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Par Matel Bocoum
Baccalauréat, entre pression sociale, adrénaline et délivrance
Dans notre pays, les voisins, les proches et toute la communauté ont aussi le droit de regard. Ils restent dans l’attente du verdict. Du coup, la peur de l’échec, du regard des autres et de la comparaison avec les enfants d’autrui fait monter l’adrénaline
 
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Après le Mondial, les Sénégalais ont à nouveau retenu leur souffle, hier, lundi 6 juillet, lors de la délibération des résultats du baccalauréat général dans les différents centres du pays. L’attente de ce verdict sonne toujours comme un moment de supplice. Le baccalauréat donne des sueurs froides à tous ceux qui connaissent des candidats en lice ; la pression sociale est si forte que les résultats font monter l’adrénaline à son plus haut niveau.

Tout comme un accouchement survient après neuf mois de grossesse, le bac fait vivre les douleurs de l’enfantement. Après neuf mois de préparation scolaire intense, les différents verdicts rappellent les issues possibles d’un accouchement. Cette remarque d’une maman d’un bachelier a fait réfléchir plus d’un. Elle semble avoir vu juste.

Comme le bonheur qui découle d’une naissance heureuse, la réussite à l’examen sonne comme une délivrance. Elle débouche sur une joie immense et nourrit l’espoir d’un avenir radieux. À l’image d’un mort-né ou d’un bébé atteint d’une malformation, l’échec total ou l’obligation de passer les épreuves du second tour prolongent une attente presque insoutenable. Le temps, qui file si vite ces dernières années, semble soudain s’arrêter. Le stress monte, des cœurs manquent un battement. C’est comme si l’on coupait l’herbe sous les pieds des candidats.

Le supplice du baccalauréat dans notre pays rappelle la fragilité de la condition humaine. En effet, une année scolaire studieuse ou un cursus brillant ne garantissent pas toujours le succès au baccalauréat ni l’obtention d’une mention. Il arrive parfois qu’un excellent élève trébuche sous le poids d’une trop forte pression sociale et soit obligé de tout reprendre, alors même qu’il caressait, comme tant d’autres, un rêve immense : briser un cycle pour enfin franchir une nouvelle étape. Car le bac, au-delà de l’examen, sert avant tout de passerelle vers l’avenir.

Heureusement que les jurys tiennent compte des notes obtenues par le candidat aux compositions, de la Seconde à la Terminale, ou au moins de celles de l’année de Terminale, dans l’évaluation finale du baccalauréat. Cela permet de ne pas léser ceux qui sont terrassés par le stress et qui, à cause d’un simple coup du sort, seraient contraints de reprendre une année entière.

Le baccalauréat perturbe le sommeil dans notre pays en ce sens qu’il constitue également une passerelle sociale. Il est considéré comme le seul parchemin permettant d’accéder aux grandes universités ou grandes écoles. Elle aide aussi à obtenir une bourse d’études à l’étranger. À l’inverse, l’échec symbolise, aux yeux de la société, une forme de stagnation sociale.

Dans notre pays, les voisins, les proches et toute la communauté ont aussi le droit de regard. Ils restent dans l’attente du verdict. Du coup, la peur de l’échec, du regard des autres et de la comparaison avec les enfants d’autrui fait toujours monter l’adrénaline.

Il ne serait pas mal de trouver des mécanismes pour alléger ce fardeau qui pèse sur les frêles épaules des élèves. Certains se sentent redevables d’une dette morale envers leurs parents. Ceux-ci consentent souvent d’importants sacrifices financiers pour assurer les frais d’inscription, les fournitures scolaires, les cours de renforcement, les transports, entre autres dépenses.

Il est tout aussi important de valoriser les filières techniques, professionnelles et les métiers d’avenir dès la classe de Seconde ou de Première pour montrer à tous que les chances de réussite sont bien réelles pour tous les niveaux.

S’il est essentiel d’encourager les jeunes à viser l’excellence et à devenir les leaders qui gouverneront ce pays demain, l’expérience a aussi montré que le baccalauréat général n’a pas toujours ouvert les portes de la réussite.

En témoignent les propos de ce jeune, lancés alors que tous attendaient les résultats : « Ne vous stressez pas. J’ai le baccalauréat depuis des années et pourtant je suis livreur. » Ou encore ceux de cet autre : « Je n’ai pas été assidu à l’école et pourtant j’ai décroché le baccalauréat. Ne stressez pas ».

L’histoire montre également que de nombreux modèles de réussite, issus des écoles de métiers ou de l’entrepreneuriat, ont su briller. Mieux faire connaître ces parcours contribuerait sans doute à faire baisser la pression qui entoure le baccalauréat.

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