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Le projet de révision constitutionnelle de Pastef pue le désordre institutionnel, selon Abdoul Aziz Diop
Prendre une initiative concurrente à celle du président sur un terrain aussi sensible que la révision constitutionnelle, c'est selon le politologue, substituer une logique de rapport de force à une logique de bon fonctionnement des institutions
 
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  • https://www.youtube.com/watch?v=FJTqhOXHHTc

Invité de l'émission "Objection" sur Sud FM ce dimanche 14 juin 2026, Abdou Aziz Diop, politologue et ancien conseiller spécial à la présidence de la République sous Macky Sall, a livré une charge frontale contre l'initiative de révision constitutionnelle portée par la majorité Pastef à l'Assemblée nationale. Pour lui, cette proposition de loi "pue le désordre institutionnel" et illustre une dérive de fond dans le fonctionnement des institutions sénégalaises depuis l'avènement du régime en place.

Le grief central d'Abdou Aziz Diop est celui du chevauchement. Le président Bassirou Diomaye Faye a engagé en amont un processus rigoureux : un avant-projet de révision constitutionnelle élaboré par son cabinet, soumis au Conseil constitutionnel, qui en a validé la forme. C'est sur cette base que la majorité parlementaire a ensuite bâti sa propre proposition. "Dès lors que le boulot est fait, pourquoi le refaire ?", interroge-t-il. À ses yeux, la réponse est évidente : quand un travail est accompli, on passe à autre chose.

L'ancien conseiller spécial rappelle que la légitimité d'engager une telle réforme appartient en premier lieu au chef de l'État, seul habilité par la Constitution à définir la politique de la nation. L'article 103 de la Constitution encadre strictement la révision constitutionnelle, et sur ce terrain, un projet de loi présidentiel a mécaniquement plus de chances de prospérer qu'une proposition émanant du Parlement. La raison est simple : le président peut soumettre sa révision à un référendum, quand l'Assemblée nationale, elle, ne le peut pas.

Le piège financier et politique

Au-delà de la légitimité, Abdou Aziz Diop pointe un obstacle pratique que la majorité semble avoir sous-estimé. Faire prospérer une proposition de loi constitutionnelle requiert des ressources considérables. Or, l'exécutif dispose d'un levier de blocage redoutable : invoquer la situation économique du pays pour refuser de mobiliser ces moyens. "Dans la situation économique actuelle, il n'est pas raisonnable d'engager des ressources pour permettre à une proposition de loi émanant du Parlement de passer", peut très bien arguer le président, selon lui.

Cette impasse annoncée n'est pas seulement technique. Elle traduit, pour Abdou Aziz Diop, une confusion des rôles qui fragilise l'ensemble de l'édifice institutionnel. Prendre une initiative concurrente à celle du président sur un terrain aussi sensible que la révision constitutionnelle, c'est, selon lui, substituer une logique de rapport de force à une logique de bon fonctionnement des institutions.

Sonko dans le viseur

Derrière la majorité parlementaire, c'est Ousmane Sonko qu'Abdou Aziz Diop vise directement. Il rappelle que le président de l'Assemblée nationale n'est constitutionnellement pas député, ce qui rend déjà son accession à ce poste sujette à caution. Plus fondamentalement, il lui reproche de chercher à prendre l'ascendance sur le président de la République par des voies détournées, alors que la Constitution est sans ambiguïté sur la hiérarchie des pouvoirs. "Ousmane Sonko sait qu'il a marché sur la loi fondamentale", assène-t-il.

Cette posture, poursuit-il, est d'autant plus incohérente que Sonko a lui-même contribué à bâtir la majorité qui soutient Diomaye Faye, en faisant campagne pour lui pendant dix jours avant la présidentielle. "Cette majorité était faite pour le président", rappelle Abdou Aziz Diop. L'utiliser aujourd'hui pour contrecarrer l'agenda présidentiel constitue à ses yeux une trahison de la logique même qui a présidé à la victoire de mars 2024.

Face à ce blocage, l'ancien conseiller spécial ne voit qu'une parade crédible pour le président Faye : dissoudre l'Assemblée nationale le 2 décembre 2026 et soumettre la question directement au peuple sénégalais. "J'ai encore trois ans de mandat à terminer. J'ai besoin des moyens de faire prospérer ma politique. Permettez-moi de respirer", résume-t-il, reconstituant le plaidoyer que le chef de l'État pourrait tenir devant les citoyens.

Pour Abdou Aziz Diop, la Constitution actuelle, non retouchée, reste un texte solide, "une constitution qui marche, mais faite pour des hommes civilisés." Ce n'est donc pas le texte fondamental qui est en cause, mais ceux qui s'en emparent pour servir des agendas que l'invité de Sud FM juge contraires à l'esprit républicain. Le vrai défi démocratique du Sénégal, conclut-il, n'est pas institutionnel. Il est humain.

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