L’ancien vice-président du Groupe parlementaire libéral a rencontré le président Wade au cours d’une audience. Tafsir Thioye en retient un président en bonne santé, «serein», mais pas indifférent à ce qui arrive aux responsables du Pds, dont son fils Karim Wade. Il a rapporté que le président Wade considère comme «lamentable» la situation que traverse le pays. Il a aussi démenti la volonté de Wade de venir battre le macadam de Dakar à Touba en passant par Tivaouane, parlant d’intoxication. L’ancien député est revenu, lors de sa conférence de presse, sur la situation du pays et les élections locales prochaines.
«Le président de la République est serein. Ce n’est pas une surprise, mais une admiration que j’ai pour cet homme. Je l’ai rencontré très serein, très souriant, mais nostalgique de son pays, et toujours amoureux de son pays. Il nous a dit : +Je vous dit que ce qui est en train de se passer dans le pays est lamentable +. Il a laissé un pays avec beaucoup d’espoir pour son développement. Mais on est en train de reculer cinq ans en arrière. Ça ne lui fait pas plaisir. Mais il est très serein, très souriant et soucieux du développement de son parce que c’est un patriote.»
Soutien ?
«Le président Wade est le secrétaire général de notre parti. Tout Sénégalais épris des valeurs de paix, de justice et de respect des droits et des libertés ne peut pas ne pas soutenir le Pds dans ce combat. Ce que je veux dénoncer, c’est l’hypocrisie ambiante qu’il y a au Sénégal. Des intellectuels savent que ce qui se passe n’est pas bien, mais ils ne réagissent pas. Ils ne sont pas à l’abri. Demain, on peut les inquiéter. Ce sera dangereux. Je lance un appel d’ici (Paris, Ndlr) : Tout Sénégalais épris de paix et de justice doit réagir par rapport à cette situation. Personne n’est à l’abri : les marabouts ne sont pas à l’abri parce qu’ils ont été taxés de citoyens ordinaires ; on leur a dit que leurs chapelets ne peuvent pas développer ce pays. Les intellectuels ne sont pas à l’abri non plus. Mais tout le monde se tait et ce n’est pas bien. Si les droits des Sénégalais sont bafoués, tout le monde doit réagir. C’est une source d’instabilité pour notre pays. On ne doit pas laisser faire ce que ce gouvernement est en train de faire. Ce n’est pas possible. Même au péril de leur vie, les gens ne se laisseront pas faire. Sans liberté, on ne vit pas. Quand on bafoue sa dignité, on ne vit pas. Donc il faut réagir.»
Soutien moral de Wade aux traqués des biens mal acquis
«Je sais que le président est très serein, souriant, très à l’aise. Il vit sa vie tranquillement dans sa maison à Versailles. Il m’a donné des conseils, des orientations dans la vie, dans l’organisation, sur comment le monde évolue. Nous avons échangé sur des questions de grandeur. Le président Wade est un grand homme. Il ne s’attarde pas sur des détails. On a parlé des choses fondamentales : à savoir comment travailler pour rejoindre ces pays développés. C’est extrêmement important et je sors très satisfait de cette audience. Nous avons son soutien moral. Comme je vous l’ai dit, on ne peut être indifférent à cette situation dans laquelle le Sénégal vit. Si le président Wade devait venir combattre avec nous, s’engager sur le terrain, c’est que nous, nous n’avons pas notre raison d’être. Nous sommes ses héritiers. Il nous a formés. Nous sommes capables de gérer ce pays et nous l’avons démontré. Il n’a pas besoin de venir, de s’engager dans ce combat. Ce combat, nous pouvons le mener. Il vit dans sa maison, donne des conseils à des présidents (de la République, Ndlr) et oriente. Le terrain, c’est pour nous. Il ne peut pas être à notre place. (…).
Wade se porte comme un charme. J’ai été même surpris par son calme, son aisance, sa grandeur d’esprit, son ouverture. Quand je suis sorti de l’audience, j’étais émerveillé par le président Wade. C’est un grand homme. On n’a pas discuté de la restructuration du parti. Nous avons échangé sur les obligations que nous avons, nous, de rester un parti fort. On n’a pas discuté de façon parcellaire sur ces sujets. Nous avons discuté de façon globale sur la situation du Sénégal. Ce n’est pas seulement Karim Wade qui est traqué, d’autres le sont également.» (…)
Biens mal acquis
«Wade n’est pas indifférent parce qu’il est épris de paix et de justice. Le président Wade est quelqu’un qui respecte les droits des humains. C’est lui qui a inscrit dans la Constitution les droits économiques, les droits politiques et les droits sociaux. Il ne peut pas les violer ; il ne peut pas regarder quelqu’un violer les droits et rester indifférent, ce n’est pas possible. Mais le combat, ce n’est pas à lui de le mener. C’est à nous de le faire à Dakar et partout. Wade et le Sénégal, c’est à la fois des relations d’amour et d’appartenance. On ne peut pas parler aujourd’hui du Sénégal sans Wade, ce n’est pas possible au regard de son combat pour la démocratie, au regard du combat pour les libertés, au regard de ses réalisations pour le pays et qui resteront indélébiles. Ce qu’il a fait marquera le Sénégal à jamais. Il aurait aimé voir son remplaçant continuer les projets. Mais, pour poursuivre les projets de Wade, on a des problèmes.» (…)
«Marche bleue» Dakar- Touba-Tivaouane
«C’est de l’intoxication. Nous avons un gouvernement qui vit d’intoxications, de rumeurs. Combien de fois, ils ont annoncé que le président Wade allait rentrer au Sénégal ? Le président Wade rit sous cape parce que ce sont des menteurs qui utilisent les Sénégalais et la presse qui diffuse de fausses informations. Et ça, ce n’est pas bien. Et ce n’est pas ce qu’on attend d’eux.»
