Les déceptions du Sénégal dans les grandes compétitions internationales ne datent pas d’aujourd’hui. Elles remontent à notre toute première participation à la Coupe d’Afrique des nations, en Tunisie, en 1965.
Après une éclatante victoire 5-1 contre l’Ethiopie, les Lions furent éliminés au bénéfice du pays organisateur. La Tunisie, qui avait battu l’Ethiopie 4-0, se qualifia grâce à un match nul obtenu face au Sénégal. Beaucoup se souviennent encore du célèbre coup de gueule d’Allou, pionnier du reportage sportif au Sénégal, qui dénonçait avec ironie les « subtilités de l’algèbre de la Tunisie » pour expliquer cette qualification jugée injuste.
Au Caire, lors de la Can 1986, le Sénégal débuta pourtant idéalement en battant l’Egypte, pays hôte (1-0), puis le Mozambique (2-0). Mais une défaite contre la côte d’ivoire entraîna une élimination prématurée. Cette campagne fut également marquée par une vive polémique. au cours d’un débat télévisé à la télévision nationale après la compétition, Jules François Bocandé fut accusé, à tort, d’être sorti en boîte de nuit avec la chanteuse congolaise Tshala Muana. il intervint lui-même par téléphone pour démentir ces allégations. Selon plusieurs témoins présents à l’époque, la veille du match décisif, des discussions sur les primes auraient cependant perturbé la préparation des joueurs jusque tard dans la nuit.
La Can 1992, organisée au Sénégal, constitua une autre grande désillusion. Malgré l’immense espoir suscité par cette compétition disputée à domicile, le parcours des Lions s’arrêta en quarts de finale après une défaite 1-0 contre le Cameroun. ironie de l’histoire, le sélectionneur Claude Le Roy retrouvait son ancienne équipe, qu’il avait conduite jusqu’aux quarts de finale de la coupe du monde 1990.
En 2002, le Sénégal conduit par Bruno Metsu réalisa l’un de ses plus beaux parcours en atteignant la finale de la Can, finalement perdue face au Cameroun. Mais cette édition fut également marquée par des écarts de discipline, notamment des sorties nocturnes (Byblos) qui alimentèrent de nombreuses controverses
L’une des plus grandes déconvenues reste celle de la Can 2008 à Tamale, au Ghana. L’élimination fut vécue comme un véritable échec. Le sélectionneur Henryk kasperczak quitta même le Ghana pour rentrer directement en Pologne, laissant l’équipe à ses adjoints
La participation la plus catastrophique demeure sans doute celle de la Can 2012 en Guinée équatoriale et au Gabon : trois matches, trois défaites, un bilan sans appel. La Guinée équatoriale ne sourira pas davantage aux Lions en 2015, où ils furent de nouveau éliminés dès le premier tour sous la direction d’Alain Giresse.
Au fil des décennies, un même constat revient : le Sénégal éprouve souvent des difficultés à gérer les grands rendez-vous, malgré un potentiel exceptionnel. Pourtant, le football sénégalais possède aujourd’hui l’un des plus beaux palmarès de son histoire : une finale de Can en 2002, deux titres de champion d’Afrique, ainsi qu’un quart de finale de coupe du monde en 2002.
La véritable question est donc la suivante : comment éliminer durablement les dysfonctionnements qui réapparaissent lors des grandes compétitions ? Le talent est indéniable. Reste à créer les conditions permettant aux Lions d’exprimer pleinement leur potentiel lorsque l’enjeu est le plus élevé.
Samba Mangane
journaliste