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GUEULE TAPEE, UN MARCHE, MILLE MAUX
Occupation anarchique de la voie publique
 
ID
94497
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Au marché Gueule-Tapée, l’occupation anarchique de la voie publique devient de plus en plus préoccupante. Les accidents deviennent récurrents sur l’axe qui va de la station Total jusqu’au marché. L’embouteillage y est aussi un casse-tête. Avant de rallier le croisement Cambérène, les véhicules peuvent y passer des heures. Les clients et simples passants qui n’ont plus où mettre les pieds sont parfois obligés de marcher au milieu de la route au péril de leurs vie.

L’odeur nauséabonde des légumes pourris mêlée aux klaxons des voitures et aux chants des marchands ambulants tentant d’attirer la clientèle alourdissent davantage l’atmosphère déjà austère qui règne au marché Gueule-Tapée des Parcelles Assainies.

Du Rond-point « Case bi » à la sortie du marché, les voitures, entassées pêle-mêle, cherchent difficilement un petit passage libre pour avancer. Un embouteillage monstre y règne depuis 8 heures du matin. Patientant dans sa 4x4 noir, les yeux rivés devant le taxi qu’il suit, Ibou ne lâche pas d’une seconde le volant de son véhicule. 

« Cette situation est inadmissible, depuis plusieurs minutes je reste bloqué dans les embouteillages. On bouge difficilement. Je veux emprunter l’autoroute pour ne pas arriver en retard, mais c’est impossible avec ces marchands ambulants qui ont accaparé la voie publique », déplore-t-il.

« Il faut les déplacer car ils n’ont aucun civisme, ni aucune éducation. Si par malheur une voiture passe sur leurs marchandises, ils vous la cassent sans le moindre scrupule », rajoute-t-il en avançant lentement suite aux klaxons du bus Tata qui se trouve derrière lui.

Non loin de là, une dame d’une trentaine d’années, seau à moitié rempli de condiments à la main, se dispute avec un chauffeur de « clando » qui, dit-elle, a failli la percuter. Très remontée contre le conducteur qui n’a eu aucune réaction suite à ses lamentations, la dame lui lance des injures tout en se faufilant entre les voitures pour traverser.

Interpellée sur les causes de l’incident, la dame envahie par la colère lance d’une voie enragée : «J’ai failli mourir à cause de ce chauffeur de «clando». Il y a trop de laisser-aller dans ce pays. Les gens font du n’importe quoi. Regardez ces gens-là » (pointant du doigt les marchands ambulants), « ils mettent leurs étals n’importe où, nous n’avons plus de trottoir pour marcher tranquillement, nous partageons maintenant la route avec les voitures, ce qui n’est pas normale du tout » fulmine t-elle.

A quelques mètres, des étals de légumes et des plateaux sur lesquels des poissons changent de couleur sous l’effet du soleil jonchent le long de la route. Quelques jeunes garçons tenant des paniers remplis d’épices font le tour du marché à la recherche d’un potentiel client.

D’autres se faufilent à travers les étals pour vendre des sachets plastiques ou sac en carton. Pendant ce temps, des camions avec une cargaison de marchandises garés aux abords de la route servent d’abris provisoires à quelques tabliers.

Sous l’abri d’un des camions, Fat Laye et Ami Diop bavardent tout en jetant un œil sur leurs produits. Les deux dames semblent ne pas se préoccuper des voitures, des motos et autres bus qui peuvent les heurter à tout moment. « Ici les voitures nous passent dessus tous les jours, mais nous n’avons pas d’autres solutions et nous ne pouvons pas nous en sortir sans notre commerce au marché » sedéfend Ami Diop.

Avant d’enchaîner : « Nous savons bel et bien que ce que nous faisons n’est pas normal, car nous y risquons notre vie en nous installant sur la route ». Elle dit ne pas disposer de suffisamment de moyens pour s’acheter une cantine dans le marché qui coûte 200.000 FCfa. Avant même qu’elle ne termine sa phrase, sa voisine Fat Diop la coupe : « Moi j’ai ma place dans le marché, mais les clients ont la paresse de venir jusque là-bas.

Trois accidents en 15 jours

Donc comme les affaires n’y marchaient plus à l’intérieur, j’ai quitté pour venir aux abords de la route où elles marchent le mieux, même si on sait que l’on ne doit pas occuper la voie publique ». Comme pour confirmer les risques qu’elles encourent, avant même qu’elle ne finit son explication, un bus Tata passe et a failli nous heurter.  « Voyez vous ce que nous vous disions, on risque toujours notre vie. A l’intervalle de 15 jours seulement, il y a eu trois accidents. D’ailleurs le dernier remonte à avant-hier », informe-t-elle, avant de nous inviter à prendre place sur sa natte sous le camion pour continuer la discussion.

Mme Diop pointe un doigt accusateur sur les agents de la mairie. « Tout cela est la faute des agents de la mairie. S’ils faisaient bien leur travail, il y aurait pas tout ce désordre, mais les 100 FCfa qu’on leur donne chaque par jour les arrangent. Cet argent va directement dans leur poche, raison pour laquelle on ne reçoit aucun reçu après versement. Si la mairie interdisait les marchands de squatter cette partie, les clients seront obligés de venir dans le marché », pense-t-elle.

Calme plat à l’intérieur du marché

A l’intérieur du bâtiment du marché, l’ambiance est tout autre. Ici, tout est calme. Beaucoup de cantines sont fermés. Seuls quelques commerçants qui semblent attendre désespérément des clients somnolent dans leurs boutiques.

