoint ainsi l'autre Idrissa... Seydou Dia avec qui il composait un joli tandem, arraché à notre affection le 4 décembre 2025.

Grande figure du journalisme, il s'est éteint en laissant derrière lui le souvenir impérissable d'une voix intègre, courageuse et profondément engagée pour son continent où il a effectué de nombreux reportages lui ayant valu deux grandes distinctions en journalisme, dont particulièrement le prix « David Burke Distinguished Journalism Awards » rarement décerné par le conseil d’administration de la VOA.

Il a échappé de justesse à la mort, sauvé par des soldats français après avoir été attaqué par une foule de jeunes alors qu'il couvrait les combats opposant les milices musulmanes et chrétiennes à Bangui, en République Centrafricaine l C'était en 2013 !

Un an plus tôt, il avait risqué sa vie en étant le premier reporter étranger à entrer à Gao dans le nord du Mali sous contrôle des islamistes extrémistes du Mujao, le mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest.

Qui ne se souvient pas de ses reportages en terre congolaise (le Zaïre à l'époque) en 1996, dans les zones de l'Est du pays contrôlées par les rebelles conduits par un certain... Laurent Désiré Kabila qu'il a fait découvrir au reste du monde ?

À chaque fois que j'ai eu l'heureuse opportunité de le rencontrer (il m'aimait beaucoup Idrissa !), soit ici au Sénégal ou à son domicile à Washington, autour du bol de riz bien préparé (par lui-même ou sa charmante épouse Claudine), j'ai pu mesurer le degré d'humanisme de cet homme.

Ceux qui l'ont bien connu peuvent en témoigner, c'est rare qu'il parle de son passé familial sans verser des larmes. Idrissa Fall était un homme bon !

Le minsitre d'État Cheikh Tidiane Gadio, les diplomates Amadou Bocoum (ancien Consul général à New York)  et Amadou Lamine Ba (ancien Ambassadeur à Washington), sont des amis communs pour qui, Idrissa Fall comptait beaucoup.

Institueur de formation au seuil de sa vie d'adulte, il a parcouru le Sénégal des profondeurs, la brousse pour semer la bonne graine des connaissances dans les consciences populaires, les mômes apprentissants. La région de Matam est une partie importante de sa vie. Avant de s'envoler en France poursuivre ses études, là où il a attrapé le virus du journalisme. Il y est resté plus d'une décennie.

Établi depuis de nombreuses années outre-Atlantique, Idrissa n’a jamais cessé de faire résonner les réalités, les combats et les espoirs de l'Afrique sur la scène internationale.

Adieu l'aîné, l'un des phares lumineux de la presse africaine, passeur de vérités entre l'Afrique et l'Amérique, l'enfant chéri de Dangou, son quartier de sa ville natale qu'il adorait,

Parcourant les frontières sans jamais oublier ses racines, il incarnait avec brio l'excellence, la rigueur et la passion d'informer au-delà des océans.

Par ses analyses d'une clarté rare et son sens inné de la justice, il a su déconstruire les stéréotypes et imposer un regard africain rigoureux au cœur des grands débats mondiaux.

Des rédactions de Jeune Afrique et de La Voix de l'Amérique jusqu'aux tribunes de la diaspora, son autorité morale et son professionnalisme faisaient l'unanimité.

L'incarnation de l'éthique et de la transmission, Idrissa Fall n'était pas seulement un observateur des dynamiques de notre temps ; il en était un éclaireur.

Sa plume, d'une élégance rare, servait de boussole à toute une génération de jeunes reporters africains qu'il inspirait, conseillait et devançait par l'exemple.

Son exil américain n'a jamais altéré sa passion pour sa terre d'origine, faisant de sa carrière un modèle de dévouement transcontinental.  Loin de sa terre natale qu'il chérissait tant, il a su bâtir un pont solide fait de mots, d'analyses et d'humanité.

Il n'était pas qu'un journaliste, il était un symbole vivant du dialogue des cultures, un pont indéfectible entre l'Afrique et l'Occident, entre deux mondes. Une voix respectée. Installé sur le sol américain, Idrissa a su porter haut et fort la voix de l'Afrique dans les grands réseaux internationaux, offrant un regard nuancé, loin des clichés.

Aujourd'hui, alors que nous pleurons sa disparition, nous célébrons la trajectoire d'un géant de l'information qui laisse l'héritage d'un modèle qui ne s'éteindra jamais !

Idrissa s'en va, mais ses écrits, ses combats pour la liberté de la presse et sa quête inlassable de la vérité restent gravés dans l'histoire moderne de notre journalisme.

À sa famille, ses proches, ses confrères ainsi qu'à toute la communauté de la diaspora, nous adressons nos condoléances les plus attristées.

Repose en paix, cher grand frère, Idrissa. Ta mission est accomplie, ton flambeau continuera de briller.

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