Invitée du podcast Sans Filtre animé par la journaliste Samantha Ramsamy, Aminata Touré, haute représentante du Président de la République et superviseure de la coalition Diomaye Président, s’est exprimée sur les conséquences politiques de la rupture entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien Premier ministre Ousmane Sonko. L’ancienne cheffe du gouvernement a plaidé pour la préservation de la stabilité institutionnelle et insisté sur la nécessité de concentrer l’action publique sur les préoccupations économiques et sociales des Sénégalais tout en affirmant que les 54 % obtenus par le président Bassirou Diomaye Faye lors de la présidentielle de 2024 « ne venaient pas uniquement de Pastef ».
La séparation politique entre le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et son ancien Premier ministre, Ousmane Sonko, continue d’alimenter les débats au sein de l’opinion publique. Invitée du podcast Sans Filtre, Aminata Touré a livré son analyse de cette nouvelle configuration politique tout en appelant à relativiser les tensions et à privilégier l’intérêt supérieur de la nation.
Pour l’ancienne Première ministre, les divergences et les ruptures font partie intégrante de la vie politique. Forte de plusieurs décennies d’expérience, elle es‐ time que ces évolutions ne doivent pas être perçues comme une menace pour le fonctionnement normal de l’État.
«Je suis dans la politique depuis quelque temps. J’étais directrice de campagne d’un candidat présidentiel en 1993. Mon expérience, c’est que la politique est souvent faite de séparations, mais aussi de retrouvailles. C’est cela la démocratie», a‐t‐elle déclaré.
Selon elle, l’essentiel demeure la continuité de l’action publique et la préservation des équilibres institutionnels.
«Le plus important, à mon avis, quels que soient les choix des uns et des autres, c’est que le pays continue à fonctionner normalement et que l’économie puisse poursuivre son développement», a‐t‐elle souligné.
«La politique ne doit pas freiner le développement »
Aminata Touré a particulièrement insisté sur les défis économiques auxquels le Sénégal est confronté. Elle estime que les querelles politiques ne doivent pas détourner l’attention des priorités nationales, notamment l’emploi des jeunes, la croissance économique et l’amélioration des conditions de vie.
Rappelant que près de 70 % de la population sénégalaise a moins de 35 ans, elle a insisté sur l’urgence de répondre aux attentes de cette jeunesse.
«Nous sommes un pays qui fait face à d’importants défis économiques. Nous avons une jeunesse qui s’impatiente. Tout est à développer. La politique elle-même ne devrait pas freiner nos efforts de développement», a‐t‐elle affirmé.
La superviseure de la coalition Diomaye Président a également reconnu que la dynamique initiale du pouvoir reposait sur une démarche collective. Toutefois, elle es‐ time qu’il convient désormais de prendre acte de la nouvelle situation politique. «Au départ, nous avions considéré que la dynamique devait être collective. Si les choses se passent comme elles se passent aujourd’hui, nous en prenons acte et chacun continue à exercer les prérogatives qui lui reviennent», a‐t‐elle expliqué.
La superviseure de la coalition Diomaye Président a également reconnu que la dynamique initiale du pouvoir reposait sur une démarche collective. Toutefois, elle es‐ time qu’il convient désormais de prendre acte de la nouvelle situation politique.
«Au départ, nous avions considéré que la dynamique devait être collective. Si les choses se passent comme elles se passent aujourd’hui, nous en prenons acte et chacun continue à exercer les prérogatives qui lui reviennent», a‐t‐elle expliqué.
« Le peuple sénégalais est mature »
Interrogée sur les conséquences de cette rupture pour la stabilité politique du pays, Aminata Touré s’est montrée confiante quant à la capacité des Sénégalais à gérer cette nouvelle étape.
Selon la haute représentante du Président de la République, le Sénégal dispose d’une longue tradition démocratique qui lui permet d’aborder sereinement les changements et les recompositions politiques.
« Le peuple sénégalais est mature. Il a connu plusieurs alternances, avec l’arrivée d’Abdoulaye Wade en 2000, puis celle de Macky Sall en 2012, avant celle de Bassirou Diomaye Faye en 2024. C’est un peuple qui a une expérience politique et qui sait faire confiance à ses responsables », a‐t‐elle indiqué.
Pour Aminata Touré, les préoccupations des citoyens dépassent largement les affrontements politiques. Elle estime que les Sénégalais accordent davantage d’importance aux questions liées au pouvoir d’achat, à la santé, à l’éducation et à l’emploi.
«La politique n’est pas ce qui fait vivre les gens. Ce qui les intéresse, c’est l’inflation, l’amélioration des conditions de vie, la santé, la formation et l’emploi des jeunes», a‐t‐elle déclaré
Une déception pour les électeurs ?
