C’est un complexe touristique singulier. Raffles City, quartier touristique coincé entre deux fleuves, passe pour devenir le symbole de Chongqing. L’escalader est une expérience qui ne se résume pas seulement à la beauté du paysage. C’est jouer aussi avec les émotions les plus primaires.
À l’intersection du Yangtze et du Jialing, au cœur de Chongqing, huit gratte-ciels d’une hauteur comprise entre 250 et 350 mètres se distinguent nettement de la Skyline. C’est Raffles City, un complexe hôtelier dont la construction fut bouclée en 2019. Un immeuble horizontal incurvé est construit au toit des immeubles hauts de 250 mètres. C’est l’une des principales attractions de la municipalité autonome de Chongqing. Le complexe ressemble à l’hôtel Marina Bay de Singapour. D’ailleurs, il se dit que ce sont les Singapouriens qui l’ont construit.
Pour s’y rendre, on doit emprunter une gigantesque esplanade circulaire, décorée de fontaines et de jacarandas dont le vert du feuillage et le violet des fleurs embaument les lieux. Les touristes, très excités, immortalisent leur présence dans cet endroit qui a l’air d’un bosquet de béton et de verre majestueusement debout entre deux fleuves.
À l’entrée du complexe fortifié, les touristes et les riverains prennent d’assaut les ascenseurs et autres escalators. En plus du rez-de-chaussée, quatre niveaux sont consacrés aux commerces, restaurants et autres bureaux. On y retrouve la grande distribution et quasiment toutes les grandes marques, mais aussi les produits de tous les jours.
Pour se rendre à l’Observatory deck (observatoire), se trouvant à l’immeuble horizontal, il faut disposer d’un bon sens de l’orientation pour retrouver le bon ascenseur. Après quelques minutes de marche à travers les allées achalandées de Raffles City, nous arrivâmes au bon endroit. Pour prendre les airs.
Une hôtesse nous oriente. Après l’achat des tickets d’entrée, une autre nous accompagne dans l’ascenseur. Il a fallu, à peine, deux minutes pour que l’ascenseur avale les 250 mètres de hauteur.
Les portes s’ouvrent. Il y a une courette reliée à l’Observatory deck par un couloir. On est au 47e étage. En s’y rendant, les écriteaux « I love Chongqing » en orange se dévoilent. La vitre, qui fait office de mur, laisse transparaître un bout de la ville.
La ville. Un panorama urbain imprenable. On avance pour s’introduire dans un microcosme doté d’une faune et d’une flore particulière : des bambous, des jacarandas et quelques oiseaux. À ce niveau de Raffles City, c’est l’invite à l’adrénaline. On peut, à l’aide d’une balançoire, voltiger dans les airs ou bien marcher sur un sol fait de verre transparent pour voir le décor panoramique de la ville sous nos pieds.
Certains hésitent. Ils sont arrivés jusqu’à l’observatoire, mais ne feront ni l’un ni l’autre. Se tenant à une distance raisonnable du sol vitré, ils se contenteront d’une vue imprenable de la ville.
D’autres, en revanche, tentent ou bien revivent l’expérience. C’est le cas de ce couple de cinquantenaires occidentaux. Après quelques minutes sur l’observatoire à scruter la ville, ils se dirigent vers la balançoire.
Le moniteur prend son temps pour leur expliquer les règles du jeu. L’homme enfourche le métal, met le harnais et le fixe. Le resserre. Il semble être prêt. Il avait déjà confié sa sacoche à sa conjointe. Le moniteur déclenche la mécanique. Pendant quelques minutes, l’homme collé à la balançoire voltige dans les airs. Munie de son smartphone, sa conjointe immortalise le moment. Elle l’encourage aussi.
Les plus téméraires peuvent passer à la vitesse supérieure. Encore quatre rampes d’escalier à prendre pour arriver à l’antichambre du sommet de l’immeuble horizontal. Non loin de la cage des escaliers, il y a tout un dispositif pour les candidats à la poussée d’adrénaline. Une pile d’harnais sont disposés à même le sol. Ils sont de couleurs vert ou orange, avec un fond noir. Les moniteurs sont en place. Ils assistent les candidats aux sensations fortes.
Aventure urbaine
Le harnais claque, les mousquetons s’entrechoquent dans un bruit métallique sec. Une pochette imperméable est rattachée au harnais pour contenir un smartphone. Quelques consignes de sécurité, un dernier contrôle de l’équipement, puis la porte s’ouvre sur la façade de verre et d’acier.
Un autre moniteur fixe le harnais à la corde métallique qui permet de garder les gens en sécurité. Un rempart.
Notre groupe de trois personnes démarre timidement l’escalade en file indienne. On s’expose à la hauteur, au vent et au vide. Chongqing se dévoile. Imprenable.
À Raffles City, l’expérience ne se limite pas à admirer le complexe hôtelier. Elle consiste à le gravir. A l’escalader. Verticalement puis horizontalement. Une activité qui transforme un bâtiment emblématique en terrain d’aventure urbaine.
Une promenade de fortune, d’environ 500 mètres, est aménagée sur le toit de l’immeuble horizontal. Il y a deux voies séparées par un garde-fou métallique renforcé de barres en acier qui servent de remparts.
Dès les premiers mètres, le corps comprend que quelque chose d’inhabituel est en train de se produire. Les jambes avancent avec prudence. Les mains accrochées aux remparts. Le regard oscille entre la promenade et les airs. Le vent siffle autour des plateformes. Il fait vibrer légèrement les câbles de sécurité et apporte une sensation de liberté difficile à décrire. L’air semble plus léger. Les bruits de circulation deviennent inaudibles.
Spectacle est fascinant
Sur la promenade, les rencontres sont toujours joviales. Rassurantes. « Du courage ! », lancent des touristes occidentaux. Ils sont sur la voie retour. Et ils ont presque fini le parcours ; contrairement à nous qui la démarrons à peine.
Certains visiteurs éclatent de rire pour évacuer la tension. D’autres avancent lentement. Prudemment. La sécurité est maximale. Malgré tout, l’adrénaline monte par vagues successives. Le corps se crispe. Le cœur accélère. Les paumes deviennent moites. Chaque pas demande un effort mental.
En contrebas, la ville bruisse déjà comme une immense machine parfaitement huilée. Le panorama apparaît d’un seul coup. À 360 degrés, la ville se déploie comme une maquette géante. Les tours dressent leurs silhouettes de verre. Elles s’étendent à perte de vue. Les axes routiers dessinent des blocs géométriques dans l’immensité urbaine. Les fleuves Yangtze et Jialing y serpentent. La rue apparaît incroyablement lointaine. Les véhicules glissent silencieusement comme des miniatures. Les mouvements humains deviennent imperceptibles. Plus loin, l’horizon se dissout dans une légère brume.
Le spectacle est fascinant. En effet, Raffles City n’est plus seulement un lieu de travail, de commerce ou d’hôtellerie. C’est une destination à part entière, un produit touristique complet où architecture, loisirs et marketing se rejoignent.