(SenePlus) - Plus de quatre-vingts ans après la tragédie sanglante du camp militaire sénégalais, la justice vient de rendre une décision historique réparant en partie les préjudices d'un long silence institutionnel. Les juridictions administratives ont officiellement pointé du doigt la responsabilité de la France dans la dissimulation des faits entourant la mort des combattants africains abattus à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Selon Le Monde en collaboration avec l'Agence France-Presse (AFP), le tribunal administratif de Paris a tranché en faveur de la famille d'une victime. L'instance judiciaire avait été saisie par le descendant direct d'un ancien tirailleur ouest-africain. Ce soldat, à l'instar de dizaines d'autres frères d'armes, a été tué par les forces militaires de l'Hexagone alors qu'il réclamait légitimement le règlement de ses arriérés de solde après avoir servi la France.
Le verdict met en exergue une volonté d'opacité prolongée de la part des institutions de l'époque. S'appuyant sur le communiqué officiel de la juridiction parisienne, Le Monde et l'AFP rapportent que l'administration est condamnée pour n'avoir pas déployé les « moyens susceptibles d’éclairer les circonstances précises » du décès de ce militaire. Les juges soulignent qu'à la suite du drame, les officiels ont d'abord « délivré plusieurs informations erronées » aux proches en deuil. Les autorités n'ont par la suite « pas mis en œuvre tous les moyens (...) à leur disposition pour faire la lumière sur les circonstances précises de sa mort ainsi que sur son lieu de sépulture ».
Ce jugement ravive la mémoire douloureuse du 1er décembre 1944. À cette date, l'armée a ouvert le feu sur ses propres troupes coloniales, des hommes originaires de diverses nations d'Afrique de l'Ouest ayant vaillamment participé à l'effort de guerre. Plus de huit décennies plus tard, le quotidien rappelle que d'épaisses zones d'ombre persistent sur cette page sombre de l'histoire. Le déroulement exact de la tuerie, le bilan réel des victimes et l'emplacement de leur inhumation demeurent encore aujourd'hui des mystères que cette procédure judiciaire tente de dissiper.