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Diomaye contre Sonko, le match des légitimités
Le Sénégal voit apparaître l’émergence d’un contexte inédit au sommet de l’État. Celui de deux légitimités concurrentes, l’une institutionnelle autour du président Diomaye Faye, l’autre politique et partisane incarnée par Ousmane Sonko
 
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(SenePlus) - Le Sénégal semble entrer dans une nouvelle phase politique marquée par une coexistence fragile entre deux centres de pouvoir. Dans une note d’analyse publiée le 10 juin 2026, Timbuktu Institute décrypte les recompositions politiques à l’œuvre depuis le limogeage d’Ousmane Sonko de la Primature et la nomination d’Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô comme nouveau Premier ministre.

Selon le think tank, la formation du nouveau gouvernement, annoncée le 1er juin par le président Bassirou Diomaye Faye, constitue un tournant politique majeur. Composé de 30 ministres, le nouvel exécutif se distingue par la quasi-absence du Pastef, pourtant majoritaire à l’Assemblée nationale et dirigé par Ousmane Sonko, désormais président de cette institution. Le gouvernement est principalement composé de technocrates et de personnalités réputées proches du chef de l’État, tandis que plusieurs figures influentes du Pastef, qui occupaient auparavant des ministères stratégiques comme l’Intérieur, la Justice ou le Pétrole, ont été écartées.

Le rapport souligne toutefois quelques exceptions, à l’image de Yankhoba Diémé, maintenu au gouvernement comme ministre des Forces armées, malgré la décision du Pastef de ne pas participer à l’exécutif en raison de désaccords sur sa composition. Des alliés politiques du parti, comme Moustapha Guirassy à l’Éducation nationale ou Déthié Fall aux Infrastructures, figurent également parmi les rares continuités.

Pour Timbuktu Institute, cette configuration fragilise dès sa naissance un gouvernement présenté comme un « gouvernement de mission et d’obligation de résultat », dans la mesure où il devra gouverner sans le principal parti de la majorité parlementaire. La rupture entre Diomaye Faye et Ousmane Sonko, longtemps évoquée de manière feutrée, apparaîtrait désormais ouverte et assumée.

L’institut revient également sur la portée politique de la célébration du centenaire d’Abdoulaye Wade au Grand Théâtre national. Lors de cette cérémonie, Bassirou Diomaye Faye a multiplié les références à la réconciliation politique, au dépassement des querelles et à la nécessité de préserver « la maison-Sénégal ». Pour Timbuktu Institute, ce discours pourrait être interprété comme un message indirect adressé aux tensions avec Ousmane Sonko, mais aussi comme un signal d’ouverture vers le Parti démocratique sénégalais (PDS), qui conserve un poids électoral non négligeable malgré son recul récent.

En parallèle, le Pastef a organisé, le 6 juin à Diamniadio, son premier congrès depuis sa création. Une démonstration de force politique durant laquelle Ousmane Sonko a été élu à l’unanimité président du parti. Face aux accusations de crise institutionnelle et aux tensions entre militants, le leader du Pastef a cherché à rassurer, appelant ses partisans à éviter les attaques verbales contre le président Diomaye Faye et les membres du parti ayant rejoint le gouvernement.

Tout en se voulant conciliant sur la forme, Sonko a réaffirmé le cap idéologique du Pastef, défini comme une force de transformation fondée sur un « panafricanisme souverainiste de transformation démocratique ». Pour Timbuktu Institute, ce congrès constitue avant tout une opération de réaffirmation politique destinée à rappeler qu’en dépit de son départ de la Primature, Ousmane Sonko demeure un acteur central du pouvoir sénégalais et le principal point d’ancrage politique du Pastef.

Le think tank conclut à l’émergence d’un contexte inédit au sommet de l’État. Celui de deux légitimités concurrentes, l’une institutionnelle autour du président Diomaye Faye, l’autre politique et partisane incarnée par Ousmane Sonko.

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