Deux ans…Deux ans qu’il est à la tête de l’Association des Sénégalais d’Amérique (Asa). C’est son premier mandat, mais Papa Ibrahima Sow postule en ce moment pour le deuxième, qui sera renouvelé, ou pas, à l’issue de l’Assemblée générale du 29 janvier prochain. L’homme, qui se dit «très à l’aise» dans ses fonctions, vous racontera l’histoire de l’Asa, de ses 5000 membres, de ses cotisations qui ne bouchent pas tous les trous, de ce «mauvais procès» qu’on lui fait parfois, et de ce coup de jeune qu’il entend bien donner à l’organisation. Mais pour cette jeune femme que nous avons rencontrée, l’Asa serait un peu vieille école, et pour Papa Ibrahima Sow, l’Association n’a «malheureusement pas la collaboration qui se devait avec le Consulat».
C’est l’histoire que raconte l’actuel président de l’Association des Sénégalais d’Amérique (Asa), Papa Ibrahima Sow, un poste que l’homme occupe depuis deux ans : «L’Association est née du besoin des Sénégalais, qui sont venus ici dans les années 80, de s’organiser, de se regrouper en communauté et de se prendre en charge. Ils n’étaient pas très nombreux à l’époque, mais vous savez, il y a cet instinct-là qui fait que lorsque vous arrivez dans un pays étranger, vous cherchez d’abord la compagnie de vos compatriotes, ou, à la rigueur, de personnes qui parleraient la même langue que vous».
L’Asa a aujourd’hui 28 ans, et pour notre interlocuteur, «c’est un signe de fierté». Car au-delà de cette relative longévité, ce serait aussi «la seule association à avoir à la fois la prétention et l’ambition de regrouper tous les Sénégalais d’Amérique, où qu’ils puissent se trouver». On parle de «5000 membres», mais disons selon lui qu’il est tout de même assez délicat de «donner un nombre exact, parce qu’il y a tous les jours de nouvelles adhésions».
Et depuis 28 ans, explique Papa Ibrahima Sow, l’Asa «prend en charge les besoins sociaux des Sénégalais. Lorsqu’un de nos compatriotes décède ici, nous nous organisons pour que son corps soit rapatrié. Souvent on nous reproche de ne pas être bien organisés, ou de faire une quête à chaque fois que l’un des nôtres décède». Un «mauvais procès» selon lui : «Nous ne faisons pas de quêtes pour les membres de notre organisation, nous les prenons directement en charge. Les personnes pour lesquelles nous faisons des quêtes, ce sont, pour la plupart, des personnes qui sont en dehors de l’organisation, ce qui explique que l’on ne puisse pas puiser dans les caisses de l’Asa.
L’Association ne les laisse tout de même pas à leur sort ; notre philosophie, c’est de ne laisser personne en rade. Et peu importe que la personne appartienne, ou non, à l’Asa, et peu importe qu’elle soit contre l’association elle-même, qui a un devoir d’assistance pour l’ensemble des Sénégalais qui sont ici. En 30 ans, il n’y a pas eu un seul Sénégalais décédé ici, sans avoir pu être rapatrié, faute de moyens, ou parce que les Sénégalais n’ont pas été solidaires. Il y a toujours eu des fonds, et personne ne nous a soutenus pour ça. Si on ne nous remercie, que l’on ne vienne pas nous critiquer ». Les fonds, parlons-en…Chacun des membres de l’Asa se soumet tous les mois à une cotisation de «dix dollars»», à peu près 6.000 francs CFA, mais les principales sources de financement de l’Asa, ce sont surtout les activités parallèles qu’elle organise, les soirées culturelles, le Salon de l’Investissement, et ce sont ces recettes qui «aident à financer les activités sociales de l’Asa».
Au-delà d’aider à rapatrier les corps des compatriotes qui décèdent aux Etats-Unis, «l’association aide aussi les Sénégalais à trouver un emploi, un logement, une école pour leurs enfants…Nous nous occupons aussi des conflits sociaux, des différends entre membres de la communauté par exemple (…) Le système judiciaire nous reconnaît ce pouvoir-là, et quand il y a un contentieux par exemple, même devant le tribunal, si l’association fournit un document qui dit qu’on a trouvé une solution à l’amiable, le juge tranche souvent dans le sens de l’association. C’est donc un outil extrêmement important dans la vie des Sénégalais».
L’Asa, une organisation «old fashioned» ?
Mais tout le monde ne se retrouve pas forcément dans cette association. N.S., les initiales de cette jeune étudiante que nous avons rencontrée quelque part sur la 116ème rue, explique par exemple qu’elle n’a découvert l’Asa que deux longues années après son arrivée à New-York. «Quand je suis arrivée ici, je ne savais même pas qu’il existait une Association des Sénégalais d’Amérique. J’ai l’impression qu’ils sont un peu dans un cercle, et qu’ils ne nous informent pas vraiment, sinon sur les sujets qu’ils ont bien envie de partager avec nous, alors que tout devrait être très clair pour tout le monde». A cela s’ajoute, dit encore N.S., que l’Asa serait un peu «old-fashioned», autrement dit un peu vieille école, et que certaines informations devraient être disponibles sur les réseaux sociaux, par exemple.
Dans les couloirs du Consulat, certains Sénégalais nous expliquaient que le bouche-à-oreille fonctionnait assez bien, et que c’est d’ailleurs cette façon, par exemple, qu’ils ont appris qu’une Commission viendrait de Dakar, pour les besoins des cartes d’identité biométriques. Sinon, disent-ils, il y a les radios communautaires, grâce à un système de «location de fréquences», à certaines heures. L’Asa, au-delà de sa mailing-list et des communiqués affichés à son siège, émet sur la «Wpat 930, tous les mardis soirs, de 22h à 23h. On loue des heures de fréquence, explique Papa Ibrahima Sow, où l’on s’adresse à la communauté sénégalaise. Ce n’est pas donné, nous payons à la semaine, mais c’est le moyen de communication le plus efficace, pour passer les informations communautaires ». La «publicité ne couvre pas tous les frais», mais il y a toujours la subvention de l’Asa elle-même.
