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Par Jean Pierre Malou
Disparition de Moustapha Kassé, une conscience économique de l'Afrique s'éteint
Doyen fondateur de la FASEG, pionnier de l'agrégation en sciences économiques et figure tutélaire de plusieurs générations d'universitaires, le professeur Moustapha Kassé est décédé le lundi 1er juin 2026 à Dakar, à l'âge de 85 ans
 
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Doyen fondateur de la FASEG, pionnier de l'agrégation en sciences économiques et figure tutélaire de plusieurs générations d'universitaires, le professeur Moustapha Kassé est décédé le lundi 1er juin 2026 à Dakar, à l'âge de 85 ans. Avec sa disparition, le Sénégal perd l'un de ses plus brillants intellectuels et l'Afrique l'un des principaux artisans de sa pensée économique contemporaine.

Le Sénégal est en deuil. Moustapha Kassé, économiste de renommée continentale et premier doyen de la Faculté des sciences économiques et de gestion (FASEG) de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar, s'est éteint lundi, à Dakar. Sa disparition marque la fin d'un parcours intellectuel exceptionnel consacré à l'enseignement, à la recherche et à la réflexion sur les voies du développement africain.

Né en 1941 à Kassé Khelcom, dans le département de Kébémer, Moustapha Kassé s'engage très tôt dans le combat politique et intellectuel. Élève au lycée Faidherbe de Saint-Louis, il rejoint le Parti africain de l'indépendance aux côtés d'Amath Dansokho. Son militantisme lui vaut plusieurs exclusions qui le conduisent à poursuivre une partie de ses études en Algérie, où il obtient une maîtrise en sciences économiques avant de revenir au Sénégal pour y préparer un DESS, puis un doctorat.

Cette trajectoire singulière façonne durablement sa vision du développement. Toute sa vie, il défend une économie pensée à partir des réalités africaines, refusant les recettes importées et les modèles déconnectés des contraintes du continent.

Parmi les premiers agrégés africains en sciences économiques du CAMES, il joue un rôle déterminant dans la structuration de l'enseignement supérieur en économie. À travers la création et la direction de la FASEG, il contribue à former plusieurs générations d'économistes, de chercheurs, de hauts fonctionnaires et de décideurs qui occupent aujourd'hui des responsabilités à travers l'Afrique.

Ses travaux portent sur les grands enjeux de la transformation économique du continent : industrialisation, politiques monétaires, mobilisation des ressources internes, intégration régionale, agriculture et avenir du franc CFA. Bien avant que la souveraineté économique ne devienne un thème central du débat public africain, Moustapha Kassé en avait déjà posé les fondements théoriques et identifié les principaux défis.

Son influence dépasse largement les amphithéâtres universitaires. Président de la Conférence des institutions d'enseignement et de recherche en Afrique, fondateur du Programme de troisième cycle interuniversitaire, conseiller spécial chargé du NEPAD auprès de la présidence sénégalaise et membre de plusieurs académies scientifiques africaines, il s'impose progressivement comme l'une des références intellectuelles majeures du continent.

Même après son départ à la retraite, en 2005, il demeure une voix écoutée dans le débat public. Ses analyses, souvent critiques mais toujours argumentées, continuent d'alimenter les réflexions sur les politiques économiques du Sénégal et de l'Afrique.

En 2022, la FASEG lui rend hommage à travers un ouvrage collectif de Mélanges, consacrant ainsi l'ampleur d'une œuvre qui aura traversé les indépendances, les programmes d'ajustement structurel, la mondialisation et les nouvelles aspirations panafricaines.

L'Université Cheikh Anta Diop a salué la mémoire d'un « bâtisseur, maître et intellectuel » dont l'héritage scientifique et humain restera profondément inscrit dans l'histoire de l'enseignement supérieur africain.

Au-delà de l'université, c'est toute une génération de décideurs publics, d'économistes, de chercheurs et d'étudiants qui perd aujourd'hui une référence, un mentor et une source d'inspiration. Moustapha Kassé laisse une œuvre considérable. Mais son héritage le plus durable réside peut-être dans cette conviction qu'il n'a cessé de défendre : l'Afrique ne pourra construire sa prospérité qu'en produisant elle-même sa pensée économique et en concevant ses propres solutions de développement. 

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