Siley Niang, commerçant de tissus, en est un. « Il y a trop de laisser-aller dans ce marché, nous avons une mairie fantôme. Des gens quittent les marchés de Thiaroye, Guédiawaye, Malika, etc., pour venir encombrer ici. C’est nous les détenteurs de cantines qui souffrons le plus de cette situation. Nos clients peinent à accéder à nos boutiques. En plus, les voitures n’ont nulle part où se garer », se désole-t-il.

Malgré tous ces problèmes, le marché fonctionne jusque vers 22 heures du soir, une situation que les riverains déplorent et pensent inadmissible car ne pouvant même pas se reposer la nuit à cause des bruits. Cette dame qui préfère taire son nom se confie : « On n’a pas de repos, ni la journée encore moins la nuit, les marchands ambulants restent là jusque tard dans la nuit dans le but d’écouler leurs marchandises. En plus, certains étrangers dorment dans le marché avec leurs enfants sans aucune sécurité, c’est une situation grave », estime-t-elle.

En effet, ce prolongement dans la nuit s’explique, selon Modou Bamba, marchand ambulant de son état, par le changement de saison. « Beaucoup de jeunes des villages reviennent à Dakar après la saison des pluies pour vendre des légumes dans les marchés. Et tant qu’ils n’écoulent pas tous leurs produits, ils restent. Ce n’est pas un problème pour eux », dit-il, dans un fou rire, avant d’enchaîner « alors, leur présence rassure certaines vendeuses venues d’ailleurs. Cela leur permet de rester elles-aussi pour écouler leurs marchandises avant de rentrer ».

La municipalité de la Patte d’Oie au banc des accusés

La situation qui prévaut au marché Gueule-Tapée ne laisse pas indifférents les représentants du marché qui pointent du doigt la mairie de la Patte d’Oie. Ainsi, le secrétaire général du Centre commercial, Mactar Sy, qui s’occupe de la gestion et du bon fonctionnement du marché déplore le manque de considération de la part de la mairie pour ce marché qu’ils ont acquis avec l’Acte 3 de la décentralisation. « La mairie laisse faire en acceptant de fermer les yeux devant tout ce désordre. Elle laisse l’anarchie sévir sur la voie publique, elle ne joue pas son rôle », soutient-il.

Poursuivant, il fait constater qu’ils «  sont sensés être les intermédiaires entre les commerçants et la mairie ». « Nous rencontrons d’énormes problèmes avec celle-ci à cause du manque de considération à l’égard des gérants du marché. Nous avons adressé des correspondances à la mairie, à la sous-préfecture et au commissariat pour nous plaindre, mais il n’y a que le commissaire qui a réagi ».

Selon M. Sy, la situation est plus grave à l’approche des fêtes, car pour 5.000 ou 10.000 FCfa, la mairie autorise les gens à s’installer librement sur la voie publique, ce qui cause d’énormes embouteillages. Par conséquent, le secrétaire général du Centre commercial pense que les responsabilités doivent être situées avec cette recrudescence des accidents. « C’est une situation qui doit remonter jusqu’au gouvernement », pense-t-il. Pour témoigner de la mauvaise gestion du marché par la mairie, M. Sy souligne que celle-ci a du mal à payer ses agents.

Abondant dans le même sens, un représentant du promoteur du Centre commercial Limamoulaye affirme : « Nous avons modernisé ce marché avec un centre commercial équipé d’un centre de santé et d’une station de radio, mais nous sommes les plus découragés et avons alerté la mairie et le commissariat ».

Selon lui, 80% des étals appartiennent aux « étrangers », qui, d’ailleurs, pensent qu’ils sont dans leur droit car payant des taxes aux agents de la mairie. « En plus, il y a aucune hygiène ni suivi sanitaire. Les produits sont exposés à l’air libre, pleis de poussière et de microbes mais aussi piétinés par les passants », regrette-t-il.

« Les cantines du hall sont déjà vendus mais inoccupées car les commerçants pensent qu’il y a plus d’affluence sur la route, ce qui fait que ceux qui sont dans les cantines sont découragés, tout cela à cause de la mauvaise gestion de la mairie », ajoute-t-il.

La mairie de la Patte d’oie balaie d’un revers de main les accusations

De son côté, le secrétaire municipal de la mairie de Patte d’Oie, M. Kaba, se dit conscient de la situation et du danger que courent ces marchands ambulants qui squattent cet axe. « Le marché Limamoulaye (une partie du marché de Gueule-Tapée) est un patrimoine dévolu à la commune de Patte d’Oie par arrêté préfectoral avec l’Acte 3 de la décentralisation, mais l’axe qui va de la station Total jusqu’à la devanture du marché ne nous appartient pas. Ils se sont installés la bas de leur propre chef» se défend t-il.  

Cependant, ajoute-t-il, « nous avons nos agents qui, avec l’appui des forces de l’ordre, organisent régulièrement des opérations de déguerpissement et procèdent à des saisies pour les dissuader ».

Néanmoins, M. Kaba déclare qu’ils n’ont pas les moyens de mettre des agents 24 heures sur 24 pour le suivi de ces opérations afin d’empêcher l’occupation de la voie publique. Ainsi, il soutient qu’ils font des recours au commissariat des Parcelles Assainies. « Il nous faut l’appui constant des forces de l’ordre pour les déguerpir définitivement de cette voie pour leur sécurité », renseigne-t-il.

En effet, même si la mairie déclare que cet axe n’est pas dans sa juridiction, elle continue à récupérer les taxes de ces marchands ambulants accusés de s’être installés de leur propre chef. Selon M. Kaba, « c’est normal que la mairie collecte ces taxes journaliers » mais, dit-il, «  la mairie ne pense pas seulement à l’aspect pécuniaire, le plus important c’est leur sécurité ».

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