Le Collectif pour la Défense des Intérêts du Bossea ( CDIB) tient à rappeler à l'opinion publique nationale et internationale que le dossier relatif à l'exploitation des phosphates dans la zone est loin d'être récent. En effet, le premier permis d'exploration, connu sous le nom de « Phosphates de Thilogne », couvrait une superficie d'environ 1 590 km². À l'époque, c'est l'OODIB qui avait été la première organisation à tirer la sonnette d'alarme afin d'attirer l'attention des populations sur les risques d'une éventuelle exploitation minière dans ce terroir.
Fidèle à sa mission de défense des intérêts des populations, le collectif a adressé des correspondances aux différents maires concernés afin de les informer et de recueillir leur position. Malheureusement, ces lettres sont restées sans réponse.
Face à ce silence, les représentants des populations ont entrepris de vastes campagnes de sensibilisation dans presque tous les villages du Bossea afin d'expliquer les conséquences possibles d'une exploitation des phosphates : les risques pour la santé, la destruction de l'environnement, la dégradation des terres agricoles, la disparition progressive de l'élevage et les menaces qui pèseraient sur le mode de vie.
Par la suite, le CDIB a découvert avec effarement le renouvellement du permis d'exploration par l'État, effectué sans véritable information des populations concernées. Cette situation a conduit à renforcer le travail de sensibilisation et de concertation avec les concitoyens du Bossea. Le collectif a rencontré certains maires, dont ceux de Dabia et de Thilogne, qui ont tous indiqué ne pas disposer d'informations précises sur ce dossier. En revanche, les maires d'Agnam et de Oréfondé n'ont pas reçu le collectif.
Grâce à la mobilisation constante des populations, l'ancien régime avait finalement mis ce dossier en veille afin d'éviter des tensions dans la zone.
Cependant, avec l'arrivée du nouveau régime, le collectif a constaté une volonté manifeste de relancer le projet d'exploitation. Une nouvelle société indienne, en partenariat avec Amafrique et un homme d'affaires originaire de la zone sont subitement apparus pour conduire les opérations d'exploration.
Les populations des villages de Wouro Ciré et de Thiodaye ont systématiquement refusé toute opération de sondage sur leurs terres, ayant pleinement compris les enjeux grâce aux actions de sensibilisation du collectif.
À la demande de l'homme d'affaires en question, une rencontre a été organisée avec le collectif. À cette occasion, les membres du collectif ont réaffirmé la position constante des populations du Bossea : un refus catégorique de l'exploitation des phosphates dans ce terroir.
C'est également durant cette période que le maire d'Agnam Farba Ngom en l'occurrence est sorti de son silence en signant un mémorandum en son nom et au nom du Conseil municipal pour s'opposer au projet. Les chefs de villages ont, eux aussi, exprimé leur opposition à travers leurs propres mémorandums. Malgré ces prises de position, Amafrique et son mandataire ont obtenu un nouveau permis d'exploration de six mois, renouvelable une seule fois.
Le CDIB déplore également la signature d'une convention entre le mandataire et la Gendarmerie nationale pour assurer la sécurisation du site. Avant d'exprimer sa profonde inquiétude face à une situation où une force républicaine semble être mobilisée pour protéger les intérêts d'opérateurs privés, alors que les populations ne demandent qu'à défendre leurs terres, leur santé, leur environnement et l'avenir des générations futures.
Après plusieurs tentatives de dialogue, des tensions sont apparues. Malgré les appels au calme lancés par les chefs de villages et les autorités locales, des équipements de la société ont été endommagés. Une plainte a été déposée et trois jeunes de la localité sont actuellement placés en détention à Matam. Depuis, de nombreuses initiatives pacifiques ont été organisées comme des récitals du Saint Coran et des rencontres de mobilisation. Mais rien n'y fait. Le collectif appelle à la clairvoyance des autorités sénégalaises afin de trouver une solution à cette situation explosive.