(SenePlus) - La crise alimentaire dans le nord du Nigeria s'intensifie à un rythme plus rapide que prévu, sous l'effet de l'insécurité persistante et de la diminution de l'aide humanitaire. Selon un article publié par RFI ce 5 juillet 2026, des habitants commencent désormais à franchir la frontière vers le Bénin, où plus d'un millier de Nigérians ont bénéficié d'une assistance alimentaire du Programme alimentaire mondial (PAM) au cours du mois dernier.
Le PAM indique que plus de 6,2 millions de personnes souffrent actuellement d'insécurité alimentaire aiguë dans le nord-est du Nigeria, soit une augmentation d'environ 13 % en un an. L'organisation explique cette détérioration par la multiplication des attaques de groupes armés, les déplacements de populations et les difficultés d'accès aux zones agricoles.
Neuf États du nord du pays figurent désormais parmi les zones les plus touchées. Les violences empêchent les agriculteurs d'exploiter leurs terres, perturbent les services de santé et ont entraîné la fermeture de plusieurs centres de nutrition. Dans certaines localités, la situation approche déjà la phase 5 de la classification internationale de l'insécurité alimentaire, le stade le plus critique avant la famine.
Le PAM évoque un « double piège » : les conflits privent les populations de leurs moyens de subsistance et de l'accès aux services essentiels, tandis que les réductions de financements limitent fortement les opérations humanitaires. L'agence des Nations unies estime avoir besoin de 89 millions de dollars pour poursuivre ses interventions au cours des six prochains mois.
La crise a également de lourdes conséquences sociales. Faute de nourriture, certaines femmes quittent les camps de déplacés pour aller chercher du bois malgré les risques d'enlèvements ou de violences sexuelles. D'autres habitants, notamment des jeunes, rejoignent des groupes armés en échange de quelques revenus leur permettant de se nourrir.
Selon les dernières évaluations du Programme alimentaire mondial, cette dégradation rapide de la situation pourrait entraîner une augmentation des déplacements de populations vers les pays voisins, notamment le Bénin, tout en accentuant les risques d'instabilité dans l'ensemble de la région.