Une menace ?
«Si les gens pensent qu’ils peuvent nous museler, ils se trompent. Hier, le président Macky Sall a subi des injustices, on l’a soutenu (Tafsir Thioye n’a pas voté le projet de loi de réduction du mandat du président de l’Assemblée nationale, Macky Sall, Ndlr). Aujourd’hui, c’est lui qui crée des injustices, ce n’est pas bien. Si ce sont des gens qui lui conseillent dans ce sens, il n’a qu’à arrêter tout de suite parce que ce n’est pas bien. Ce n’est pas une menace parce que nous ne menaçons pas un président de la République. Mais, ce que nous disons, c’est que nous n’accepterons pas que les droits et les libertés des Sénégalais soient bafoués. C’est inacceptable. Parce qu’on est dans des suppositions, dans des mensonges d’Etat.»
Prison pour les fonctionnaires de la régie financière
«Le Sénégal ne mérite pas ce qu’on est en train de vivre. Aujourd’hui, tous les fonctionnaires de ce pays doivent être mis en prison, s’ils sont conséquents. Tous ceux qui sont dans la régie financière, parce que ce sont eux qui ont géré le processus budgétaire, qui doivent être mis en prison. De la perception jusqu’au contrôle, ce sont eux qui ont géré. Un franc qui sort ou entre au trésor public, c’est de la responsabilité d’un fonctionnaire de la régie financière. Ce sont eux qui gèrent. Au niveau de la Cour des comptes, ce sont eux qui sont là-bas, au niveau de l’Ige, ce sont eux, au niveau des inspections internes, ce sont eux qui sont là-bas. Et on nous dit que 4 000 milliards sont sortis du Sénégal. Cela veut dire quoi ? Que nous avons une administration pourrie, des fonctionnaires voleurs. A deux heures des résultats, le président Wade l’a appelé pour le féliciter. On leur a servi un pays où tout est au vert. Nous avions 34 % de dettes sur les 70 % qui sont permis par l’Uemoa. Sur les dix convergences économiques de la Cedeao, le Sénégal était à neuf. Sur les huit critères de convergence de l’Uemoa, le Sénégal était à huit. Le Sénégal était au peloton de tête. C’est ce pays qu’on leur a laissé. (…)
Les Sénégalais se rendront compte de ce qui se passe dans ce pays. Ça commence à faire jour avec la mise en demeure de Karim Wade. On n’a pas vu d’argent. Mais je ne veux pas que cela soit trop tard. Il faut réagir tout de suite pour stopper ça parce que, le retard, dans ce monde de compétition, est inadmissible pour un gouvernement sénégalais.»
Stratégies pour les locales
«Nous nous préparons à aller aux élections qu’ils ont voulu reculer. Ils l’ont proposé via Jean-Paul Dias. Ils oublient que nous sommes là et que nous ne sommes pas d’accord. Ils ont voulu introduire une proposition de loi pour faire élire les maires au suffrage universel. Pour cela, il fallait reculer les élections, nous avons dit non ! Ils ont reculé. Nous irons aux élections et nous allons gagner parce que les Sénégalais ont, aujourd’hui, compris.
Le parti va décider le moment venu. Nous avons décidé de faire des tournées au niveau national, rencontrer les Sénégalais et discuter avec eux. Je suis convaincu d’une chose : si nous arrivons à faire de bonnes investitures, si nous parvenons à nous organiser comme il faut, nous n’avons pas besoin de faire campagne parce que notre bilan fait campagne pour nous. Les erreurs, les tâtonnements, les contradictions, la violation des droits que le gouvernement est en train de faire travaillent pour nous. Nous sommes dans un processus de vente des cartes, d’organisation de notre congrès qui va choisir le leadership de notre parti. Nous aurons un parti démocratique où les leaders sont choisis de façon démocratique. Et nous allons nous préparer pour revenir au pouvoir. Nous sommes un parti de gouvernement. Pour le moment, c’est le parti qui va décider s’il y aura alliance. De toute façon, ce qui va se faire se fera autour du Pds qui va incarner le leadership au regard de notre histoire.» (…)