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Par Abdou Fall
En réponse à Lansana Gagny Sakho, sortir la crise par le haut en réformant nos institutions
Une réforme doit mieux répartir les pouvoirs, renforcer les contre-pouvoirs, donner plus de responsabilités aux territoires et aux citoyens, et fonder une gouvernance moins verticale, centrée sur la responsabilité citoyenne
 
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1004940
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Cher Gagny,

J’ai lu avec attention ta récente analyse sur la situation politique. Je comprends bien ton souci de lucidité face aux défis du pays. Là où nos lectures divergent, c’est sur la nature même de ce que nous traversons.

Ce n’est pas, à mon sens, une simple divergence de vues au sein du pouvoir ni l’expérimentation de nouvelles modalités démocratiques. Nous sommes face à un bloc arrivé uni aux élections, qui se fracture aujourd’hui en deux camps rivaux dans le même régime.

D’un côté, un président élu dans un régime présidentiel fort, détenteur des pouvoirs régaliens. De l’autre, un Premier ministre adossé à une majorité parlementaire qui lui est acquise, et dont une partie s’oppose désormais ouvertement au chef de l’État.

Des voix majeures de l’équipe dirigeante accusent le président d’avoir trahi son serment de transmettre le pouvoir au Premier ministre au terme d’un délai convenu.

Là est le problème. Notre Constitution a été pensée pour un exécutif unifié, dominé par le président. Elle n’a pas prévu la dissidence ouverte d’un Premier ministre soutenu par sa majorité contre celui qui l’a nommé.

Parler de « crise » n’est pas alarmiste. C’est constater des faits et mesurer leurs conséquences si la situation se prolonge.

Notre démarche ne consiste ni à nous inviter dans les querelles d’une majorité qui n’est pas la nôtre, ni à prendre parti. Ce qui nous alarme, c’est le risque de conflit au cœur de l’État, avec ses effets politiques, économiques et sociaux.

Des députés proches du Premier ministre évoquent déjà une motion de censure si leur leader quittait la Primature. Nous ne sommes plus dans une tension ordinaire.

Alerter maintenant s’impose, alors que l’insécurité grandit à nos frontières, que les difficultés économiques s’aggravent et que l’attente des populations est immense.

Au fond, cette crise révèle les limites d’un modèle hérité de la France gaullienne, un présidentialisme hypercentralisé, devenu une singularité.

La plupart des démocraties modernes, y compris en Afrique, fonctionnent sur des modèles parlementaires ou semi-présidentiels plus équilibrés. Il faut donc ouvrir un grand débat national sur la réforme des institutions.

Ce débat n’est pas nouveau. Des responsables politiques et des voix citoyennes le portent depuis des années pour sortir de l’exercice solitaire du pouvoir.

L’enjeu n’est pas de trancher une querelle de personnes. Il est d’anticiper pour construire des institutions plus équilibrées, plus résilientes, adaptées à notre temps.

Une réforme doit mieux répartir les pouvoirs, renforcer les contre-pouvoirs, donner plus de responsabilités aux territoires et aux citoyens, et fonder une gouvernance moins verticale, centrée sur la responsabilité citoyenne.

L’objectif n’est pas d’attiser les tensions, mais de les apaiser. Renouer avec la tradition sénégalaise du dialogue et de la concertation.

Notre idée est simple, cher Gagny. Il s'agit de transformer une crise potentielle en opportunité historique.

Faire de cette épreuve le point de départ d’une gouvernance rénovée, moderne, participative, conforme aux aspirations démocratiques de notre peuple.

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