Fuyant le conflit malien, des Sénégalais d’origine, de retour au bercail, sont menacés d’expulsion. Ces 55 personnes arrivées du Mali il y a trois mois vivent sous le coup d’une décision incomprehensible d’expulsion qui devrait être exécutée le 15 juin 2026.
Venus du Mali dans l’espoir de retrouver la terre de leurs aïeux, ces Sénégalais d’origine risquent aujourd’hui l’expulsion. Ils ont fui leur village de Sangafara, situé dans la région de Kayes, commune de Sadiola, en raison de l’insécurité liée au terrorisme. Installés à Koussan, dans le département de Goudiry, ils pourraient être rapatriés dès le 15 juin. « Ce sont des ressortissants de Koussan de père en fils, jusqu’aux arrièregrands-parents. Ils sont tous originaires de Koussan, mais ont séjourné pendant près d’une trentaine d’années au Mali. À la suite du conflit malien, ils ont fui ce pays par crainte pour leur vie. C’est ainsi qu’ils sont revenus à Koussan auprès de leurs parents. Toute la population du village s’est mobilisée pour leur trouver des habitations. Une vingtaine de cases ont ainsi été construites sur les terres de leurs familles », a témoigné le chef du village de Koussan, Amadou Sy, également porte-parole régional des chefs de village de la région de Tambacounda.
Pourtant, dès leur arrivée à Koussan, les autorités ont été informées de leur situation. La gendarmerie a été mobilisée pour mener des enquêtes préliminaires. Les intéressés ont notamment été convoqués à deux reprises à Goudiry afin de vérifier leur filiation sénégalaise. «Malheureusement, il y a une semaine, le sous-préfet m’a saisi pour procéder à leur expulsion du Sénégal. J’ai immédiatement alerté le gouverneur. Celui-ci m’a répondu que cette décision ne venait pas de lui, mais du ministère. S’agit-il du ministère de l’Intérieur ou de celui des Affaires étrangères ? Qui a pris cette décision de renvoyer des nationaux vers une mort certaine ? Ils doivent être renvoyés le 15 juin pour l’exécution de cette mesure», s’interroge-t-il.
Selon lui, 55 personnes sont concernées par cette mesure, auxquelles s’ajoutent trois enfants nés depuis leur arrivée à Koussan. « Ils ont fui l’enfer malien pour revenir dans le village de leurs arrière-grands-parents. Ils sont chez eux à Koussan. Ils ne disposent pas de pièces d’identité. Analphabètes pour la plupart, ils n’avaient jamais envisagé de se faire établir des documents d’identité auprès de l’ambassade ou du consulat du Sénégal au Mali», a-t-il expliqué. Le chef du village de Koussan appelle les autorités, notamment le gouverneur de Tambacounda, à surseoir à cette décision. «On ne peut pas les envoyer à la mort alors qu’il existe des possibilités de régularisation. Ce sont des Sénégalais expatriés qui sont revenus au bercail pour échapper au bourbier malien», a-t-il soutenu, tout en appelant le président du Conseil départemental de Goudiry, Djimo Souaré, à intervenir.
POUR LE DEPUTE DJIMO SOUARE, CETTE AFFAIRE EST «SCANDALEUSE»
«On ne peut pas expulser des personnes sans aucune décision de justice. Ce serait les condamner à mort au Mali», a martelé l’élu, qui appelle les autorités à la raison. Il soulève également la question de la libre circulation des personnes et des biens au sein de la CEDEAO. « En principe, aucune décision de justice ne les a expulsés. Pourquoi le Sénégal voudrait-il envoyer ses propres citoyens à la guillotine ? En tout état de cause, il s’agit d’un précédent dangereux », estime-t-il.
Selon le président du Conseil départemental de Goudiry, les populations n’accepteraient jamais de voir leurs frères renvoyés vers ce qu’elles considèrent comme une mort certaine. «Je suis Sénégalais et chef de village. Si on les expulse, je retournerai en France, où je vivais auparavant. Cela voudra dire que le Sénégal n’est plus un pays capable de protéger les siens», aurait déclaré Amadou Sy. Le chef de l’État est désormais interpellé, tout comme le ministre de l’Intérieur, Matar Cissé.