En installant personnellement le Conseil stratégique de l’initiative « SunuChampions », le président Bassirou Diomaye Faye envoie un signal fort : le Sénégal veut désormais bâtir ses propres « champions économiques » pour réduire sa dépendance aux capitaux étrangers. Quinze entreprises seront sélectionnées, appuyées par sept experts, avec un horizon fixé à 2050. Une ambition affirmée, mais contrainte par des marges budgétaires limitées.
La cérémonie d’installation du Conseil stratégique de l’initiative « SunuChampions », tenue au Palais de la République, mardi 28 avril 2026, consacre une inflexion stratégique : faire du secteur privé national le moteur d’une croissance que les hydrocarbures ne peuvent, à eux seuls, soutenir durablement. Le contexte l’impose. L’économie hors hydrocarbures ralentit nettement, avec une croissance limitée à 1,6% en 2025, sur fond d’essoufflement du tissu productif, de pressions sur l’agroalimentaire et de recul de l’investissement public.
Lancée en janvier 2026 dans le cadre de l’Agenda Sénégal 2050, l’initiative s’inspire de modèles internationaux et vise à concentrer les moyens de l’État sur un nombre restreint d’entreprises à fort potentiel, appelées à jouer un rôle de locomotives économiques. Leur sélection, annoncée comme rigoureuse, portera sur des secteurs stratégiques encore non précisés.
La crédibilité du programme repose sur la qualité de sa gouvernance. Le Conseil stratégique, composé de sept membres aux profils variés, issus des sphères publique, financière, académique et entrepreneuriale, a déjà formulé des recommandations sur les critères de sélection et les modalités d’accompagnement. Au cœur de « SunuChampions » se trouve une redéfinition du rôle de l’État, désormais envisagé comme « partenaire stratégique » : facilitation de l’accès aux marchés publics, appui financier, simplification administrative et ouverture à l’international, sans interférer dans la gestion des entreprises. Une approche déjà observée dans des pays comme le Maroc ou la Côte d’Ivoire, mais dont la mise en œuvre au Sénégal se heurte à des contraintes budgétaires, dans un contexte de baisse des investissements publics. Il reste l’enjeu décisif de l’exécution. Accès au crédit limité, pression fiscale, environnement réglementaire perfectible, les défis sont connus. La réussite dépendra de la transparence dans la sélection des entreprises, de la qualité de l’accompagnement et des résultats concrets en matière d’emplois et de marchés.
En s’impliquant directement, le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, engage sa crédibilité politique. Le pari est ambitieux ; il sera jugé à l’aune de ses résultats. Parmi eux, Aminata Niane, ancienne Directrice générale de l’APIX et aujourd’hui conseillère à la Banque africaine de développement, apporte une expertise précieuse à l’interface entre secteur public et investisseurs.
Eveline Tall et Thiaba Camara Sy incarnent la rigueur du secteur financier, tandis que Mouhamadou Makhtar Cissé apporte sa connaissance des rouages de l’État. Le monde académique est représenté par Ahmadou Aly Mbaye, recteur de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, tandis que l’expérience entrepreneuriale est incarnée par Youssef Omais, à la tête de l’une des principales réussites industrielles locales. Dès sa première session, le Conseil a formulé des recommandations portant sur les critères de sélection, les mécanismes d’accompagnement et la feuille de route opérationnelle du programme.