(SenePlus) - Le président de la FIFA, Gianni Infantino, est confronté à une pression croissante en Europe après l'attribution du premier FIFA Peace Prize au président américain Donald Trump. Selon une enquête publiée le 29 juin 2026 par le journaliste Adam Crafton dans The Athletic, cinquante membres du Parlement européen ont officiellement demandé à la FIFA d'examiner une plainte éthique visant son président, estimant que cette distinction pourrait constituer une violation du principe de neutralité politique de l'organisation.
Dans une lettre adressée à Gianni Infantino et aux membres du Conseil de la FIFA, les eurodéputés exhortent l'instance mondiale du football à donner suite à une plainte déposée en décembre 2025 par l'organisation non gouvernementale FairSquare. Les signataires estiment que la FIFA doit démontrer son attachement à ses valeurs fondamentales de justice, d'égalité et de respect de la dignité humaine. Une copie de leur courrier a également été transmise au secrétaire général de la FIFA ainsi qu'à la chambre d'instruction du Comité d'éthique.
Toujours selon The Athletic, cette initiative réunit des parlementaires issus de plusieurs pays européens, notamment de l'Irlande, de l'Allemagne, de la France, de l'Espagne, de la Belgique, de l'Italie, du Luxembourg, du Danemark, de la Slovaquie et des Pays-Bas. Les eurodéputés Barry Andrews, Lara Wolters et Niels Fuglsang figurent parmi les principaux initiateurs de cette démarche.
Au cœur de cette affaire se trouve une plainte de huit pages soumise par FairSquare au Comité d'éthique de la FIFA. L'organisation, qui milite pour une meilleure gouvernance du sport et la protection des droits humains, accuse Gianni Infantino d'avoir enfreint à plusieurs reprises l'obligation de neutralité politique prévue par l'article 15 du Code d'éthique de la FIFA. Elle demande également qu'une enquête soit ouverte sur les conditions dans lesquelles le FIFA Peace Prize a été créé et attribué.
La plainte bénéficie déjà du soutien de la Fédération norvégienne de football. Sa présidente, Lise Klaveness, a notamment reproché à Gianni Infantino d'avoir attribué cette récompense sans consultation préalable du Conseil de la FIFA. Elle estime qu'il appartient désormais au Comité d'éthique de déterminer si cette initiative constitue effectivement une violation des règles de neutralité de l'organisation.
Selon les informations rapportées par Adam Crafton, FairSquare recense quatre faits susceptibles de constituer des manquements au Code d'éthique. Le premier concerne le soutien public apporté par Gianni Infantino à la candidature de Donald Trump au Prix Nobel de la paix. En octobre 2025, le président de la FIFA avait affirmé sur Instagram que le président américain « méritait définitivement » cette distinction en raison de son rôle revendiqué dans un cessez-le-feu au Moyen-Orient.
Le deuxième épisode remonte à une intervention lors de l'America Business Forum organisé à Miami. Devant un public d'entrepreneurs, Gianni Infantino avait qualifié Donald Trump de « très proche ami » et défendu son action à la tête des États-Unis, affirmant que les citoyens devaient soutenir un président démocratiquement élu mettant en œuvre son programme. Pour FairSquare, ces déclarations dépassent le cadre d'une relation institutionnelle normale et traduisent un soutien politique explicite.
Le troisième grief porte sur la cérémonie du tirage au sort de la Coupe du monde 2026, organisée à Washington en décembre dernier. C'est à cette occasion que Donald Trump a reçu le tout premier FIFA Peace Prize, accompagné d'un trophée, d'une médaille et d'un certificat. Devant les invités, Gianni Infantino avait déclaré que le président américain méritait « sans aucun doute » cette récompense et lui avait assuré de son soutien, des propos que les auteurs de la plainte considèrent comme incompatibles avec l'obligation de neutralité politique de la FIFA.
Enfin, FairSquare évoque une vidéo publiée sur Instagram dans laquelle Gianni Infantino remercie Donald Trump de l'avoir invité à un rassemblement précédant son investiture. Le président de la FIFA y conclut son message en déclarant : « Ensemble, nous rendrons non seulement l'Amérique grande à nouveau, mais aussi le monde entier », une formule jugée très proche du slogan politique « Make America Great Again » utilisé par Donald Trump. Pour les plaignants, cette déclaration renforce l'impression d'un alignement politique du dirigeant du football mondial.
Au-delà de la personne de Gianni Infantino, les auteurs de la plainte s'interrogent également sur la gouvernance de la FIFA. Ils estiment que la création d'un prix destiné à distinguer un chef d'État en exercice aurait dû être soumise au Conseil de la FIFA, conformément aux statuts de l'organisation. Or, selon les informations rapportées par The Athletic, ni les membres du Conseil ni les vice-présidents de la FIFA n'auraient été consultés avant l'annonce officielle du FIFA Peace Prize.
À ce stade, ni la FIFA ni la Maison Blanche n'ont répondu publiquement aux sollicitations des journalistes de The Athletic. Cette affaire intervient alors que les États-Unis coorganisent la Coupe du monde 2026 et met en lumière les interrogations persistantes sur l'équilibre que doit préserver la FIFA entre ses relations avec les gouvernements et son obligation statutaire de demeurer neutre dans les affaires politiques.