À la question de savoir si la rupture entre les deux hommes constitue une déception pour la base électorale qui avait porté le projet de changement en 2024, Aminata Touré a tenu à replacer le débat dans une perspective plus large. Selon elle, il ne faut pas réduire l’électorat de Bassirou Diomaye Faye aux seuls militants de Pastef. «Il n’y a pas que Pastef. Il y a d’abord les Sénégalais. Le Sénégal compte environ dix-huit millions d’habitants et seulement quelques millions d’électeurs. Tous les Sénégalais ne sont pas des politiciens», a‐t‐elle rappelé.
Elle a également souligné que la séparation entre un président et un Premier ministre n’a rien d’exceptionnel, ni au Sénégal ni ailleurs dans le monde. «Ce n’est pas la première fois qu’un président et un Premier ministre se séparent au Sénégal. C’est quelque chose d’assez courant dans les démocraties», a‐t‐elle observé. Pour l’ancienne cheffe du gouvernement, chaque acteur politique doit désormais agir dans le respect de ses responsabilités institutionnelles. «Il faut mettre les Sénégalais au-dessus des intérêts partisans et politiciens. Chacun doit exercer les fonctions qui lui sont confiées par la Constitution», a‐t‐elle insisté.
« Les 54 % ne venaient pas uniquement de Pastef »
Évoquant la possibilité d’une sanction populaire lors des prochaines échéances électorales, Aminata Touré a rappelé que la victoire de Bassirou Diomaye Faye en mars 2024 reposait sur une coalition beaucoup plus large que le seul parti Pastef. «Il n’y a pas que Pastef qui a élu Bassirou Diomaye Faye. Même le Parti démocratique sénégalais avait appelé à voter pour lui. Les 54 % obtenus au premier tour ne provenaient pas uniquement de Pastef», a‐t‐elle affirmé.
La haute représentante du Président de la République estime que les institutions doivent désormais poursuivre leur travail normalement. «L’exécutif doit exécuter les programmes, l’Assemblée nationale doit voter les lois et la justice faire son travail. Il ne devrait pas y avoir de problème particulier», a‐t‐elle soutenu.
À ses yeux, les prochaines élections lo‐ cales constitueront le véritable rendez‐ vous politique à surveiller. «Nous irons vers les élections municipales qui sont programmées. Pour le reste, on verra le moment venu», a‐t‐elle déclaré.
Une opposition parlementaire assumée
Concernant l’éventualité de voir Ousmane Sonko jouer un rôle majeur à l’Assemblée nationale en cas de recomposition politique, Aminata Touré ne s’y oppose pas. Au contraire, elle considère qu’un contre‐ pouvoir peut contribuer au renforcement de la démocratie.
«Moi, je suis une démocrate. Si cela permet d’avoir de meilleures lois et de meilleurs programmes, pourquoi pas ?», a‐t‐elle lancé.
Elle estime toutefois qu’aucune majorité parlementaire ne pourrait durablement s’opposer à des mesures favorables à la population.
«Je ne vois pas une Assemblée nationale bloquer des lois qui vont dans l’intérêt des Sénégalais. Si cela arrivait, les Sénégalais sauraient en tirer les conséquences», a‐t‐ elle ajouté.
La coalition Diomaye Président prépare les municipales
Malgré les bouleversements observés sur la scène politique, Aminata Touré assure que la coalition Diomaye Président pour‐ suit son développement et prépare active‐ ment les prochaines échéances électorales.
«La coalition existait avant l’élection du président Bassirou Diomaye Faye et elle continue d’exister. Nous comptons nous implanter sur l’ensemble du territoire national et participer aux élections municipales», a‐ t‐elle indiqué.
La superviseure de la coalition affirme également que de nombreux élus locaux demeurent engagés dans cette dynamique politique.
«Nous comptons des centaines de maires dans nos rangs qui défendront leur bilan et leur mandat. Je suis extrêmement optimiste quant au développement et aux succès futurs de la coalition», a‐t‐elle assuré.
Macky Sall et l’ONU : Aminata Touré reste prudente
Interrogée sur les chances de l’ancien président Macky Sall d’accéder à des fonctions au sein des Nations unies, Aminata Touré a préféré éviter toute spéculation. «Ce que j’avais à dire sur cette question, je l’ai déjà dit. Ses chances, je ne sais pas. Franchement, je ne suis pas ce dossier», a‐ t‐elle répondu. Aminata Touré affirme être davantage préoccupée par les enjeux nationaux. «Je suis totalement concentrée sur les questions sénégalaises du moment. Et croyez-moi, elles sont nombreuses», a‐t‐ elle conclu.