Papa Ibrahima Sow, qui postule pour un deuxième mandat, qui sera renouvelé, ou pas, à l’issue de l’Assemblée générale du 29 janvier prochain, parle d’ «intégrer de plus en plus de jeunes», de «les prendre en charge», et de «remettre le membre au centre de l’organisation, parce qu’au fil des années, beaucoup des ressources de l’Asa sont allées dans les dépenses de fonctionnement». Un «regret» tout de même : «Nous n’avons malheureusement pas la collaboration qui se devait avec les autorités administratives en charge des questions de l’immigration, particulièrement avec le Consulat ici. C’est avec le regret qu’on le dit ici, mais c’est ça la réalité aujourd’hui ».
EL HADJ AMADOU NDAO, CONSUL GENERAL DU SENEGAL A NEW-YORK : « Little Senegal est menacé »
Little Senegal est menacé. Le problème qui se pose, c’est que Harlem est devenu tellement cher, cette rue qui est la 116ème est devenue tellement chère que les Sénégalais ne peuvent plus se permettre le coût du loyer. Disons qu’une boutique qui coûtait 700 à 1000 dollars le mois (entre 430. 000 et 600.000 FCFA environ, Ndlr), il y a 5 à 10 ans, revient aujourd’hui à 10.000 dollars le mois (à peu près 6 millions FCFA, Ndlr). Ce qui est vraiment difficile pour nos compatriotes. Le loyer c’est un peu la même chose : un appartement de deux chambres qui coûtait entre 700 à 1200 dollars, coûte facilement 2500 à 3000 dollars (entre 1, 5 million et 1, 8 million FCFA environ, Ndlr), alors que les revenus ne montent pas au même rythme que le loyer...Donc vous voyez ce que ça fait, beaucoup de nos compatriotes sont obligés de déménager, de voir ailleurs, pas parce qu’ils n’ont pas envie d’habiter dans la zone, mais plutôt parce que c’est devenu tellement cher qu’ils ne peuvent plus se payer ce luxe.
« La faute nous incombe à nous tous »
Pour Papa Ibrahima Sow, Président de l’Association des Sénégalais d’Amérique (Asa), La faute incombe à tous, car Harlem est devenu très cher en termes de loyer, mais la faute nous incombe à nous tous : on n’a pas développé de stratégie pour se maintenir, on a été surpris, et il faut dire aussi que l’Etat du Sénégal n’a pas vraiment aidé au renforcement économique des émigrés. Nous avions travaillé à avoir Little Senegal, une grande conquête des anciens, et aujourd’hui, tout cela s’effrite de plus en plus…Au début, les gens se sont regroupés par affinité, ils se sont installés à Harlem, ils ont ouvert des restaurants, des boutiques, ils ont habité dans les mêmes bâtiments, pendant les fêtes religieuses comme la Korité ou la Tabaski, vous aviez l’impression d’être dans un quartier de Dakar, et tout le monde connaissait le Sénégal à travers ce Little Senegal. Beaucoup de personnes venaient déguster des plats sénégalais, dans des restaurants sénégalais, et c’était un peu la porte d’entrée, pour donner l’envie d’aller visiter le Sénégal (...) Mais tout cela s’amenuise.
PAPA IBRAHIMA SOW, PRESIDENT DE L’ASA : « Nous n’avons jamais reçu les 10 millions promis par… »
L’année dernière, le Premier ministre est venu nous faire une promesse qu’il n’a toujours pas tenue. Il est venu nous dire qu’il aiderait à la prise en charge des problèmes sociaux, il a même annoncé qu’il remettrait à l’association un montant de 10 millions de francs CFA, une somme destinée au budget social de l’association. Nous n’avions rien demandé, c’est lui qui l’a annoncé, et nous avons ensuite lu dans la presse que le Premier ministre avait remis, séance tenante, les dix millions à l’Asa. Mais nous tenons à dire que nous n’avons jamais reçu cette somme-là. Nous ne sommes pas très demandeurs, parce que nous existons depuis 30 ans, sur nos ressources propres. Que l’on nous soutienne ou pas, nous existons, mais il y a beaucoup de travail que nous faisons, et qui est un travail de service public de l’Etat sénégalais Je vous donne un exemple : il y a beaucoup de jeunes qui aujourd’hui quittent le Brésil, et qui viennent par la frontière. Ce ne sont pas des membres de notre organisation, les organisations administratives qui représentent le Gouvernement ne les prennent pas en charge ; c’est nous qui les recevons, les aidons, qui leur trouvons des logements et les aidons à s’insérer, alors que ce ne sont pas des membres de l’association. Mais comme on a dit que l’on prenait en charge tout Sénégalais…Il y a aussi des gens qui arrivent à l’aéroport et qui ne connaissent personne ; lorsqu’ils prennent un taxi, on les conduit naturellement au siège de l’association. Quand vous avez des difficultés et que vous allez au Consulat, on vous renvoie à l’association, parce que le Consulat est éminemment administratif, et ne fait pratiquement pas dans le social. Tout cela pour dire que ce n’est pratiquement pas un cadeau, c’est quelque chose qui devait nous revenir de droit, mais c’est aussi quelque chose que nous ne réclamons pas, mais si le Premier ministre nous remet cette somme, tant mieux.